En Ardèche, les écoliers apprennent ce qui est bon

Les bénévoles de l’Ardèche organisent, depuis 20 ans, des petits-déjeuners pédagogiques et font découvrir des fruits frais dans une quarantaine d’établissements scolaires du département. Ils luttent ainsi contre une inégalité qui peut avoir des répercussions sur toute une vie en termes de santé, de bien-être et même d’insertion. Environ 4 000 enfants en bénéficient chaque année. Une action exemplaire pour cette nouvelle Journée du refus de la misère.

Férouze apprécie que ses enfants (ici Inès, 6 ans et demi) bénéficient du programme d'initation à l'alimentation équilibrée du Secours populaire.
Bruno Manno

La nécessité de garantir l’accès de tous les enfants aux cantines scolaires et la distribution de petits-déjeuners ont été mise en lumière, l’année dernière, lors des débats autour du plan anti-pauvreté du gouvernement. En effet, jusqu’à 15 % des enfants des catégories populaires arriveraient le ventre vide le matin à l'école, sur le plan national. Et, certaines familles ont des revenus trop faibles pour payer le repas du midi à leurs enfants. Ces derniers pâtissent aussi d’une alimentation peu variée, notamment en fruits et en légumes.

À Privas, Férouze dépose ses enfants chaque matin à l’école Clotilde Habauzit. « Mes trois filles bénéficient du programme du Secours populaire », dit-elle dans un sourire. Chaque matin, les enfants ont droit à un fruit et une fois par an un petit déjeuner est organisé par les bénévoles. « C’est l’occasion de prendre son temps avec d’autres parents, les instituteurs et de voir mes petites dans un moment agréable. »

Apprendre les familles d'aliments

Son aînée, Anissa a 10 ans. Jouant avec les cheveux ondulés de sa natte, elle énonce avec plaisir la large gamme de fruits et de légumes qu’elle a découvert à l’école. « Ce que je préfère c’est la venue du diététicien, Damien, qui nous explique les familles d’aliments, avec ce qui est bon pour notre santé et ce qui l’est moins, comme les frites ou les chips. » En atelier, les élèves apprennent à faire des sandwichs plus équilibrés et même à fabriquer eux-mêmes du ketchup et de la pâte à tartiner... sans additifs.

Toutes les habitudes alimentaires de la famille n’ont pas été bouleversées, « la nourriture, c’est reliée à ma propre enfance, aux recettes de mes propres parents », explique Férouze. Mais, une place plus large a été faite aux fruits et légumes. « Nous conseillons maman pendant les courses », disent Inès et Mélissa, les sœurs cadettes d’Anissa. Les petites approuvent quand leur mère prend de la salade ou préviennent qu’elle ne doit pas prendre de soda, à cause du sucre.

La nourriture, c'est relié à ma propre enfance, aux recettes de mes propres parents, raconte Férouze, qui élève avec beaucoup d'attentions Anissa, Inès et Mélissa

Férouze a changé la composition du petit-déjeuner et du goûter – les fruits ont remplacé les gâteaux ou sont apparus à leur côté – mais doit aussi calculer au plus juste son budget alimentaire car elle élève seule ses trois filles avec son salaire de comptable à mi-temps (1000 euros par mois, plus 300 euros d’allocations familiales).

Manger 5 fruits et légumes par jour, conformément au Plan national nutrition santé, coûtait l’année dernière jusqu’à 255 euros par mois pour une famille de quatre personnes, selon une étude réalisée par Familles rurales, qui estime que seule un tiers des familles suit ces recommandations, principalement à cause du prix élevé.

De fortes disparités sociales

L’accès restreint aux fruits et légumes est une des causes du développement du surpoids. Une autre étude, menée par le service de recherche du ministère de la Santé, montre que « 24 % des enfants d'ouvriers sont en surcharge pondérale et 8% sont obèses, contre respectivement 12 % et 3 % des enfants de cadres ». Ce type de disparités sociales peut aussi s'expliquer par des pratiques différenciées, comme la prise régulière d'un petit-déjeuner. Seule la moitié des collégiens des quartiers populaires mange le matin, contre les deux tiers des autres élèves du même âge.

L’expérience menée en Ardèche est précieuse. « Nous voyons des changements en cours d’année. Lors des sorties scolaires, la composition des pique-niques change, faisant de plus en plus de place aux crudités, aux légumes et aux fruits », relève Cédric Dupraz, directeur de l’école Clotilde Habauzit. Lui aussi apprécie beaucoup le programme du Secours populaire qui fait découvrir les produits qui préservent la santé : ils sont de saison, locaux et non transformés. Il salue l’engagement des bénévoles : « Sans eux, sans leur présence, nous ne pourrions pas organiser les petits-déjeuners. »

Valérie Pontier, la précédente directrice de l’établissement, se souvient « des réticences manifestées au départ par les enfants » devant des aliments inconnus « qu’il faut beaucoup plus mâcher qu’au fast-food ». Tout cela se dissipe très vite, explique-t-elle, laissant place « à un plaisir visible de manger ».

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