Grèce : une main tendue aux migrants réfugiés

La Grèce, aux prises avec une grave crise économique qui frappe ses citoyens, fait aussi face à une crise migratoire d’une grande ampleur. Les réfugiés qui y accostent viennent s’entasser dans des camps précaires, sis dans les îles qui bordent la Turquie comme dans les villes portuaires de Grèce continentale. Le SPF leur vient en aide, par le truchement de ses associations partenaires. L’historique Solidarité populaire comme la toute récente Tolou sont, au cœur de ces camps où l’humanité est mise à mal, le prolongement de la main ailée du Secours populaire. 

Un enfant lors d'une distribution de cartables neufs et de fournitures scolaires - camp de Elefsina - Grèce - 9 octobre 2020
Solidarité populaire de Grèce / SPF

Les 8 et 9 septembre derniers, dans le monde entier, des écrans diffusaient des images infernales : le camp de réfugiés de Moria, petite ville située sur l’île grecque de Lesbos, brûlait. Ses milliers d’habitants avaient perdu le peu qu’il leur restait, après avoir vécu dans des conditions extrêmement difficiles. Surpeuplé et insalubre, Moria symbolise le drame vécu par des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, migrants réfugiés, survivant péniblement dans des camps en Europe. La Grèce est leur première porte d’entrée, avec plus de 70 000 arrivées en 2019 (selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés). Les caméras du monde se sont détournées des cendres encore fumantes de Moria mais, bien sûr, le drame demeure - à Moria comme sur d’autres îles et en Grèce continentale. Voici quelques lumières sur une solidarité conduite loin des écrans et au plus près de ces hommes, ces femmes et ces enfants.

Elahe sous un arbre

« Tout commence en janvier 2020, sur l’île de Lesbos… » Ainsi, Fanny Houvenaeghel conte-t-elle l’histoire de l’association qu’elle crée, Tolou, qui est liée à la fédération du Secours populaire de l’Hérault par un tout récent partenariat. « J’y ai alors un poste d’interprète persan / arabe / anglais / français dans un centre d’accompagnement pour demandeurs d’asile. Quand Lesbos se retrouve confinée, le centre stoppe son activité mais je reste sur l’île. Je rencontre Elahe dans le camp de Moria. C’est une jeune fille afghane de 14 ans qui, pour répondre au manque d’école dans le camp, a créé sa propre classe d’Anglais, consciente de l’importance de son apprentissage. Sous un arbre, Elahe apprend aux enfants des tentes avoisinantes l’alphabet et quelques phrases de conversation courante en anglais. Nous avons décidé, avec le père d’Elahe, charpentier, de réunir les fonds auprès de donateurs privés pour qu’il puisse construire un espace couvert. Deux semaines plus tard, nous avons ouvert une petite école, construite dans l’espoir d’enseigner à une quarantaine d’enfants. Mais ce sont 500 personnes de tous âges qui sont venues s’inscrire aux cours ! ».

 Grèce : une main tendue aux migrants réfugiés

Les enfants dans l'école Tolou du camp de Moria - Île de Lesbos, mai 2020 - ©Tolou 

 

Deux autres salles de classe sont construites afin d’accueillir tous les aspirants élèves, et un emploi du temps savamment mis en place, afin que par tranches d’une heure, tous puissent suivre les cours. Les enseignements se diversifient au fil des semaines et en fonction des besoins exprimés par les habitants du camp : à l’anglais s’ajoutent le grec et le français, ainsi que les arts plastiques. Aux enfants se joignent vite des femmes puis des hommes. « Intégrer tous les profils, ne laisser personne de côté, c’était très important », souligne la jeune femme. La construction des salles et la conduite des classes rassemblent des compétences qui existent partout dans le camp : charpentiers, maçons, chefs de projet, électriciens, ingénieurs, professeurs se retrouvent autour de ce projet. « Plus important que les cours eux-mêmes, l’école offrait la possibilité pour toutes ces personnes, livrées à elles-mêmes dans le camp, de renouer avec un rythme, un sentiment d’utilité, une confiance en soi. Préparer les cours, les assurer, participer aux réunions … C’était très important pour toutes les personnes bénévoles, comme pour celles qui venaient une heure pour apprendre. Cela donnait une raison de se lever le matin et permettait de tromper la dépression. »

