Du zoo à la plage, les super vacances en Hollande [Archivé]

Plusieurs dizaines d’enfants dont les familles sont aidées par le Secours populaire ont passé quinze jours dans des familles néerlandaises. Ils sont revenus avec des souvenirs plein la tête.

Des liens se sont tissés entre la famille d'Audrey et la petite Ghift, venue passer 15 jours près de Rotterdam.
Jean-Marie Rayapen

Dans le grand hall en verre de la gare centrale de Rotterdam, plusieurs dizaines d’enfants s’apprêtent à retourner chez eux, en France, où ils vivent dans des familles aidées par le Secours populaire. Entre fin juillet et début août, ils ont profité de quinze jours de vacances chez des familles de l’association néerlandaise Europa Kinderhulp.

Derniers câlins, derniers bisous, les garçons et les filles disent au revoir aux parents et aux enfants qui leurs ont offert un peu d’insouciance. Ils se dirigent vers le quai où attend le Thalys. Les plus jeunes serrent fort leurs peluches. Empêchées de les suivre par une rangée d'appareils de validation qui ne laissent passer que les voyageurs munis de billets, les familles néerlandaises font encore des signes de la main, tandis qu’un dialogue silencieux passe pour quelques secondes encore à travers les regards.

« Qu’avez-vous aimé ? » – « Tout ! »

Les yeux rieurs derrière ses belles lunettes fines, Rodrigue a l’habitude de ces séparations. A 14 ans, c’est déjà le huitième été qu’il vient dans la même famille. Au minimum, les bénévoles sélectionnés par Europa Kinderhulp, partenaire du Secours populaire depuis les années 60, se débrouillent en français. « Dans la mienne, ils prononcent ''champion'' au lieu de ''champignon'', mais à part ça, on peut pas les prendre en faute. C'est plutôt eux qui me reprennent, pour une erreur de conjugaison ou autre quelque chose du même genre ! », rigole Rodrigue.

Les haricots verts (...) n'ont pas le même goût que chez moi

Dans le train à grande vitesse qui ramène le groupe vers Paris, les bénévoles du Secours populaire ont distribué un questionnaire pour les aider à organiser les prochains séjours. Il est écrit : « Qu’avez-vous préféré ? » Réponse de Rodrigue : « Tout. » « Que n’avez-vous pas aimé ? » – « Rien. » le garçon a résumé l'état d'esprit de nombre de ses camarades. « Les haricots verts, parce qu’ils n’ont pas le même goût que chez moi », a risqué pour la dernière question sa voisine, Clara, elle aussi une habituée. Cela ne l’empêchera pas de retourner dans sa famille de vacances à Noël… « J'ai hâte ! »

Les vacances, un temps pour s'amuser, même si en dehors des jeux les relations sont parfois plus compliquées entre Ghift (à gauche) et Elynn.

Les vacances, un temps pour s'amuser, même si en dehors des jeux les relations sont parfois plus compliquées entre Ghift (à gauche) et Elynn.

Quinze jours au pays des tulipes et des canaux

Pour les plus jeunes, la séparation à Rotterdam est amortie par la perspective de revoir leurs parents. « Il y a de l’émotion sur le quai, mais dans le train l’ambiance est très détendue, il n’y a pas l’appréhension perceptible à l’aller », raconte Nelly, l’une des bénévoles. Les enfants qui partent pour la première fois ne savent pas s’ils vont bien s’entendre avec la famille, si elle sera « gentille ».

Nous étions désireux de partager notre bonheur avec un petit ou une petite afin de lui offrir la possibilité de mettre à distance les soucis du quotidien

La langue bien pendue et l’esprit éveillé, Ghift a 5 ans, même si elle paraît un peu plus grande. La petite, au regard espiègle sur lequel passe parfois un nuage de tristesse, retourne au Mans après avoir été choyée pendant quinze jours par la famille d’Audrey. Professeure de français, celle-ci est originaire des environs du Puy-en-Velay (Auvergne) et s’est mariée avec Paul, un Néerlandais, cadre dans une grande entreprise de production de gaz industriels et ’’spécialiste’’ de la préparation de boulettes de viande pour les repas en famille.

Une famille franco-néerlandaise

Le couple vit avec leurs trois filles à Moordrecht, à 20 km de Rotterdam. « Nous avions l’idée d’accueillir un enfant de France parce que nous voulions entretenir un lien avec mon pays d’origine. Et, nous étions désireux de faire partager notre bonheur à un petit ou une petite afin de lui offrir la possibilité de mettre à distance les soucis du quotidien », dit Audrey qui s’est attachée facilement à Ghift, lui parlant en français et en anglais, la langue maternelle de sa mère, originaire du Nigeria.

Ghift jouait beaucoup avec la sage Lisette, 3 ans, mais le courant n’est pas du tout passé avec Elynn, 9 ans, qui se fait très bien comprendre malgré son accent flamand prononcé. Ce n’était tout simplement pas le bon moment pour elles.

Pour le retour, les enfants étaient entourés par du personnel de Thalys et des bénévoles du Secours populaire et d'Europa Kinderhulp.

Pour le retour, les enfants étaient entourés par du personnel de Thalys et des bénévoles du Secours populaire et d'Europa Kinderhulp.

 

Voix posée, caractère volontaire et grande curiosité, Eva a joué, du haut de ses onze ans, un rôle qu’elle connaît par cœur : celui de grande sœur. Ce n’est pas une petite de plus qui allait déstabiliser cette passionnée de violon, de latin, de Grec ancien et de pâtisseries : « On a fait des dessins, des desserts. C’était super », dit la jeune fille sur un ton très bienveillant. « Oui, j’ai fait des gâteaux avec Eva », ajoute Ghift en roulant les yeux.

Les vacances sont un droit, les offrir est notre devoir

Ghift a vu les flots bleus-gris de la Mer du nord, une première : elle n'avait jamais été à la plage et ne connaissait donc ni la sensation des embruns sur son visage, ni l'étrangeté des vagues ou la beauté des grandes étendues de sable. Vélo au bord des canaux, piscine durant la canicule, elle a aussi apprécié les autres sorties. Audrey avait concocté un programme étoffé, avec un passage au zoo la veille du départ. « On a vu des éléphants, des girafes et des perches », raconte Ghift, encore émerveillée.

Faire plaisir jusqu’au dernier moment

Le dernier repas s’est déroulé non loin de la gare. « Je suis totalement opposée aux fast-foods, mais elle me le demandait depuis le début et je lui avais promis. Donc, ce midi, c'est hamburgers / frites », rit Audrey en voyant le grand sourire de la petite qui indique que le but est atteint. « Elle a aussi aimé laver les pommes de terre et passer l’aspirateur, comme les grands, car chez elle sa mère la trouve trop jeune pour cela », s’amuse Audrey.

Aujourd’hui encore, en France, un enfant sur trois est toujours privé de ce temps de découvertes que constituent les vacances. Elles « sont un droit, les offrir à tous est notre devoir », comme le souligne Stéphane Bern, parrain de la campagne Vacances 2019 du Secours populaire. Les bénévoles font tout leur possible pour réduire cette inégalité, même au-delà des frontières.

Ghift pourra raconter à sa mère et à ses frères et sœurs qu'elle a vu de beaux poissons au zoo de Rotterdam.

Ghift pourra raconter à sa mère, et à ses frères et sœurs, qu'elle a vu de beaux poissons au zoo de Rotterdam.

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