Beyrouth : un mois après la catastrophe, le long chemin de la guérison

Un mois après la double explosion qui a dévasté Beyrouth, la solidarité à l’œuvre dans la capitale libanaise n’a pas faibli. Les besoins continuent de s’exprimer dramatiquement. Le Secours populaire a, à ce jour, débloqué un fonds d’urgence de 300.000 € afin de soutenir les actions de son partenaire sur place, l’association DPNA. Celle-ci, en la personne de sa cheffe de projet Hiba Antoun, témoigne de la situation sur place.

Les volontaires de l'association DPNA s'apprêtent à partir livrer des colis alimentaires aux familles sinistrées de Beyrouth - août 2020
Patrick Baz / AFP

Depuis l’explosion qui dévasta la ville de Beyrouth, le 4 août dernier, s’égrène une litanie de chiffres mortifères : 2750 tonnes de nitrate d’ammonium, 200 morts, 6500 blessés, 300 000 personnes sans logis, 650 écoles détruites ou endommagées, 6 hôpitaux dévastés … 

« Nous avons vu des médecins soigner des citoyens blessés dans les rues et les parkings des environs. Nous avons vu des personnes ensanglantées, courant et criant à l’aide dans des nuages de fumée et de poussière, dans des rues jonchées de bâtiments détruits, de voitures à l’état d’épaves. » Cette vision infernale est rapportée par l’association libanaise DPNA (Association pour le Développement de l’Homme et de la Nature), partenaire de longue date du Secours populaire au Liban. Au cœur du chaos, les volontaires de DPNA sont à l’œuvre le jour-même de la catastrophe et n’ont depuis jamais relâché leurs efforts. 

« Je peux à nouveau me sentir chez moi dans ma maison »

Un mois jour pour jour après l’explosion, une autre énumération est possible, celle de la solidarité accomplie par DPNA grâce au soutien financier du Secours populaire : 300 000 euros de fonds mobilisés, 1000 familles aidées avec des colis alimentaires et de produits d’hygiène, 102 tonnes de produits alimentaires provenant de l’aide acheminée par la France distribuées, 100 logements réhabilités et autant de familles ayant pu les habiter à nouveau. 

Les volontaires de DPNA remettent à Anna, dont la maison a été détruite, un colis d'urgence

Les volontaires de DPNA remettent à Anna, dont la maison a été détruite, un colis d'urgence

 

« J’ai presque tout perdu dans ma maison. Je ne pouvais plus y vivre, elle n’avait plus ni porte ni fenêtres. C’est tout ce dont j’ai besoin, un toit pour vivre – rien de plus ! », témoigne une Beyrouthine, Anna. « Les volontaires de DPNA ont été formidables, ils m’ont aidée partout dans la maison avec une rapidité exceptionnelle et beaucoup de gentillesse. Ils ont permis que je puisse à nouveau me sentir chez moi dans ma maison. » Les volontaires de l’association qui, depuis un mois, sillonnent les quartiers de Beyrouth pour réhabiliter les logements, sont au nombre de 300 - autre chiffre éloquent de la solidarité déployée. « Ce groupe de personnes qui ont travaillé ensemble, afin de redonner vie aux zones touchées, est constitué de volontaires âgés de 18 à 35 ans enthousiastes à l’idée de coopérer. Ils n’ont pas seulement nettoyé les routes, les maisons ou distribué des colis, ils se sont également tenus aux côtés des familles, ont écouté leur douleur et on fait de leur mieux pour les orienter », peut-on lire dans un rapport adressé par DPNA au Secours populaire.

« Quand l’usine a explosé, c’est comme si l’innocence des enfants avait explosé en même temps… »

Certes, il y a les colis alimentaires, d’une quinzaine de kilos chacun, constitués de denrées non périssables et indispensables (sucre, riz, houmous, haricots, lentilles, huile, nouilles, thé, sel, lait, etc.). Certes, il y a les kits de produits d’hygiène, d’une pertinence plus criante encore en période de progression alarmante de l’épidémie de Covid-19 (savon, flacons de désinfectant, dentifrice et brosses à dents, mouchoirs, serviettes périodiques, etc.). Certes, il y a l’achat et la pose de vitres, de boiseries et d’huisseries, d’équipements pour les travailleurs, l’acquisition de pelleteuses à chenille et la location de camions avec chauffeurs. Mais il y a aussi, et il convient de ne jamais l’oublier, le soutien psychologique aux personnes sinistrées. Les équipes de DPNA, épaulées de médecins et de psychologues, viennent visiter les blessés dans les hôpitaux et réconforter les familles sans domicile.

