Partager et découvrir les pratiques culturelles : un enjeu majeur de solidarité

Agréé officiellement d’éducation populaire en 1983, le Secours populaire français a fait de la démocratisation des loisirs et des pratiques culturelles l’un des axes du développement de la solidarité. Comme lors de la 2e édition de l’exposition recto/verso qui se déroulera du 15 au 24 juin à la Fondation Louis Vuitton, ses bénévoles et les personnes accueillies se mobilisent pour partager et découvrir de nouveaux horizons en s’appuyant sur le vécu de ces dernières.

Une première au théâtre et une découverte de la salle Richelieu pour le groupe de La Courneuve, qui a assisté jeudi 1er mars à La Résistible Ascension d'Arturo Ui, la pièce de Bertolt Brecht, à la Comédie-Française.
Jean-Marie-Rayapen

Les onze personnes accueillies et les quatre bénévoles du comité de La Courneuve qui ont assisté jeudi 1er mars à la représentation de La Résistible Ascension d’Arturo Ui, de Bertolt Brecht à la Comédie- Française, ne sont pas près d’oublier cette expérience : une première fois au théâtre pour beaucoup et pour tous une découverte de la salle Richelieu et de ses trésors. Malgré un métro direct entre ce lieu historique situé place Colette (Paris 1er) et La Courneuve, les obstacles à l’accès aux pratiques culturelles sont nombreux.

Mouvement d’éducation populaire, le Secours populaire français a fait de cette exploration de nouveaux horizons l’un des axes du développement de la solidarité : une émancipation en acte qui passe par la pratique d’ateliers artistiques où chacun partage son expérience et sa culture, la fréquentation pour tous de lieux qui véhiculent souvent une image élitaire (Opéra, musées d’art contemporain…), le partage de loisirs en famille et l’écoute du vécu des personnes aidées.

« Nous sommes orchestre »

« Depuis le jour que nous avons été acceptées, nous sommes préparées et contentes ! », déclare Hayette, venue avec sa voisine et amie de La Maison pour tous. Avec le groupe, elle a pu admirer la galerie des Bustes et le lustre du foyer Pierre-Dux, avant de gagner sa place. Baignoire, corbeille ou poulailler ? Comme, « c’est la première fois », elle cherche son chemin et se laisse guider par la bonne humeur du groupe : « Nous sommes orchestre, mesdames : orchestre ! »

Pour ces mamans, majoritairement, qui évoluent dans un carcan familial assez fermé, c’est l’occasion de sortir de leur quotidien. Pour de multiples raisons, ces lieux de manifestations culturelles leur resteraient inabordables, souligne Patricia Tran, bénévole au comité de La Courneuve chargée de la culture. Grâce à notre équipe très motivée de cinq bénévoles, nous avons les moyens humains de proposer de multiples choix de pratiques artistiques et cela fonctionne !

« Aider à atteindre ce qui semblait inaccessible me paraît résumer l’idée de l’éducation populaire », note le sociologue Serge Paugam. En 2017, plus de 1 800 spectateurs privilégiés du SPF ont assisté à une représentation à l’Opéra (Bastille, Garnier ou Comique), dont 1 525 à Bastille. Grâce à des partenariats avec ces Opéras et différents théâtres qui offrent des invitations ou des places à tarif solidarité, plus de 22 000 personnes accueillies et bénévoles des fédérations d’Île-de-France, de la Haute-Vienne… ont assisté à un spectacle dans l’année. Pour certaines, il s’agit du premier dans une vie de travail ou de privation. Parmi le groupe de La Courneuve présent à la Comédie-Française, cela a été le cas pour Aïssa (voir témoignage), retraité, et pour son épouse, aide maternelle.

« La culture ne peut être réservée aux seuls privilégiés : il faut l’offrir à ceux qui en sont privés », affirme Emmanuel Demarcy-Mota, le directeur du Théâtre de la Ville, qui en décembre 2015 a invité en avant-première 600 enfants et familles accompagnés par le SPF au spectacle Alice et autres merveilles. « Le théâtre doit être ce lieu où les valeurs républicaines sont représentées et partagées, à travers les oeuvres, mais aussi des actes clairs de solidarité. »

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En 2015, la première édition de l'exposition recto/verso, avec ses quelque 200 œuvres, a été l'occasion pour douze enfants venus du Val-d'Oise d'exprimer leurs goûts artistiques, leurs préférences et un certain enthousiasme pour l'art contemporain.

