Échanges paysans entre la France et le Salvador

Membres de la coopérative paysanne la Canasta Campesina, Kasandra et Nelson sont venus en France rencontrer bénévoles et personnes aidées par le Secours populaire pour faire le point sur leur programme d’autonomie alimentaire et échanger sur les défis que posent le réchauffement climatique, ici comme là-bas, et la relocalisation de l’agriculture.

Kasandra et Nelson sont venus du Salvador pour un voyage d'étude sur l'autonomie alimentaire, menacée par le réchauffement climatique. Près de Clermont-Ferrand, ils ont participé au ramassage des pommes de terre du jardin solidaire du Secours populaire.
Christophe Da Silva

A côté d’un sillon de courges, bien rondes et gorgées de soleil, les plants de patates du jardin solidaire du Secours populaire du Puy-de-Dôme sont prêts à être récoltés. Kasandra et Nelson se penchent et ramassent les tubercules ramenés de leur continent par Parmentier, en compagnie de bénévoles, de personnes aidées et de Maxime, l’ingénieur agronome qui est un peu l’architecte de ce carré de verdure créé il y a quelques années pour alimenter en fruits et légumes frais les libres-services alimentaires de l’association.

Venus du Salvador, un petit pays pauvre et montagneux d’Amérique centrale, et plus précisément des coteaux escarpés de la commune de Comasagua, Kasandra et Nelson ont pris l’avion pour participer, du 6 au 22 septembre, à un voyage d’étude et d’échanges, en France, sur l’agroécologie et la souveraineté alimentaire. Entre les plants de pommes de terre, ils s’entretiennent avec Maxime au sujet de parasites, d’aubergines et de sécheresse. Les discussions sont animées entre les paysans salvadoriens et les Auvergnats. « C’est sympa de travailler au jardin en leur présence », se réjouit à proximité Ahmed, demandeur d’asile venu de Géorgie qui aime les journées rythmées par le maraichage et les brins de discussion avec les bénévoles.

Confrontés aux mêmes enjeux liés au dérèglement climatique, les paysans salvadoriens, maliens et français échangent intensément. La diffusion des savoirs et les programmes d'aides auprès pays pauvres sont indispensables.

Confrontés aux mêmes enjeux liés au dérèglement climatique, les paysans salvadoriens, maliens et français échangent intensément. La diffusion des savoirs et les programmes d'aides auprès pays pauvres sont indispensables.


Expert en culture vivrière, grâce à leur implication dans la coopérative Canasta Campesina, « le panier paysan » en espagnol, qui regroupe principalement des fermières de leur village, Kasandra, sa présidente, et Nelson, l’un de ses fondateurs, viennent présenter leur travail dans le Lot, en Seine-et-Marne, dans le Val-de-Marne et à Paris, en plus de l’Auvergne. Les défis qu’ils rencontrent chez eux – sécheresse, entretien des sols et de l’humus, production biologique, événements climatiques extrêmes –, sont les mêmes que les agriculteurs ici. « Avec les épisodes de sécheresse qui se développent en France, la question de la préservation de la ressource en eau est réévaluée. Les interrogations réapparaissent. Et je sens l’intérêt qui se porte désormais sur les techniques développées par des paysans et paysannes salvadoriens qui font face à un manque d’eau d’une toute autre dimension », explique Corinne Makowski, directrice générale adjointe au Secours populaire.

La Canasta campesina est une coopérative et un programme de production de fruits et légumes biologiques en vue d'assurer l'autonomie alimentaire des communautés paysannes

Kasandra, sa présidente et partenaire du Secours populaire au Salvador

Ce n’est pas la première fois que des membres de la Canasta Campesina viennent en France dans le cadre du programme « Coopérer autrement en acteurs du changement », piloté par le Comité français pour la solidarité internationale (CFSI) et cofinancé par le Secours populaire et l’Agence française de développement (AFD). Une coopération entre acteurs du monde rural d’autant plus importante alors que les paysans souffrent des premiers signes du réchauffement climatique et que des pays entiers sont menacés de famine depuis le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine et la désorganisation des flux de céréales et d’engrais qu’elle a entraînée. « Ces pays pauvres subissent de plein fouet les effets du réchauffement climatique alors qu’ils figurent parmi ceux qui polluent le moins », témoigne Olga Alvarez, cheffe de projets internationaux au Secours populaire.

