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« Dans la rue, tu perds tes repères, tout ce en quoi tu croyais s’effondre »

A bientôt 49 ans, Christian Page a passé 3 ans dans la rue. Il en est sorti pour vivre en centre d’hébergement. Il travaille désormais dans l’intérim pour stabiliser sa vie. Il revient sur son expérience.

Comment vous êtes-vous retrouvé dans le rues de Paris ?

J’ai passé trois hivers dans la rue. Le temps qui passe on ne le compte pas en années mais en hivers... La règle est qu’il faut autant de temps pour sortir de la rue, stabiliser ta vie, que de temps passé dans la rue. J’en suis sorti le 6 aout 2018, à six mois près, la règle s’avère vraie aussi dans mon cas. Personne ne veut se retrouver dehors. J’y suis arrivé après un mauvais divorce, une dépression, une perte d’emploi, une pluie d’impayés et une expulsion… J’aurai vraiment tourné la page le jour où j’aurai à nouveau un ‘‘appart’’ avec un bail à mon nom et pour lequel je paierai mes factures. Pour le moment, je cherche à sortir de l’hébergement. Le Covid ne m’a pas aidé dans ma recherche d’emploi. Du jour au lendemain, plus aucun rendez-vous. Je devais passer par une formation en espace vert, une autre en mécanicien pour vélo et une troisième en gestion de communauté numérique sur les réseaux sociaux (parce que je m’y connais déjà bien). L’épidémie m’a fait perdre un an. En attendant, j’ai trouvé du boulot dans une agence d’intérim spécialiée dans l’insertion des chômeurs de longue durée.

Qu’avez-vous trouvé de plus dur pendant ces trois années ?

Ce qui tue dans la rue, c’est l’isolement. Tu perds tes repères, tout ce en quoi tu croyais s’effondre : le travail, les amis... La première nuit peut être traumatisante. Je ne souhaiterais pas ça à mon pire ennemi. Tu te dis « demain, ça va repartir » ; et, en fait, ça ne repart pas. Tu passes six mois comme ça…. Y a des gens qui sombrent très vite. Le moral doit tenir. Il ne faut jamais lâcher l’affaire. L’espoir ne doit pas s’envoler sinon c’est la fin. Et un jour, tu comptes trois hivers et si rien ne change tu vas passer dehors un quatrième. Les mois de décembre, janvier, février sont durs mais au moins les gens ont froid et pensent plus facilement à nous. Les places d’hébergement sont plus nombreuses. Mais, en juin, juillet et août, il y a plus de morts qu’en hiver. Personne ne pense aux SDF en été, l’hébergement se réduit et là on se retrouve vraiment seul, si on n’a pas entretenu de lien avec les anciens amis ou si on n’en a pas noué de nouveaux. Moi, j’arrivais quand même à avoir des contacts, y compris grâce aux réseaux sociaux. Place Sainte-Marthe, dans le 19e, j’étais devenu une célébrité et des gens sont souvent là pour donner un coup de main : offrir un ‘‘petit-déj’’, te dire où se trouvent les bains-douches. En plus, j’ai une culture qu’on pourrait appeler politique et associative, j’avais milité il y a de ça pas mal d’années dans les milieux des squats et des mal-logés. Donc, j’ai pu m’appuyer sur mes connaissances dans le domaine.

Quels sont selon vous les éléments qui vous ont permis de vous en sortir ?

Pour s’en sortir, les associations jouent un rôle – l’une d’entre elles m’héberge – mais aussi les assistantes sociales qui font le lien entre toi et le retour à la vie normale. Avant tout, je le redis, il faut surtout ne pas flancher car ça peut être long et ensuite la période de stabilisation est d’autant plus dure que tu es resté longtemps dehors. J’ai aussi été aidé par ce contact avec le monde extérieur, via mes témoignages sur ma vie de SDF sur les réseaux sociaux. Cela a convaincu un éditeur de me faire écrire un livre sur ce thème (*). Ce serait plus simple par exemple, aussi sur le plan matériel, si les aides comme le RSA étaient plus simples à obtenir et à garder. Parce qu’elles peuvent être coupées rapidement si on fait un bon mois d’intérim, qui est quand même au final aléatoire.

(*) Belleville au cœur, de Christian Page avec Eloi Audoin-Rouzeau, Slatkine & Cie, 160 p., 15 euros.

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