 

Pratiques culturelles minoritaires

Même si les sorties sont plus fréquentes que dans les années 1970, le spectacle vivant reste réservé à une minorité (1) : 81 % des Français de 15 ans et plus n’ont jamais assisté de leur vie à un concert de jazz. Ils sont 77 % à n’avoir jamais vu un opéra ; 68 %, de la danse ; 64 %, une exposition de photo ; 42 %, une pièce de théâtre jouée par des professionnels. Près d’un quart (23 %) ne sont jamais allés de leur vie dans un musée. Au cours des douze derniers mois, seuls 4 % ont été à l’Opéra ; 6 %, à un concert de jazz ; 7 %, à un récital classique et 8 %, à un spectacle de danse. Dans l’année, 43 % ne sont pas sortis une seule fois au cinéma et un quart n'ont fréquenté aucun équipement culturel (2).

« Ces ségrégations sèvrent ces concitoyens des expériences de plaisirs et de joies partagés. En être exilé, c’est aussi se priver d’atouts pour exercer une pleine et riche citoyenneté, condition absolue de l’émancipation, [qui] requiert l’acquisition de savoirs et de connaissances, un dialogue nourri et fréquent avec la lecture et les autres expériences culturelles et artistiques », souligne Jean-Michel Leterrier, syndicaliste et essayiste, qui est intervenu lors du séminaire populaire « L’accès à la culture : facteur d’émancipation ? », organisé le 27 janvier 2017 au Centre Georges-Pompidou à Paris.

Les personnes qui ont assisté à la pièce de Brecht à la Comédie-Française sont à la fois émues, impressionnées et très heureuses de découvrir ce lieu prestigieux.« Au-delà de ce que cela leur apporte en termes de richesse et d’ouverture, c’est aussi synonyme de respect, d’une forme de reconnaissance à leur égard en tant que personne », relève Patricia Tran.

En France, la participation culturelle demeure très liée au niveau de diplôme et à la position sociale : les milieux favorisés restent les plus engagés et les écarts entre les cadres supérieurs et les ouvriers ont peu évolué depuis les années 1970 (3). L’égal accès de tous à la culture (ainsi qu’au sport, aux vacances et aux loisirs) est pourtant inscrit dans la loi contre les exclusions du 29 juillet 1998. Il constitue « un objectif national garanti[ssant] l’exercice effectif de la citoyenneté ». Cela passe par « le développement, en priorité dans les zones défavorisées, des activités artistiques, culturelles » (art. 140). Pour Ariane Ascaride, marraine du Secours populaire :

Une société sans culture est une société malade. La culture, c’est le partage.

Démocratisation des pratiques culturelles

Agréé officiellement d’éducation populaire en 1983, le SPF a fait de la démocratisation des loisirs et des pratiques culturelles l’un des axes du développement de la solidarité et le thème de son 29e congrès en novembre 2003 à Agen. En 2016, il a permis à 115 500 personnes d’accéder à la culture et aux loisirs. « Vous, apprenez à voir, plutôt que de rester les yeux ronds », lance Brecht en épilogue de sa pièce, une incitation qui résonne comme un appel à l’action.

Dans toutes les fédérations, les bénévoles se mobilisent avec les personnes aidées pour découvrir main dans la main de nouveaux domaines et ainsi encourager la pratique d’une activité artistique, comme à Lille, où un atelier théâtre fonctionne depuis 2009. Toute l’année, ils organisent ensemble des sorties au cinéma, au concert ou au théâtre, comme lors des tournées des Tréteaux de France, qui montent également des ateliers.

 

Allocution de Julien Lauprêtre, le 10 novembre 2015 à la Fondation Louis Vuitton à Paris à l'occasion de la première édition de recto/verso.

 

En novembre 2015, près de 400 personnes accueillies ont visité la Fondation Louis Vuitton et l’exposition recto/verso, qui a réuni les œuvres de plus de 200 artistes contemporains mises aux enchères au profit du Secours populaire (voir encadré). Des visites ont été menées en binôme par un relais culturel du SPF et un médiateur de la Fondation qui ont croisé leurs connaissances pour interagir avec des familles, des groupes d’élèves de cours d’alphabétisation, de jeunes et de seniors (4). « Pour les intéresser, cela doit être émotif et ludique, avec des œuvres parlantes qui interfèrent avec leur vécu et leurs émotions », souligne Frédéric, médiateur SPF pendant recto/verso et bénévole référent culture à la fédération de Paris (voir témoignage). « Il faut que cette visite qui leur est dédiée soit jubilatoire, ce qui a été le cas, notamment avec la découverte du bâtiment. »

De telles sorties sont programmées dans toute la France, grâce à des partenariats avec le Centre des monuments nationaux qui ouvre gratuitement une centaine de lieux historiques, le château de Versailles, le palais de Tokyo, le Louvre, les musées d’Orsay, du quai Branly… Sous l’égide du ministère de la Culture, 36 établissements franciliens ont signé en février une charte d’accueil des publics en situation d’exclusion.

