Quelques jours pour s'imaginer une autre vie

Les grandes aventures se préparent tôt. Au Secours populaire, les bénévoles, les enfants et les familles pensent aux vacances toute l’année. Avant d’aborder les questions pratiques, il faut transmettre le goût de la découverte.

Avec le SPF, des milliers d’enfants partent en séjour ou bien s’offrent au moins une sortie loin de chez eux grâce à la Journée des oubliés des vacances, comme ici sur la plage de Cabourg, en 2011.
Joël Lumien

Ange-Marie sort des papiers et des photos de son sac. « Je suis venue inscrire mes enfants pour qu’ils partent l’été prochain en famille de vacances. Ils ont entre 7 et 13 ans et sont déjà allés à Lorient et à Carcassonne avec le Secours populaire. Deux de mes filles sont réinvitées. » La maman a pris une journée de congé pour rencontrer Nouara, qui s’occupe des dossiers à la fédération de Seine-Saint-Denis, à Romainville. « Il faut la carte vitale et son attestation, une attestation de la Caisse d’allocations familiale, une assurance… » La responsable des vacances égrène les justificatifs, puis sort ses pochettes vertes – une par enfant. Elle y note des renseignements pratiques comme les aliments ou les jeux préférés, la peur de certains animaux... « Dans l’année, avec les enfants, on a juste le temps d’aller quelquefois au parc, raconte Ange-Marie. Nous habitons à Bobigny et je travaille à Robinson, de l’autre côté de Paris. Le week-end, on a peu de temps pour Avec le SPF, des milliers d’enfants partent en séjour ou bien s’offrent au moins une sortie loin de chez eux grâce à la Journée des oubliés des vacances, comme ici sur la plage de Cabourg, en 2014. nous. » Quand ses petits vacanciers rentrent à la maison, ils sont chargés de cadeaux, parlent de plage, de piscine... Et le contact avec les familles est maintenu, grâce au téléphone.

Des dizaines d'idées pour voyager

« Je prends les vacances à coeur. J’essaie toujours d’organiser les séjours comme si c’était pour moi, explique Nouara. On n’a pas le droit de décevoir. » Le SPF propose des départs pour les enfants (en famille de vacances, en colonie avec des villes ou des comités d’entreprise, ou encore avec le village Kinder). Il organise aussi des voyages en famille avec l’Union nationale des associations de tourisme et les dispositifs de l’Agence nationale des chèques vacances (ANCV). « La plupart des gens n’ont pas de voiture et le train représente une grosse partie du budget, poursuit Nouara. Nous devons faire attention à l’accessibilité des centres de vacances. » En plus des dispositifs « classiques », le Secours populaire de Seine-Saint-Denis développe des vacances plus inattendues. « Nous organisons des week-ends en groupe pour des personnes isolées et des seniors, des séjours pour des adolescents au Festival d’Avignon avec les Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (Ceméa) ou des sorties d’une journée comme celle du 25 juillet prochain pour voir la mer à Dieppe avec 1 000 personnes, détaille Valérie, directrice à la fédération du SPF de Seine-Saint- Denis. Il y aura aussi, bien sûr, la Journée des oubliés des vacances (JOV), le 19 août 2015, au Champ-de-Mars, à Paris. »

En 2014, 170 familles du département ont séjourné en village vacances. Dans leur grande majorité, elles disposaient de ressources inférieures au quotient familial de la Caisse d’allocations familiales, c’est-à-dire moins de 582 euros par mois. « Nous avons aussi des gens qui ont juste un petit peu plus, précise Nouara. La semaine coûte quelques dizaines d’euros par personne aux familles. Pour elles, cela représente souvent une somme trop importante, même avec des aides. »

Au comité de Saint-Denis, le lundi, c’est l’atelier retouche. Une demi-douzaine de couturières bénévoles piquent, cousent ou ravaudent pour rajeunir des vêtements de marque déclassés à cause d’un petit défaut. « C’est ce qui nous permet de financer nos actions, lance la dynamique Jocelyne, secrétaire générale du SPF local. La moitié du fruit de nos braderies sert à nos actions culture, loisirs et vacances. »

En s’appliquant pour recoudre un bouton, Marie-Alexandrine raconte ses meilleurs souvenirs de vacances. « En 2012, je suis partie à Royan avec mes jumeaux de 17 ans et ma fille de 13 ans. Nous avions récupéré nos billets à la fédération du Secours populaire, à Romainville, et nous avons pris le train comme des grands. Ensuite, nous avions les horaires de bus, c’était simple finalement. C’était la première fois que mes enfants voyaient la mer. » La maman se souvient des rencontres, des excursions, du restaurant et surtout qu’il n’y avait aucune tâche ménagère à accomplir. « C’était bien », lâche-t-elle ravie, dans un soupir. « On ne fait pas les courses, on se réveille et on n’a rien à faire. Nous nous sommes vraiment bien reposés. Pour une fois, j’étais vraiment en vacances moi aussi », avoue Malika, qui est allée dans un bungalow près de Bordeaux l’année dernière. Avec son mari et ses trois enfants de 14, 12 et 7 ans, elle a rarement le temps de souffler à la maison. En vacances aussi. « Nous sommes déjà partis à Marseille et en Espagne, près de la famille. Ce n’est pas la même chose. » Zakia, qui essaie d’enfiler du fi l dans le chas d’une aiguille, réagit : « Les vacances, ça casse le stress. J’essaie toujours de faire partir les enfants en colonie. Ils ont 15 ans et 11 ans maintenant. » Malika poursuit : « Grâce aux aides, nous avons participé au séjour en versant 50 euros et payé l’essence et le péage. Hélas, cette année, nous n’avons plus de voiture. Sinon, je partirais bien dans ces conditions tous les ans. » Une fois l’envie installée, le Secours populaire essaie de permettre aux familles de partir par elles-mêmes. « Nous proposons ce genre de vacances à de nouvelles personnes, chaque année, pour que le plus de monde possible vive cette expérience, souligne Valérie, la directrice. Mais nous incitons celles qui se sont déjà absentées à monter elle-même un projet pour devenir autonomes. » Le SPF les dirige vers leur municipalité, une assistante sociale et fait aussi un peu de travail d’économie familiale.

Mais le plus difficile est sans doute de donner le goût du départ. Les sorties d’une journée ou même un simple pique-nique en commun au parc, près de chez soi, figurent parmi les stratagèmes des bénévoles. Il est plus facile ensuite de discuter de courts séjours ou de vraies vacances. « On ouvre une petite brèche dans le quotidien », conclut Nouara. L’imagination fera le reste.

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Convergence 342, Nagui

Je me rappelle mes premières vacances, rien ne peut remplacer ces moments magiques quand on est gamin ! C’est pourquoi j’ai décidé de m’engager aux côtés du Secours populaire pour vous dire combien ce serait merveilleux si vous pouviez, grâce à votre générosité, nous aider à réaliser les rêves de tous les enfants : vivre de magnifiques vacances cet été.

Nagui, parrain de la campagne Vacances

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