A Lyon, le SPF se rassemble pour faire grandir la solidarité

Le 38 e Congrès du SPF s’est tenu à Lyon du 19 au 21 novembre dernier. Durant trois jours, 1200 délégués, une cinquantaine de partenaires étrangers et 70 enfants « Copain du Monde » ont partagé leurs expériences et réfléchi à multiplier les actions de solidarité.

 

Du 19 au 21 novembre le SPF organisait son 38 e congrès à Lyon. L'occasion pour les délégués de réfléchir ensemble aux solidarités de demain.
Adrien La Chapelle

« Je suis éblouie par toutes ces rencontres, toutes ces histoires du monde entier. Qu’importe le pays où nous vivons, nous poursuivons le même but : la solidarité, la paix et l’amour pour avoir un monde plus juste et plus paisible », témoigne Antonia Katic, de l’association croate Society « Our Children » Opatija, partenaire du Secours populaire. Comme elle, la cinquantaine de partenaires internationaux, les 1200 délégués venus de toute la France et les 70 enfants « Copain du Monde » ont durant trois jours eu le sentiment que la solidarité faisait battre tous les cœurs.Et même si depuis le congrès de Perpignan, en 2019, l’association a vu son activité augmenter pour faire face aux conséquences de la crise sanitaire, ce 38e Congrès met en lumière que plus que jamais la solidarité ne peut être que planétaire. Cette pandémie  a démontré la formidable capacité d’adaptation du SPF, comme l’a exprimé Henriette Steinberg, Secrétaire générale du SPF, dans son rapport moral et d’orientation.  «Nous avons traversé une période inédite et nous cherchons à surmonter les embûches, celles que nous connaissons et celles qui peuvent s’anticiper (…) Dès lors, nous avons décidé ensemble que nous ne confinerions pas la solidarité populaire, sachant par expérience que dans tous les cas, les personnes les plus fragiles allaient encore plus manquer de tout, et qu’il allait nous falloir déployer un effort considérable pour leur apporter au moins de quoi subvenir à leurs besoins les plus impérieux. »

La planète, notre bien commun

Ayant pour thème « Construisons ensemble une solidarité populaire durable et planétaire », ce 38e Congrès s’est inspiré des travaux menés depuis deux ans par la commission conduite par Camille Vega, Secrétaire national et responsable du développement durable au SPF. En effet, partout dans le monde, les catastrophes naturelles comme industrielles et les conflits armés se multiplient. Leurs conséquences humaines sont toujours plus dramatiques et aggravent les inégalités. C’est pour cela que Camille Véga a souhaité rappeler que, lors du 37e  Congrès,  « la richesse des échanges avait mis en valeur l’action de l’association pour la préservation de notre bien commun, la planète, pour les hommes et les femmes qui y vivent, et son inscription dans la démarche de développement durable ». Il a également rappelé « que la définition du développement durable prend également une résonnance particulière pour le Secours populaire français, introduisant une notion de solidarité entre générations : un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».

Ateliers, ruches et cafés populaires, des lieux de réflexion

C’est en ateliers que dès le lendemain les congressistes ont pu débattre et réfléchir sur les différentes thématiques liées à la construction d’une solidarité populaire, durable et planétaire. En petits groupes, avec des partenaires étrangers et des enfants « Copain du Monde », les délégués ont réfléchi ensemble à la manière dont chacun, à son échelle, peut agir concrètement pour que cette thématique devienne réalité. Les ruches et les cafés populaires ont porté sur cinq sujets : se soigner, se nourrir, s’éduquer, s’épanouir et s’émanciper. A chaque fois, de nouvelles pistes sont évoquées ainsi que le partage d’expériences.  Et bien souvent, il apparait que les thèmes se font écho, comme notamment se nourrir et se soigner, car bien manger permet d’être en bonne santé. C’est d’ailleurs ce que met en avant Micheline de l’Aveyron lorsqu’elle expose le projet de randonnées mis en place à Millau depuis deux ans, auxquelles viennent s’ajouter des rencontres avec des diététiciennes. Les ateliers cuisine, les marchés pop et les jardins solidaires sont aussi évoqués, notamment dans le cadre d’une alimentation diversifiée et de meilleure qualité. « La santé, c’est très large. Cela implique une nourriture saine, du repos, une hygiène de vie. Nos relais santé ont des tas de domaines sur lesquels agir pour améliorer l’état physique ou psychologique des personnes aidées », indique François, du Lot. Tous les intervenants sont d’accord pour creuser cette voie, surtout après le rôle joué par les médecins du Secours populaire dans la prévention sur la question du Covid-19. Ces derniers ont aussi, plus généralement, « la compétence pour orienter les personnes aidées, au terme d’un entretien privé avec elles », ajoute Véronique, du Calvados.A côté des thèmes classiques d’apporter une aide aux enfants pour l’école et l’accès aux loisirs et à la culture, un thème est revenu : celui de la réciprocité. « Nous proposons aux personnes accueillies un accès à la culture commune, qu’elle soit reconnue ou un peu alternative ; mais il faut aussi que nous ayons soif d’avoir accès à la leur », pose Emmanuel, de la Loire-Atlantique. Simone, professeure à la retraite venue de Tours, est tout à fait d’accord. « Demander aux personnes accueillies ce qu’elles savent faire, c’est aussi la condition pour qu’il y ait un échange, pour les reconnaitre dans leur humanité. C’est d’autant plus important qu’elles ont parfois honte de venir demander de l’aide. »Prenant le thème de manière très prosaïque, Robin, du Loiret, a présenté un très beau programme de bibliothèque solidaire en Kabylie. Les « Copain du Monde » d’Orléans ont envoyé des livres pour des enfants de leur âge. Ils ont pour projet d’envoyer des jeux afin de la transformer en ludothèque. « C’est un endroit où les enfants pourront se retrouver, sortir de leur isolement. ».