Une école de la résilience

D’autres besoins s’expriment bientôt et, tout d’abord, celui de formations aux premiers secours. La nuit tombée, le camp de Moria manque cruellement de personnel médical. Apprendre à une poignée de volontaires les gestes qui sauvent : voilà ce à quoi un médecin et une infirmière bénévoles s’attèlent bientôt. Ensuite, ce sont des cours de natation qui sont donnés. « Les personnes du camp de Moria sont toutes venues sur l’île de Lesbos par voie de mer. Ils ont vu des personnes tomber à l’eau, parfois se noyer. L’objectif, c’était de rompre avec la peur de l’eau, savoir faire la planche puis apprendre à nager. C’était important pour eux de ne pas s’arrêter sur les peurs, de dépasser les traumas. » Alors, l’école de Tolou est école de résilience…

 Grèce : une main tendue aux migrants réfugiés

Une leçon de natation par l'association Tolou - Camp de Moria, île de Lesbos, mai 2020 - ©Tolou

 

Une autre école voit bientôt le jour dans la commune voisine de Mytilène, pour les personnes réfugiées qui y ont obtenu un logement. Pour celles qui acquièrent le statut de réfugié, des actions se mettent en place à Athènes. L’association loue des appartements afin de permettre aux familles de se loger. « C’est pour la période de transition. Nous accompagnons les personnes dans les démarches, pour régler les questions administratives – l’obtention d’un passeport, d’une carte d’identité et d’un numéro d’impôt, l’inscription à l’école, la recherche d’un travail et d’un logement. » Depuis l’incendie et l’installation des personnes de Moria dans un nouveau camp à Lesbos et avant la réouverture de l’école, l’action de Tolou se concentre sur cet accompagnement.

La rencontre entre Tolou et le Secours populaire se fait par l’intermédiaire de la fédération de l’Hérault du SPF. Gilles Loison, secrétaire départemental, en précise les prémices : « Le partenariat s’initie avec le financement de 35 malles de premiers secours, afin que les personnes formées puissent disposer de matériel pour intervenir dans le nouveau camp de Lesbos, où la plupart des réfugiés de Moria ont été déplacés après l’incendie. L’idée force, c’est d’associer les comités, les bénévoles, les personnes accueillies à cet effort. Un second objectif est, dans le cadre de la campagne des Pères Noël verts, de collecter des fonds qui permettront à Tolou d’acheter des jouets et des mets de fête pour les enfants issus de Moria. »

S'imaginer en héros

L’enfance, c’est le cœur des actions de Solidarité populaire de Grèce, association partenaire depuis 2013 de l'association nationale du Secours populaire comme de nombre de ses fédérations. Haïk Apamian, son président, avance : « Nos efforts se dirigent vers les plus démunis, c’est-à-dire les grecs qui vivent dans les quartiers populaires et les réfugiés qui vivent dans les camps. Et toujours, les premières victimes de la pauvreté, ce sont les enfants. » Solidarité populaire, au moment où Haïk Apamian témoigne, vient juste de terminer une distribution de cartables neufs pour 150 enfants du centre de réfugiés de Elefsina, ville située à vingt kilomètres environ à l'ouest d'Athènes. « Pour certains enfants, c’est la première fois qu’ils se rendent à l’école. Ils sont heureux d’avoir des cartables neufs, fournis en crayons, en stylos et en cahiers. Pour les enfants de maternelle, nous avons offert des crayons de couleur. Nous souhaitions que ces enfants puissent suivre leur scolarité avec dignité, sans sentiment d’exclusion. Ce sont des enfants qui ont soif d’apprendre et ils ont tenus à nous remercier en grec ! » 

 Grèce : une main tendue aux migrants réfugiés

Les bénévole de Solidarité populaire de Grèce après une distribution de cartables et fournitures scolaires - Camp d'Elefsina, octobre 2020 - ©SPG / SPF

 