Une attention particulière est portée aux enfants : ils sont 100 000 à avoir été directement touchés par l’explosion. Nombre d’entre eux souffrent aujourd’hui d’anxiété, de troubles de la nutrition et du sommeil, de repli sur soi ou de mutisme. « Quand l’usine a explosé, c’est comme si l’innocence des enfants avait explosé en même temps… », songe Hiba Antoun, cheffe de projet à DPNA. « Quand nous intervenons auprès des familles, il y a toujours une attention qui est apportée aux enfants. Les volontaires jouent et parlent avec eux, veillent à ce qu’ils continuent d’exprimer leur part d’enfance. »

« C’est une longue étape qui s’ouvre : celle de la guérison »

« Cela fait un mois à présent que Beyrouth a été dévastée. Les gens sont réveillés, le choc est passé ; ils doivent à présent regarder les destructions en face. S’ils ont survécu, ils ont souvent tout perdu. Comment continuer d’avancer, de vivre, dans ces conditions ? C’est une longue étape qui s’ouvre : celle de la guérison », témoigne Hiba Antoun. Dans ce chemin vers la guérison, DPNA joue un rôle crucial, comme de nombreuses autres associations également mobilisées. « Le Liban est le pays le plus riche en ONG locales par habitant, rappelle Kamel Mehanna, coordinateur du collectif des ONG libanaises. Cela fait cinquante ans qu’on vit dans l’urgence. La force de la société civile avait déjà évité l’effondrement du tissu social pendant la guerre. » DPNA et le Secours populaire conduisent leurs actions de solidarité auprès des personnes sinistrées en coordination avec le gouverneur de Beyrouth, l’armée, les Nations Unies et, donc, les ONG présentes dans la capitale. « Nous travaillons en consortium, ce qui nous permet de ne pas dupliquer le travail en même temps que de partager nos expertises », éclaire Hiba Antoun.  

Trois volontaires de DPNA lors de travaux de réhabilitation d'un logement sinistré

Trois volontaires de DPNA lors de travaux de réhabilitation d'un logement sinistré

 

L’ampleur du drame est telle que, un mois après, c’est toujours dans un contexte d’urgence que travaille DPNA. L’équipe continue de se concentrer sur les besoins premiers des personnes sinistrées - l’alimentation, la santé et l’hygiène, la mise à l’abri – en même temps qu’elle prépare la transition vers des actions plus durables. L’objectif de DPNA est, dans le travail de réhabilitation des logements et des bâtiments qui se profile, d’œuvrer dans une démarche environnementale, plus inclusive et sûre, respectueuse de la dignité des personnes. 

Une subvention de 300 000 € a été accordée, dans ce sens, au Secours populaire, début septembre, par le Centre de crise et du soutien (Gouvernement français), pour la réhabilitation de 100 logements mise en oeuvre par DPNA. Ceux-ci, situés dans trois quartiers proches du port, habités par les différentes communautés religieuses, abritent des familles particulièrement vulnérables (grande fragilité économique, situations de handicap ou de maladies chroniques, etc.) Se déployant de septembre à décembre, ce programme prévoit l’embauche de jeunes travailleurs beyrouthins afin de seconder les équipes de DPNA.

« C’est bientôt l’hiver »

Mardi 1er septembre, Hiba Antoun, accompagnée du Dr Ismaïl Hassouneh, Secrétaire national du Secours populaire, a rencontré le président de la République française Emmanuel Macron, à l’occasion de la deuxième visite qu’il effectuait au Liban depuis la catastrophe. « C’était une visite essentielle. J’ai demandé au président de ne pas relâcher son soutien car les besoins continuent de s’exprimer de manière exponentielle. Je l’ai informé des actions mises en œuvre sur le terrain par DPNA grâce au soutien du Secours populaire et lui ai dit que le travail allait être long encore », se souvient-elle.

Trois volontaires de DPNA lors d'une distribution de colis d'urgence dans une rue de Beyrouth

Trois volontaires de DPNA lors d'une distribution de colis d'urgence dans une rue de Beyrouth

 

Hiba Antoun et les membres de DPNA sont fiers du travail engagé en même temps que très lucides sur l’ampleur de la tâche qui les attend encore. Dans ce long travail de guérison, ils savent pouvoir compter sur le soutien indéfectible du Secours populaire, dont les bénévoles multiplient les opérations de sensibilisation et de collecte. Hiba Antoun, déterminée, offre à son témoignage cette conclusion : « Il faut poursuivre nos efforts : les personnes sinistrées ont besoin de nous, et c’est bientôt l’hiver. »

Fichiers

Pas d’action sans don !

Votre soutien financier nous permettra d’apporter une solidarité concrète aux victimes. L’ampleur de l’aide dépendra des fonds que nous réussirons à collecter.

Mots-clés