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Une centaine d’élèves et leurs professeurs bénévoles du cours d’alphabétisation de la fédération de Paris ont visité le musée du Louvre le samedi 16 décembre 2017.

 

L’éducation populaire, un « laboratoire du vivre-ensemble »

Des sorties spécifiques sont organisées pour les personnes qui suivent les enseignements d’alphabétisation et de français langue étrangère. Elles leur permettent d’approfondir leurs connaissances de la culture et de la langue françaises. Le 1er février, 56 migrants-réfugiés accompagnés par la fédération du Val-d’Oise ont exploré le château de Versailles. Le 16 décembre 2017, une centaine d’élèves du cours d’alphabétisation de celle de Paris et leurs professeurs bénévoles ont visité le Louvre.

Pendant les activités culturelles, des liens se créent entre bénévoles et personnes accueillies, au point qu’il est impossible de les distinguer. Pour certaines, c’est une occasion de briser l’isolement, dont elles sont victimes comme plus de 5 millions de Français, une situation qui touche davantage les bas revenus, surtout les chômeurs, les inactifs non étudiants, des personnes au foyer pour l’essentiel (5). En cela, ces pratiques culturelles continuent de creuser le sillon de l’éducation populaire, qui, brassant les générations et les cultures, constitue « un véritable laboratoire du vivre-ensemble », selon Jean-Michel Leterrier, dont les raisons d’être sont « l’émancipation et la dignité humaine. »

 

L'émancipation par la culture et l'éducation populaire: projet de société ?, débat en partenariat avec le Festival d'Avignon et les Ceméa pendant le Festival d'Avignon 2015

 

Pour Sonia Serra, secrétaire générale de la fédération des Bouches-du- Rhône, le SPF « ne peut se résoudre, en tant qu’association d’éducation populaire, à ce que les gens ne soient que des personnes à nourrir ou à abriter ». Il faut, selon elle, « continuer de « questionner ces mots et les mettre en pratique au quotidien dans la transformation de soi-même et de tous en construisant des projets ensemble : personnes aidées, bénévoles ». Cela implique « la volonté de s’ouvrir vers l’autre, de se connaître ».

À l’écoute du vécu des personnes accueillies

Depuis 1989, le SPF a entrepris une démarche, le dire pour agir, qui vise à faire témoigner les personnes accueillies sur leurs conditions de vie, leurs colères, leurs espoirs et leurs joies. À Marseille, cette initiative a débouché sur les ateliers d’écriture Léa (lire, écrire, agir), animés par le sociologue Jacques Broda, auxquels participent des bénévoles et des personnes aidées (voir témoignage de Véronique). Cela permet de rapprocher ces deux publics et de montrer l’égalité devant la feuille blanche ! Leur travail collectif a donné lieu à la publication de sept recueils de textes et à la création de la troupe des Baladins populaires.

L’action culturelle menée au Secours populaire transforme aussi le Secours, relève Sonia. Toutes ces personnes accueillies qui se métamorphosent, s’enrichissent, s’engagent comme bénévoles, le font évoluer. Cela fait marcher d’un même pas dans le réel.

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Lors du village Copain du monde organisé dans les Yvelines, les livres de l'éditeur Rue du monde sont à l'honneur.

 

À Toulouse, une permanence info culture composée de bénévoles et d’une salariée est à leur écoute. Elle propose et coconstruit avec eux des sorties culturelles, des loisirs. Depuis 2017, la fédération de l’Ardèche organise en septembre une journée à Marseille, avec découverte du Mucem et visite sociologique des différents quartiers de la ville. Ce programme, qui permet aux familles de se retrouver, est établi en fonction de leurs envies et de leurs suggestions.

Pour susciter le plaisir de lire, la fédération du Puy-de-Dôme a offert à 700 enfants un livre personnalisé par la Fée des mots, avec leur nom en couverture, qui raconte une histoire dont ils sont le héros. Âgés de 8 à 12 ans, ces enfants pourront devenir copains du monde et s’impliquer dans la solidarité pour ceux de Haïti.