Une telle distribution de matériel scolaire neuf se déroule chaque année. Chaque année également, Solidarité populaire permet aux enfants en grande difficulté de partir en séjours de vacances estivaux ou dans le village « copains du Monde » de Meyras mis en place par la fédération du Secours populaire d’Ardèche, ou encore de participer aux grands carnavals de Patras et d’Athènes. Dans leurs costumes offerts, qui font briller leurs mille couleurs et reflètent la lumière, les enfants font ce que devraient faire tous les enfants du monde : ils rient, jouent et s’imaginent en héros. « En février 2020, ce sont 150 enfants qui ont pu participer au carnaval de Patras car nous les avons aidés à s’offrir de beaux costumes ! », souligne Haik Apamian. 

Le président de Solidarité populaire précise : « Dès la création de notre association en 2013, nous pressentions l’ampleur de la crise à venir, l’arrivée massive de réfugiés en Grèce. Leur venir en aide s’est donc inscrit dès le départ dans nos principes. Nous sommes une association de bénévoles, sans aucune attache politique, économique ou religieuse avec quelque pouvoir que ce soit. Cette indépendance est la raison de nos moyens fragiles, mais nous savons pouvoir compter sur le Secours populaire. Avec le SPF, les liens se sont noués de manière fraternelle, sur la base de nos valeurs humanistes communes. » 

Quelques douceurs pour les enfants

Ainsi, remonter le fil de l’action de Solidarité populaire, c’est revivre presque une décennie rythmée par les arrivées de migrants et leur installation précaire dans des camps de fortune. En 2016 par exemple, des distributions de vivres, de jouets et de produits pour bébés, acheminés par le Secours populaire en convoi, ont été effectuées par les bénévoles de Solidarité populaire auprès des migrants réfugiés syriens du camp du port du Pirée, kurdes et afghans du camp de l’ancienne cité minière de Lavrio. La présence de Solidarité populaire auprès des réfugiés n’a jamais faibli. La quarantaine observée durant la pandémie, au printemps 2020, ne l’a en rien freinée : « Nous avons continué, en prenant les précautions sanitaires qui s’imposaient, à effectuer des distributions alimentaires dans le camp de réfugiés de Malakasa, dans lequel nous allons depuis de nombreuses années, ainsi que dans le nouveau camp installé dans le quartier en chantier de Eleonas, dans la périphérie d’Athènes. » Et toujours, aux produits impérieux (lait maternisé, sucre, riz, pâtes, légumes, huile, etc.), Solidarité populaire d’ajouter quelques friandises (sirop de citron, bonbons) pour les enfants.

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Distribution alimentaire dans le camp de Malakasa par l'association Solidarité populaire - Mars 2017 - ©SPG / SPF

 

« Ce qui nous importe, plus peut-être que d’entrer dans les camps de réfugiés, est de mettre en place des actions qui permettent aux personnes d’en sortir, de vivre des moments dans la société, avance Haik Apamian. Et ça, depuis la crise sanitaire et les mesures de quarantaine, c’est devenu très difficile… Je me souviens avec émotion d’une sortie au théâtre pour les enfants du camp d’Eleonas et du quartier populaire de Grava, organisée le 20 novembre 2019, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant. La pièce s’intitulait « Plus fort que Superman » et traitait de l’importance de la solidarité ! Je me souviens de ces enfants ensemble, au-delà de leurs différences. De tous ces rires, cette joie. C’est comme s’ils avaient découvert le Paradis ! »

Le 15 octobre 2020, un camion empli de vêtements et chaussures neufs, collectés par le Secours populaire, partira de Clermont-Ferrand, à destination d’Athènes. « Le convoi arrivera en Grèce à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, car notre solidarité ne doit connaître aucune frontière », éclaire Christian Causse, membre du Bureau national du SPF. Pour les femmes, les hommes comme pour les enfants, de toutes tailles, ces articles seront remis par les bénévoles de Solidarité populaire aux réfugiés des différents camps des environs de la capitale hellénique. Gageons qu’au fond des sacs seront glissés des bonbons et du sirop - quelques douceurs pour les enfants.

 

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