Racing Pop : solidaire à l’entraînement et dans la vie

Les joueurs du Racing Pop Paris continuent de s’entraîner deux fois par semaine après une saison marquée par leur victoire le 12 mai au Parc des Princes contre le Chennevières-les-Louvres football club. Une activité physique régulière très bénéfique, dont les jeunes européens sont encore trop souvent privés, selon l’enquête Ipsos-Secours populaire français.

Le sport fait partie des éléments mis en place par les bénévoles pour aider les personnes en difficulté.
Bruno Manno

« On vise les montants : un poteau, c’est un but ; la barre transversale, deux », lance Alexandre à ses coéquipiers du Racing Pop Paris qui sont venus s’entraîner mardi 18 juin dans un gymnase du quartier de La Chapelle (18e arrondissement). L’enjeu : dérouiller les muscles moins sollicités en cette fin de saison, tâter du ballon et surtout partager le plaisir de se retrouver. Deux fois par semaine (mardi et jeudi), ils exercent ensemble une activité sportive régulière, ce qui n’est pas le cas de 40 % des jeunes européens qui ne pratiquent pas de sport, selon l’enquête Ipsos-Secours populaire français réalisée en octobre 2018 auprès de jeunes de 15 à 25 ans en France, en Grande-Bretagne, en Italie et en Pologne.

Dans la salle omnisports du centre Micheline-Ostermeyer chauffée à blanc par un soleil d’été de fin d’après-midi, deux équipes de cinq se sont formées rapidement après une brève séance d’étirement. Tout au long de l’entraînement, les encouragements et les railleries fusent, en français et en anglais : « What happened ? Que se passe-t-il ? » En cours de partie, deux nouveaux sont intégrés, les règles changent – chaque camp désigne un gardien –, mais le groupe, que l’on dirait constitué d’amis de longue date, ne se départit jamais de sa bonne humeur. « Ça rigole tout le temps », constate Jessica, l’épouse d’un des joueurs, venue les soutenir et partager leur enjouement.

Pourtant, ces jeunes hommes, 25-30 ans en moyenne, ont tous des parcours de vie parsemés d’épreuves. Depuis 2013, le Racing Pop Paris réunit autour du football des adultes isolés confrontés à des conditions précaires. Constituée essentiellement de migrants-réfugiés accueillis dans les permanences de la fédération de Paris du Secours populaire français, la formation actuelle compte entre 20 et 30 membres originaires majoritairement du Nigeria, du Mali, du Sénégal et du Cameroun.

« Une entente du tac au tac »

« Participer à leur entraînement, c’est un plus à voir car ils sont manifestement contents de se retrouver », souligne Sandirane, leur coach, depuis octobre 2018, dans le cadre d’un stage de fin d’études (master Staps). « Ils sont de différents pays et ne se connaissent pas forcément avant d’intégrer le groupe, mais l’entente est immédiate, du tac au tac : ce n’était pas le cas dans d’autres clubs de foot que j’ai fréquentés. Au Racing Pop, ils se considèrent comme une famille, comme des frères. »

« C’est un plaisir de vivre ces moments et une fierté d’être dans l’équipe », confirme Alexandre, un Camerounais de 35 ans, qui a suivi des études de préparateur physique. Arrivé récemment au Racing Pop, il a proposé ses services comme bénévole :

Cela me réjouit de partager mon savoir : plus je donne, deux fois j’apprends !

Entraide et traduction instantanées

À la fin de l’entraînement, Antonin, en service civique au Secours populaire, annonce aux joueurs présents que la fédération dispose d’invitations pour le 8e de finale de la Coupe du monde féminine de football, qui se déroulera lundi 24 juin au Parc des Princes (1). « Next Monday at the Parc des Princes : send him a message if you are interested », traduit spontanément Issa, le capitaine d’origine nigériane. Comme Peter, son compatriote qui n’a pas pu venir aujourd’hui, Issa, 24 ans et membre de l’équipe depuis 2017, prend lui-même des cours de français langue étrangère dispensés par les bénévoles parisiens du Secours populaire.

Tout au long de l’année, les joueurs du Racing Pop bénéficient d’un suivi social : santé, logement, démarches administratives, aides vestimentaires et alimentaires. Cela permet de les accompagner dans leur parcours et de leur proposer d’autres activités, comme des cours de langue, des sorties… Sur les traces d’Issa et de son coéquipier Amara qui ont participé en 2017 à un été créatif organisé par Havas, Saliou et Ousmane ont été retenus pour la prochaine édition qui se déroulera cet été.

Foot solidaire

« Cette activité physique régulière permet [aux joueurs du Racing Pop] d’évacuer toutes les difficultés qu’ils ont dans la tête : cela leur apporte beaucoup », souligne Sandirane. Pourtant jugé important ou essentiel par 83 % des jeunes européens, l’accès au sport reste inégalitaire variant fortement en fonction des revenus : 52 % seulement des jeunes qui ont des revenus faibles font du sport au moins une fois par semaine, selon l’enquête Ipsos-SPF. « Au Racing Pop, résume Sandirane, le football solidaire, c’est intégrer tous les joueurs en leur proposant une pratique physique régulière afin qu’ils créent [eux-mêmes] une solidarité. »


1. Cent invitations pour ce match ont été mises à la disposition des fédérations franciliennes du Secours populaire. Par ailleurs, 200 enfants aidés par le Secours populaire sont invités par la Mairie de Paris les 24 et le 28 juin à un match de huitièmes de finale et à un autre de quart de cette compétition. Des familles du Jura, d’Ile-de-France bénéficieront également de places pour les quarts de finale.

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