Faire face au raz-de-marée de la misère

Cela ne fait aucun doute. La pauvreté gagne du terrain. Aujourd’hui, on compte près de neuf millions de pauvres en France. C’est un million de plus qu’il y a dix ans. Derrière ces chiffres se cachent des enfants, des hommes et des femmes en détresse, des situations dramatiques au quotidien, des familles désespérées qui viennent pousser la porte de nos antennes.

En l’espace d’un an, les demandes d’aide auprès de nos permanences ont explosé. Les bénévoles font face à une augmentation soudaine allant de 15 à 50 % dans certains départements, comme dans l’Hérault. La situation se détériore pour les travailleurs précaires, les personnes en fin de droit, les jeunes, les personnes âgées, celles déboutées du droit d’asile...

La peur de sombrer dans la pauvreté aussi se répand dans notre société. Plus d'un Français sur deux (55%) craint que sa vie quotidienne soit menacée par la pauvreté. Ils étaient déjà 45% avant la crise économique de 2008. Ils ne sont pas plus optimistes pour les générations futures, puisque 83% des Français estiment que les risques de connaître une situation de pauvreté seront plus importants pour leurs enfants.

La pauvreté et l’exclusion abîment les êtres. Les Français les plus pauvres se privent de tout, vacances, loisirs, culture, mais aussi alimentation. Ils en viennent à sacrifier leur santé. Ainsi, 50% d'entre eux ont déjà renoncé à effectuer une consultation chez le dentiste (+22% par rapport à 2008). C’est pourquoi les « Médecins du Secours populaire » s’efforcent d’aider à l’accès aux soins pour tous.

N’oublions pas les personnes au-delà de nos frontières qui souffrent de la faim ou qui sont confrontées à la violence et aux catastrophes naturelles, comme en Equateur ou en Italie en 2016. Encore aujourd’hui, 10% de la population mondiale est confrontée à la pauvreté.

Et comment rester insensible aux millions de personnes déplacées, qui fuient la violence, la misère ou la guerre. Plus de 300 000 migrants et réfugiés auront franchi la Méditerranée au péril de leur vie en 2016, dans l’espoir d’un avenir meilleur. Ils sont 4 742 à avoir péri pendant la traversée.

La haine ne passera pas

Alors que faire face à cette explosion de la pauvreté ? Laisser sur le bord de la route nombre d’entre nous ? Accepter une société du repli sur soi ? Admettre la montée du racisme dans ces temps mouvementés ? Ou appeler à une nouvelle résistance ? Cette année, le Secours populaire a été confronté à la violence des mots et des actes de certains. À Hayange, le maire Front National a tenté d’expulser de leur local les bénévoles qui aident près de 770 personnes. Parce que nous ne nous laisserons jamais intimider par ceux qui prônent la haine, nous avons refusé de céder à ces attaques et continuons, encore aujourd’hui, à pratiquer la solidarité à Hayange. Au Secours populaire, nous pensons que la seule réponse possible est celle de la solidarité, envers et contre tout. Amplifier nos actions encore et encore. Garder l’espoir de jours heureux. Faire triompher l’entraide.

Nos 80 000 bénévoles se mobilisent, toute l’année, pour répondre aux urgences et accompagner les plus vulnérables. Aide alimentaire, accès aux droits, prévention et accès aux soins, aide au maintien dans le logement, accompagnement scolaire, accès à la culture, aux sports, aux vacances... En 2016, nous avons accompagné plus de 3,3 millions de personnes en France et au-delà de nos frontières. Nous les avons aidés à remonter la pente, à retrouver confiance en l’avenir et à réenchanter leur vie.

Je tiens à exprimer ma fierté à toutes les personnes de cœur, de tous milieux et de toutes convictions, et aux enfants « Copain du monde » qui se dévouent au quotidien pour faire reculer la pauvreté et l’exclusion.

Avec nos partenaires, nos parrains et marraines, nous faisons le pari que la lutte contre la pauvreté n’est pas vaine et que, si nos actions ne règlent pas tout, elles contribuent à jeter les bases d’un monde plus juste.

Merci pour votre confiance. Plein de succès pour aujourd’hui et demain.

Julien Lauprêtre Président du Secours populaire français