Objectif bien-être à Angers

Depuis trois mois maintenant, les personnes aidées de l’antenne d’Angers peuvent s’inscrire à des ateliers proposés dans l’espace bien-être. Coiffure, maquillage, shooting photo, couture, massages… le choix est large et offre à chaque fois des instants plus que nécessaires, surtout en cette période de crise dont l’issue est incertaine.

 

 

Depuis trois mois, l'atelier bien-être d'Angers offre des moments détente et loisirs pour le plus grand plaisir des personnes accuellies.
Jean Marie Rayapen

« Il y a bien longtemps que je n’avais pas pris du temps pour moi. La dernière fois que je suis allée chez le coiffeur remonte à plusieurs années. En fait, je demande toujours à une amie ou à ma fille de me couper les cheveux » nous dévoile cette maman de trois enfants, venue aujourd’hui à l’espace bien-être du Secours populaire d’Angers. Comme elle, les 4 personnes inscrites ce jour-là pourront se faire coiffer, maquiller et prendre en photo. Cet espace ressemble à un vrai salon de coiffure, bacs à shampoing, peignoirs, matériel de professionnel (fer à lisser, tondeuses…), jolies glaces et lampes à lumières discrètes. Tout a été pensé pour faire de ce lieu un espace très chaleureux et où l’on se sente bien. Antony, bénévole animateur du lieu, nous explique en quoi consiste ce projet lancé depuis 2018 (1), mais qui a vu son ouverture retardée à cause de la crise sanitaire : « Nous voulons que les personnes fragiles qui viennent chercher de l’aide alimentaire puissent aussi bénéficier de temps et d’instants qui les libèrent d’un quotidien lourd et difficile. Le temps d’une après-midi ou en une heure, nous leur proposons de penser à autre chose et de se faire du bien. » Aujourd’hui, dans le salon de coiffure, on parle de tout et de rien, des enfants, de recettes de cuisine, du temps qui fait penser à l’été, de l’actualité sanitaire et des craintes qu’elle engendre mais, surtout, on profite des bons conseils d’Angèle et de Elisa, les deux coiffeuses bénévoles présentes ce jour-là. La première est en reconversion professionnelle et la seconde coiffeuse dans le monde du spectacle, mais actuellement sans travail et donc disponible pour venir au SPF de temps en temps. Après s’être fait coiffer, Madame Garibaldi enchaîne sur le maquillage et écoute avec beaucoup d’attention le bons conseils d’Élisa sur le « camouflage des cernes ». En effet, comme la jeune fille l’explique simplement, il suffit de mettre une cuillère à café au congélateur et ensuite de l’appliquer sous les yeux quelques minutes pour ne plus avoir l’air fatigué.

Une belle coiffure et des conseils beauté

Pour chacune aujourd’hui, car aucun homme ne s’est inscrit ce jeudi après-midi, le moment du shampoing est un vrai bonheur car il est suivi d’un massage du cuir chevelu qui ferait presque s’endormir les « clientes ». Ici, comme dans tous les salons de coiffure, on échange et on partage les expériences ; Élisa et Angèle, bénévoles professionnelles, donnent des conseils sur les types de shampoing, l’importance de ne pas trop lisser les cheveux ou encore le choix des coupes en fonction de la forme du visage. « Ici on se sent vraiment bien, comme chez le coiffeur. Avec mes cinq enfants, je n’ai pas beaucoup de temps rien que pour moi et puis aller chez le coiffeur c’est trop cher : 40 euros dans la galerie marchande près de chez moi, ce n’est pas dans mon budget », témoigne Madame Constantin, mère de 5 enfants et sans emploi, qui profite du fait que les enfants sont à l’école et au collège pour s’occuper d’elle.Élisa, bien que disposant de tout le maquillage nécessaire pour l’ensemble du visage, ne maquille que le haut, et propose mascara, fard à paupières ou eyeliner. En effet, le port du masque rend inutile le rouge à lèvre et le fard à joues. Pour elle, c’est un peu un défi car tout repose sur le regard.Une fois maquillées et coiffées, toutes les « clientes » sont invitées à se faire photographier par William Gloria. Des portraits qui seront ensuite imprimés puis envoyés par la poste à toutes les femmes présentes. Un beau cadeau qui vient achever cette belle après-midi. Bénévole depuis le confinement, William Gloria a d’abord participé aux distributions alimentaires mais aujourd’hui, bien qu’ayant repris ses activités, il vient toujours en tant que photographe bénévole. « J’ai moins de temps qu’avant, mais j’ai toujours envie de participer. J’aime l’idée de faire des portraits pour ensuite leur envoyer. La semaine dernière, j’ai photographié un couple qui était très ému, le mari et la femme m’ont avoué ne plus avoir été photographiés ensemble depuis leur mariage. J’ai eu le sentiment d’être utile et d’offrir un peu de bonheur. »