En lien avec les fédérations, les libraires indépendants invitent les familles à des événements festifs (soirées conte, goûter…) comme à Lyon à la librairie Vivement dimanche le 25 avril avec celle du Rhône. Lors de Donnez à lire !, ils proposent à leurs clients, sur le modèle des épiceries solidaires, d’acheter des livres jeunesse pour les enfants des personnes accueillies.

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Près de 80 jeunes venus de 12 fédérations ont séjourné au cœur du Festival d’Avignon en juillet2017.
Au programme: ateliers de théâtre, découverte de spectacles et de la Cité des papes.

Pratiques en immersion

Avec les Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (Ceméa), 78 jeunes venus de 12 fédérations ont séjourné au coeur du Festival d’Avignon en juillet 2017. « Très éloignés de la culture, les jeunes que j’ai suivis n’avaient jamais été au théâtre. Nous avons assisté ensemble à des spectacles, pas toujours faciles : on a réussi à les intéresser et à développer leur esprit critique », s’enthousiasme Halima, alors médiatrice sociale et interculturelle à la fédération de Haute-Garonne. « C’est une victoire : cela leur prouve que cela existe, que c’est possible, qu’ils y ont droit et cela crée des liens ! »

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Des ateliers de théâtre
sont au programme
des 80 jeunes venus
de 12 fédérations,
qui ont séjourné au cœur du
Festival d’Avignon
en juillet 2017.

 

 

 

 

 

 

 

 

En avril 2017 et cette année, des jeunes du SPF ont vécu une expérience d’immersion musicale au Printemps de Bourges avec les Ceméa. Au programme : découverte instrumentale, rencontres avec les artistes, visite des coulisses. Sur le même modèle, des séjours sont organisés pendant le Festival jazz à Junas depuis 2003 avec des ateliers de création vocale, d’improvisation collective et de slam auxquels participent des jeunes des fédérations du Gard et de l’Hérault.

Guidés par des collaborateurs de Havas, neuf jeunes ont également passé deux jours aux Rencontres d’Arles 2017 pour réfléchir à leur projet d'exposition.

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Guidés par des collaborateurs de l'agence Havas, neuf jeunes ont passé deux jours aux Rencontres photographiques d’Arles 2017 pour réfléchir à leur projet d'exposition sur le thème "Quand on ne part pas en vacances".

Rendre l’art familier

À l’opposé de l’habitus des classes dominantes, qui entretiennent un rapport familier à la culture noble (Bourdieu, La Distinction), les familles accueillies par le SPF sont et se sentent éloignées de l’art.

La plupart des gens paupérisés pensent qu’ils ne sont pas légitimes. Ils ne se donnent pas le droit d’aller dans les musées, même gratuits, témoigne Ariane Ascaride. J’ai déjà vu des gens ne pas oser entrer dans le hall d’un théâtre ou dans une librairie, voire une bibliothèque, parce qu’ils se disent que ce n’est pas pour eux.

Des fédérations ont décidé d’amener l’art et des espaces livres dans leurs locaux. Depuis 2008, celle des Hautes-Pyrénées expose dans le hall de son siège, à Tarbes, une oeuvre d’un artiste contemporain louée à une artothèque. Tous les trois mois, un groupe de personnes accueillies et de bénévoles choisit une nouvelle peinture.

À Limoges, sur la façade de 250 m2 du siège de la Haute-Vienne, la plasticienne Anne Brégeaut va réaliser cinq tableaux en porcelaine représentant les actions du SPF qui s’inséreront dans la trame d’un manteau d’Arlequin. Financée par la Fondation de France et le ministère de la Culture, avec l’appui des collectivités locales, cette oeuvre intitulée Au bord du rêve part d’une réflexion sur la représentation de la pauvreté et son rapport à l’art.

L’artiste l’a conçue à partir de la parole des personnes aidées et des bénévoles. Grâce aux associations locales, elle a pu rencontrer les habitants de trois quartiers, où elle va réaliser quatre autres tableaux, détaille Marie-Christine Dupuy, l’une des sept commanditaires solidaires.

Ce groupe, qui compte deux personnes aidées, suit ce projet depuis son origine : il en a rédigé le cahier des charges et l’a défendu devant la commission de la commande publique.

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Plus de 2500 personnes accompagnées par la fédération du Nord ont assisté le 11février 2018 au Zénith de Lille à un spectacle musical organisé pour le Don’actions.

 

La culture est aussi présente pendant les campagnes du SPF, par exemple au Zénith de Lille le 11 février, où un public nombreux a assisté à un spectacle musical pour le Don’actions. Elle s’invite aux Journées des oubliés des vacances, comme le 23 août 2017 sur la plage de Deauville, où les enfants ont pu repartir avec un livre offert par l’éditeur Rue du monde après avoir goûté aux joies de la mer.