Un savoir-faire qui se construit depuis 13 ans

Créé en 2009, « le panier paysan » assure depuis cette date la « souveraineté alimentaire » des familles de la commune, comme le rappelle Jean-Michel Fouillade, salarié du Secours populaire qui vit sur place depuis la naissance de la coopérative et l’association. « C’est un programme de production agroécologique et de formation paysanne qui assure notre autonomie », ajoute Kasandra, présidente de la Canasta Campesina. Plusieurs milliers de villageois et de villageoises vivent grâce à la petite entreprise agricole et solidaire. Avant, ces familles étaient carencées par la faute d’une agriculture orientée vers l’export et une répartition très inégalitaire des terres, qui spolie particulièrement les paysans qui descendent des populations autochtones. Aujourd’hui, 15 % de la production de la coopérative servent à nourrir les familles paysannes ; 25 % sont commercialisées dans la communauté villageoise et plus de la moitié est vendue en dehors, jusque dans la capitale San Salvador.

En Seine-et-Marne, les bénévoles ont présenté leur programme de soutien à l’école Vilma Espin Guillois pour enfants autistes, à Cuba.

En Seine-et-Marne, les bénévoles ont présenté leur programme de soutien à l’école Vilma Espin Guillois pour enfants autistes, à Cuba.


A Paris, ils ont rencontré une délégation de paysannes maliennes, organisée par l’AMCID, partenaire du Secours populaire. Les Salvadoriens et les Maliennes ont présenté par visioconférence leur organisation de production puis Fatoumata, Coumba et Kanthio ont voulu en savoir plus sur la manière dont la Canasta Campesina « prépare ses engrais biologiques » (le compost est composé d’excréments d’animaux, de terre, de cendres et des restes des plants de caféiers) ou « comment avec une saison sèche de six mois vous arrivez à irriguer toute l’année » (via des récupérateurs d’eau de pluie).

« Ils viennent régulièrement en France rencontrer les bénévoles du Secours populaire qui financent une partie du programme, aux côtés de collectivités publiques ou de l’AFD », relève Jean-Michel. Dans le Val-de-Marne et en Seine-et-Marne, les rencontres avaient ainsi pour but de montrer à des bénévoles qui contribuent au financement de la coopérative les avancements du programme. « Il faut lutter pour obtenir de nouvelles parcelles de terre, indique Nelson. Petit à petit, on y arrive. Nous avons planté 5000 arbres fruitiers en 5 ans sur plus de 9 hectares, soit un peu plus de la moitié de la surface agricole travaillée par la coopérative. Cela assure une meilleure protection de la terre contre l’érosion et permet, logiquement, d’augmenter la production de fruits. » Des résultats qui inspirent la fierté et l'envie de continuer.


Seine-et-Marne

Indispensable solidarité internationale

A Vaux-le-Pénil, Kasandra et Nelson ont rencontré une trentaine de bénévoles de tout le département de Seine-et-Marne, vendredi 9 septembre, pour une matinée d’échanges autour de la Solidarité internationale. Kasandra a souligné l’importance pour les femmes de la région d’avoir un accès à la terre. Elle a détaillé les techniques de production de fruits et légumes, le fonctionnement d’un centre villageois de formation en agroécologie et les projets d’écotourisme. Le tout permet de partager les savoirs et d’augmenter les revenus alors que le salaire agricole moyen n’est que de 243 euros.  « S’il n’y avait pas le SPF, il n’y aurait pas tout ça », a conclu Nelson. Dans le 77, le Secours populaire contribue au financement de la Canasta Campesina.

A leur tour, les bénévoles de l’antenne de Nangis, dans le sud du département, ont présenté leur programme de soutien à l’école Vilma Espin Guillois pour enfants autistes, à Cuba. Lancé en 2011, « Solidarités et handicap, ici et là-bas » est un projet qui associe ateliers d’écriture, d’arts plastiques, exposition, spectacle musical, ventes de repas pour Cuba, etc. « Au début du projet, on ne savait pas trop comment faire (…) et puis on a participé aux ateliers, raconte Solange*, personne aidée devenue bénévole à Nangis. La confiance est venue. L’écoute restaure la dignité ; on s’est dit : ‘‘si on m’écoute, c’est que je peux avoir de la valeur’’. » Écouter, échanger, faire grandir les savoirs populaires. Un bon résumé de la visite de Kasandra et Nelson.

* Merci à Alain Bommenel pour le témoignage

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