A Lyon, le SPF se rassemble pour faire grandir la solidarité

Dans les ruches ou lors des cafés populaires, les bénévoles ont pris le temps de mettre en commun leurs expériences. ©Adrien La Chapelle / SPF

Des thématiques transversales

Pour Naya, collégienne du Val d’Oise et Copain du Monde, l’éducation ce n’est pas que l’école, c’est pourquoi avec ses amis elle a réalisé une vidéo pour présenter ce qu’était la solidarité. Elle a aussi fabriqué un kit pour collecter. Un exemple qui confirme le rôle d’éducation populaire de l’association, comme le souligne Josette, bénévole à Nantes qui, depuis plusieurs années, est en relation avec un apiculteur qui accueille régulièrement des enfants de la fédération. De son côté, Martine, bénévole en Nouvelle-Aquitaine, qui convainc ses voisins et ses voisines de disséquer un programme mis en œuvre dans un pays pauvre, démontre comment le Secours populaire peut faire la différence. « En Haïti, nous avons réhabilité des dispensaires, mais ensuite nous avons étendu notre action à la distribution de filtres à eau, car tout commence par l’accès à l’eau potable. » « Oui, développer l’accès à l’eau potable autour du dispensaire, c’est la base, ça évite de tomber malade et cela permet au dispensaire de fonctionner », acquiesce Habiba, une des référentes « Copain du Monde » du Puy-de-Dôme. Parfois difficile à définir, les notions d’épanouissement et d’émancipation semblent souvent être au cœur même des actions de solidarité sans que cela s’exprime forcément. En effet, comme l’explique Alice, bénévole de la Mayenne : « Tout ce que nous faisons quotidiennement, aide matérielle, accès aux loisirs, sorties, accompagnement éducatif, permettent aux personnes aidées de s’épanouir et de s’émanciper ». Il en va de même lorsque des personnes aidées sont invitées à rejoindre le rang des 87 000 bénévoles. Cette démarche, Jean -Baptiste Casanova de la fédération de Corse la partage et l’exprime ainsi : « Devenir acteur de la solidarité à son tour, c’est retrouver sa place dans la société ».

Top départ des 30 ans de Copain du Monde

Après trois jours d’échanges très riches et forts en émotion, les délégués, les partenaires étrangers et les « Copain du Monde » sont tous repartis avec une énergie incroyable. Et même si un Congrès c’est beaucoup de travail, cela donne aussi beaucoup de forces pour poursuivre la solidarité, comme en témoigne Mathieu Schmitt de Metz âgé de 15 ans : « Je viens de vivre mon premier congrès au SPF même si je suis bénévole « Copain du Monde » depuis 2017. Je participe régulièrement à des actions de solidarité mais aujourd’hui, avec les 70 « Copain du Monde », je prends conscience de la force que représente notre mouvement. Rencontrer et échanger avec d’autres est enrichissant. On apprend beaucoup des uns et des autres. » Pour le mouvement « Copain du Monde », qui célèbrera ses 30 ans en 2022, ce Congrès a été l’occasion de commencer à réfléchir et à travailler les temps forts de cette année anniversaire. A l’issue de ce 38 e congrès la nouvelle direction de l’association a été élue, comité national, bureau national, conseil d’administration et secrétariat national. Cette nouvelle direction collégiale aura pour mission de mettre en œuvre les décisions prises à Lyon durant ces trois jours.

A Lyon, le SPF se rassemble pour faire grandir la solidarité

Mathieu Schmitt, bénévole Copain du Monde a invité les délégués à prendre part aux initaitives programmées pour les 30 ans du mouvement Copain du Monde. ©Adrien La Chapelle / SPF

 

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