Avec la couture, on joint l’utile à l’agréable

Durant le reste de la semaine, d’autres activités sont également proposées comme l’atelier couture de Marie-Odile, bénévole depuis 7 ans au Secours populaire et passionnée par cette activité. Avec une machine à coudre électrique et des tissus récupérés au vestiaire, elle parvient à proposer la confection de lingettes, de petits sacs ou même de tapis de toilette. Pour elle, ce rendez-vous est synonyme de bien-être car les femmes qui y participent le disent elles-mêmes, « elles laissent leurs soucis à l’entrée et se vident l’esprit durant les deux heures qu’elles passent ici ». Mais cet atelier, c’est aussi l’occasion de joindre l’utile à l’agréable car, bien souvent, les demandes concernent aussi la réparation de vêtements ou l’ajustement de tenues achetées au vestiaire et qu’il faut parfois reprendre. Avec les règles sanitaires mises en place dans les locaux de l’association depuis presque un an, seules deux personnes peuvent être accueillies en même temps. Pour Marie-Odile, « c’est un peu frustrant de ne pas pouvoir inscrire plus de personnes mais il faut faire attention, surtout que pour apprendre à coudre, nous sommes proches. Les personnes sont libres et me demandent ce qu’elles veulent, la semaine dernière nous avons réalisé un doudou pour le bébé d’une maman. Je crois qu’elle était assez fière de son travail ». Les idées ne manquent pas pour son atelier et elle espère aussi proposer prochainement la confection de serviettes hygiéniques aux femmes qui le souhaiteront. Un projet qu’elle considère comme répondant à une demande réelle de certaines femmes.

 

Atelier bien-être d’Angers

Marie-Odile est bénévole et responsable de l'atelier couture. Elle y propose tous types de travaux.

Le projet de tous les défis

Aujourd’hui, deux mois à peine après son ouverture, l’espace bien-être fonctionne à plein régime avec un planning complet pour tout ce qui est proposé. Salomé et Mahaut, deux jeunes filles en service civique, gèrent les inscriptions et l’organisation des activités. Pour s’assurer de la présence des personnes, la participation financière est demandée à l’inscription (les tarifs variant de 1,50 euro à 4,50 euros selon les revenus et la composition des familles). Et l’idée d’offrir des ateliers manuels ou de bien-être corporel dans le même espace n’est pas un hasard mais plus la suite d’une réflexion sur le sens du mot bien-être, compris dans sa globalité. Florent Guerif, animateur local des solidarités d’Angers, nous éclaire sur ce concept. « Être bien dans sa tête c’est pouvoir le temps d’une après-midi ne plus penser à ses problèmes, c’est pouvoir se vider la tête. Pour cela, passer deux heures à coudre ou à se faire coiffer et maquiller est tout aussi bénéfique. L’objectif est que le poids du quotidien soit allégé. Cette pause permet aux familles que nous aidons de repartir avec plus d’énergie. » Mais comme il le précise, un tel projet n’aurait jamais pu voir le jour sans la détermination de tous les bénévoles, mais aussi grâce aux nombreux partenaires * associatifs et privés qui ont décidé de rejoindre le Secours populaire.

Une histoire qui ne fait que commencer

Pour l’ensemble de l’équipe bénévole impliquée dans ce projet, l’enjeu de faire vivre un tel espace est important. Inauguré en juin 2020, ce lieu n’a pu ouvrir qu’en janvier. Déterminé, le Secours populaire a maintenu son projet alors que les difficultés liées à la crise sanitaire auraient pu tout stopper. Bien au contraire, tous ont redoublé d’efforts pour que cela puisse fonctionner. Et comme le précise Anthony, « nous n’avons jamais abandonné, car même si les besoins alimentaires restent primordiaux, il ne faut pas oublier qu’être bien dans sa tête c’est important et cela permet de faire face à ses problèmes. » C’est d’ailleurs pour cette raison que des massages sont aussi proposés une fois par mois par des bénévoles de l’association SPA de la rue, basée à Angers mais d’inspiration Québécoise. Pour sa présidente Géraldine Bevilacqua, « le bien-être corporel et le bien-être mental vont de pair. Nos séances permettent à des personnes fragiles et souvent très angoissées de lâcher prise et de se ressourcer »Petit plus de cet espace bien-être : l’accompagnement des personnes se poursuit au-delà des séances. Pour la coiffure, les élèves du CFA du CCI d’Angers ont rédigé des fiches pratiques pour qu’à l’issue des rendez-vous, les personnes disposent d’outils pratiques pour leur quotidien. Quant à eux, les bénévoles de SPA de la rue dispensent des conseils destinés à mieux gérer certaines douleurs et à se faire des points de compression sur certaines parties du corps pour éviter de souffrir. Fort de son succès et de l’enthousiasme qu’il engendre, cet espace bien-être devrait prochainement inviter les personnes aidées à s’inscrire à de nouvelles activités : des randonnées et des balades en plein air, des ateliers de fabrication de produits de beauté et d’hygiène et, à la demande des familles, des créneaux salon de coiffure le mercredi après-midi pour les enfants. Car ce ne sont pas les idées et l’énergie qui manquent, mais plus le temps et les moyens. Mais, quoi qu’il en soit, ce projet a tapé juste et remplit sa mission : faire du bien.

 

Atelier bien-être d’Angers

Elsa prend le temps de maquiller toutes celles qui le souhaitent. Des conseils beauté sont aussi dispensés.

 

(1)En 2018, le club des partenaires du Maine-et-Loire du Secours populaire dépose un dossier pour Angers mécénat et le projet d’espace bien-être remporte le premier prix doté de 9 000 euros. Le premier atelier aurait dû démarrer en avril 2020. Mais la crise sanitaire a tout décalé.

(2)École Sylvia Terrade, la CCI et le Centre de formation des apprentis d’Angers, le SPA de la Rue…

 

 

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