Un peu de douceur pour les sinistrés de la rue d'Aubagne à Marseille

L’antenne du centre-ville de Marseille du Secours Populaire Français organisait cette semaine dans les locaux de la Mairie des 1er et 7ème arrondissements une rencontre avec les habitants d’immeubles évacués de la rue d’Aubagne le 5 novembre dernier. Plus qu’un simple moment convivial, l’objectif est de les impliquer dans le choix des projets.

Le 28 janvier les bénévoles de Marseille organisaient un moment festif pour les sinistrés de la rue d'Aubagne.
Fréderic Badani

Les galettes des rois et autres pâtisseries orientales préparées pour l’occasion ne sont qu’un prétexte pour proposer aux sinistrés un moment de douceur qui leur fait cruellement défaut. Évacués de leur immeuble quelques jours ou quelques semaines après le drame de la rue d’Aubagne qui a fait huit morts le 5 novembre, ils ont tous été relogés dans des hôtels du centre-ville. Une situation provisoire qui dure. L’aide se matérialise ce jour-là sous la forme d’un don financier dont Robert Peiron, président de la caisse Crédit Mutuel du Vieux-Port, vient annoncer le montant : 7300€. Dès qu’ils ont appris la catastrophe, des employés de 12 caisses de la cité phocéenne se sont cotisés dans le cadre d’un appel aux dons lancé par le district du centre-est. « Ça paraissait naturel d’aider, affirme Robert Peiron. Ce serait bien que ça débouche sur un petit moment de bonheur ! »

Une aide personnalisée

Fort de cette solidarité , le Secours populaire invite les sinistrés du centre-ville à exprimer leurs besoins prioritaires. La plupart d’entre eux ont déjà obtenu des vêtements et de l’aide alimentaire mais ce qui leur manque maintenant, c’est de pouvoir se changer les idées, s’évader un peu d’un quotidien devenu difficile. À l’approche des vacances de février, Yasmine, une mère de famille, propose de faire des sorties avec les enfants. Dans la salle, beaucoup acquiescent.Les enfants, désormais éloignés de leurs amis et de leur école, vivent très mal la situation. Bouabdellah, père d’un enfant de 9 ans, relogé dans un hôtel à plus d’1km de son appartement, raconte son quotidien. « Avant, il était à 5 minutes de l’école à pied, maintenant il prend le tram et le bus dans le froid… » Djillali, père de trois enfants dont l’aînée est au collège, voit déjà les conséquences sur ses résultats scolaires : « Avant je prenais le temps de l’aider à faire ses devoirs, mais là, avec tous ces problèmes à régler, je ne peux plus ! »D’autres demandes sont plus immédiates. Djawida Achaibou, une bénévole du SPF qui ne compte pas son temps depuis le drame, constate les besoins du quotidien. « Il y a beaucoup de famille avec des bébés, donc on va faire un budget couches avec une partie de cet argent. » Saliha, bénévole elle aussi, insiste : « L’aide qu’on leur apporte n’est pas que matérielle, il y a l’écoute et la parole aussi. C’est important ! » Une sinistrée, relogée depuis deux mois et demi, vient d’ailleurs remercier spontanément les responsables à la fin de la rencontre : « J’ai des soucis par-dessus la tête mais ici, on trouve toujours un sourire. »

La solidarité s’organise

Pour beaucoup de sinistrés, la situation reste chaotique, et rétablir la confiance envers les autorités prendra du temps. Les associations, comme le SPF, ont répondu présent depuis le premier jour. Il a fallu s’adapter pour répondre à l’urgence de la situation. « On voit de nouvelles têtes tous les jours, c’est dur », remarque Djawida Achaibou. Pour plus d’efficacité, l’aide se fait de la main à la main, sans intermédiaire. Et comme l’union fait la force, les associations essaient de travailler ensemble. L’association « Coup de Pouce du cœur », que préside Nadia, vient habituellement en aide à une cinquantaine de personnes localement. Aujourd’hui, c’est plus de 80 qui se présentent régulièrement. Elle reçoit donc l’aide des bénévoles du Secours populaire. Et ce matin, Djawida, encore elle, lui apporte les invendus des commerces du centre-ville pour garnir les colis repas destinés aux plus démunis. Touchée par la solidarité des commerçants du centre, Djawida leur rend hommage : « Sans eux, on ne pourrait rien faire... » S’appuyer sur le réseau associatif local, c’est la certitude de proposer une aide adaptée au besoin. Nadia l’a remarqué, certaines familles évacuées, bien que relogées dans un autre quartier de la ville, reviennent régulièrement dans son local. « Ils viennent chercher du réconfort. Ici, ils se sentent à l’aise. » Mais les moyens restent limités : « Parfois, il ne reste pas grand-chose, mais on ne peut pas dire non, ça fait de la peine... »

Des propositions concrètes

Dès le lendemain de la rencontre avec les sinistrés organisée par le Secours Populaire, les choses ont déjà bien avancé et Sonia Serra, secrétaire générale de la fédération du Secours populaire des Bouches-du-Rhône, est heureuse d’annoncer que les enfants pris en charge vont pouvoir bénéficier de sorties « neige » et culturelles dès les vacances de février. Et peut-être quelques jours à Pâques en famille dans le Var. Objectif réussi donc pour cette réunion dont le but était de cibler les besoins, qui restent importants. Un nouvel appel au don a d’ailleurs été lancé à cette occasion.

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