Diaby, de l'exil au bénévolat

Un jeune demandeur d’asile guinéen sillonne les communes isolées en Solidaribus, apportant aide et bonne humeur aux populations rurales autour de Nantes.

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Diaby, demandeur d'asile guinéen, décharge les denrées alimentaires pour les distribuer.
Jean-Marie Rayapen

En bref

Pays :
  • France
Date projet :

« Au début, je ne connaissais personne ; grâce au SPF, on me reconnaît dans la rue, on me salue. » Arrivé il y a quelques mois à Nantes, Diaby, demandeur d’asile guinéen de 24 ans, vit comme une fierté son statut de bénévole au Secours populaire de Loire-Atlantique. Chaque mardi, il accompagne Alain, commercial à la retraite, dans le Solidaribus, la fourgonnette du SPF. Ils parcourent ensemble les 30 km séparant Nantes de Savenay, une commune rurale de 8 000 habitants, pour apporter une aide alimentaire à une vingtaine de familles. Des retraités parfois, des femmes élevant seules leurs enfants, des migrants récemment installés dans un CADA (Centre d’accueil de demandeurs d’asile), des personnes avec très peu de ressources souvent.

Éprouvant périple

En ce frais matin de septembre, la fourgonnette conduite par Alain avale les kilomètres, tandis que Diaby confie ses rêves : voir sa demande d’asile acceptée pour pouvoir travailler et « faire venir sa mère restée au pays ». Il entame aussi le récit de l’éprouvant périple qui l’a mené de la Guinée à Nantes : « Il a fallu huit ans de souffrance pour arriver jusqu’ici ». Soit la traversée de onze pays. Pour Diaby, tout commence à la mort de son père : « À ce moment-là, j’ai quitté la Guinée. C’était le 10 août 2016. Commence alors pour le jeune homme une longue errance, géographie de la douleur, faite de carrefours, de déserts, de frontières. Celles que l’on franchit, celles que l’on redoute, celles que l’on espère car elles rapprochent du but. D’escales de plusieurs jours en séjours de plusieurs mois, où il faut en même temps survivre à coups de travaux épuisants, le jeune homme continue d’avancer, trouvant parfois même l’énergie de prendre des cours du soir d’anglais.

De la Guinée à la Libye, en passant par le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Ghana, le Togo, le Bénin, le Niger, l’Algérie, l’espoir du but qui se rapproche va crescendo. Les épreuves aussi. Le désert nigérien où près de cinquante de ses compagnons « sont tombés », et où il a lui-même failli mourir, fut une épreuve. Mais l’arrivée en Libye signe l’entrée en enfer. Il découvre ce pays où « la guerre a rendu beaucoup de gens méchants », et où « les mots torture ont pris leur vrai sens ». À Cadamez, ils ont dit : « Toi, tu prends celui-là… ». Commencent deux années dans des camps de travail près de Tripoli, dans les champs, d’un « propriétaire à l’autre » jusqu’au bout de l’épuisement :
« Cela m’était devenu égal de mourir. Je suis alors monté dans ce petit bateau où s’entassait une centaine de personnes. Nous étions les uns sur les autres. J’ai perdu connaissance au moment où le bateau a chaviré, certains de mes compagnons sont tombés, morts noyés. Un bateau nous a secourus. Quand je me suis réveillé, j’étais en Italie. » Étrange télescopage entre ce récit et la quiétude des paysages alentour.

"Beaucoup de migrants sont bénévoles"

Alain immobilise le véhicule devant le parking du centre social de Savenay, où avec Diaby il entreprend de décharger les produits alimentaires collectés. « À Nantes, beaucoup de réfugiés sont bénévoles. Ils ont un besoin vital de travailler, de s’occuper. L’ennui est une épreuve terrible pour ces jeunes qui s’usent dans l’attente », souligne Henriette, bénévole chargée d’accueillir les personnes aidées avant la distribution alimentaire.

Radis, aubergines, olives, oignons, champignons, tomates, haricots, poireaux - la plupart bio -, café, lait, produits d’hygiène… dans les palettes alignées Diaby propose, pioche, remplit les cabas des familles passées par le bureau d’Henriette. Une jeune femme s’approche avec son bébé dormant dans la poussette. « Vous êtes combien ? », interroge Diaby d’une voix douce. « Nous sommes quatre. On mange de tout, on n’est pas difficile à la maison. » 

Alain ajoute dans son cabas des petits pots pour bébés. Une dame d’une quarantaine d’années se présente accompagnée de son fils adolescent qui porte les cabas. Diaby la rattrape pour lui donner un dictionnaire et des fournitures scolaires dont une enseigne a fait don en ce début d’année scolaire. Ainsi passe la matinée. Il est temps de ranger les palettes presque vides. Rendez-vous mardi prochain. Diaby sera au rendez-vous. Avec le sourire.

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