Elle rythme les congés scolaires, comme lors des Pères Noël verts où des familles sont invitées au cirque (à Angers le 28 décembre 2017, Limoges…) ou au parc d’attractions comme le 23 décembre 2017 au Futuroscope.

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À l'été 2017 lors de la JOV,
les enfants racontent
leur journée à la plage
de Deauville, où
ils ont reçu des livres
de l'éditeur Rue du monde.

 

Culture, miroir des inégalités

Les Français sont conscients des inégalités d’accès aux pratiques culturelles (6), très ou assez fortes pour 53 %. Une majorité (55 %) se prononce pour une politique plus ambitieuse. Un objectif que les bénévoles du SPF ont repris à leur compte, suivant l’appel de Brecht à s’élever contre toute inégalité : « Lorsqu’un homme assiste sans broncher à une injustice, les étoiles déraillent. »

1. Le cirque est la discipline qui enregistre le plus faible taux de non public. Seuls 22 % déclarent n’y être jamais allés : Les Publics du cirque, ministère de la Culture et de la Communication.
2. Exposition, bibliothèque, spectacle ou cinéma : Les Pratiques culturelles des Français à l’ère numérique, ministère de la Culture et de la Communication.
3. Chiffres clés, statistiques de la culture et de la communication 2017.
4. Grâce à un partenariat avec la Fondation, ces visites se sont prolongées en 2016.
5. Les Solitudes en France, Fondation de France, 2016.
6. Les inégalités culturelles. Qu’en pensent les Français ? Olivier Donnat, ministère de la Culture et de la Communication, 2015.

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Témoignage

C’est la première fois que j’assiste à une représentation, pourtant j’aime le théâtre : je ne manquais jamais une diffusion d’Au théâtre ce soir ! Je ne suis jamais venu à la Comédie-Française. C’est une expérience unique : un spectacle impeccable sur le facteur violence avec des acteurs formidables. Cela donne envie de revenir. Et la confrontation dans la galerie des Bustes avec le fauteuil de Molière dans lequel il a joué Le Malade imaginaire, c’était physique !

Aïssa, retraité, a assisté jeudi 1er mars, avec un groupe du comité de La Courneuve, à la représentation de La Résistible Ascension d’Arturo Ui, de Bertolt Brecht à la Comédie-Française (salle Richelieu).

Aïssa, comité de La Courneuve

Avec l’atelier d’écriture du SPF et de l’association Lire écrire agir, je suis devenue une autre. On analyse les textes, on va jusqu’au fond des choses : j’ai appris à ne plus avoir de préjugés sur l’autre. J’ai lu Levinas, Lacan… Je ne connaissais pas tout ça, maintenant je m’éclate. Écrire, c’est être libre : cela a donné un sens à mon existence.
L’éducation populaire est aussi une revanche sur ma vie, moi qui rêvais de faire des études. Pendant des années, je ne me sentais pas capable : au SPF, on m’a donné ma chance et j’apprends à plus de 56 ans. Le jour où je fermerai les yeux, je pourrai me dire : “Putain Véro, t’as bien évolué !” 

Véronique, auxiliaire de vie et bénévole (témoignage recueilli par Fabienne Chiche pour Leurs mots pour le dire.).

Véronique : « Écrire, c’est être libre »

Convergence 345, Leterrier

Brassant les générations et les cultures, l’éducation populaire est un véritable laboratoire du vivre-ensemble. Les valeurs qui l’animent, hier comme aujourd’hui, sont essentielles pour construire un monde de paix et de solidarité. Bien plus qu'un palliatif aux carences de l’État ou qu’un correctif aux inégalités sociales, économiques et culturelles (ce qu’elle est également), l’éducation populaire est aussi et surtout un mouvement original et spécifique dont l’émancipation et la dignité humaine sont les raisons d’être.

Jean-Michel Leterrier, syndicaliste et essayiste.

Jean-Michel Leterrier, ancien ouvrier, syndicaliste, docteur en esthétique, maître de conférences à l’université d’Aix-en-Provence, écrivain

Avec cette 2e édition de recto/verso, on nous redonne la possibilité de contribuer collectivement en tant qu’artiste à une action concrète. Toutes ces voix qui s’unissent pour un résultat tangible créent une belle dynamique.

Pour cette 2e édition, je suis prête à participer aux visites des médiateurs de la Fondation et du SPF : c’est intéressant et très important.

Eva Nielsen, plasticienne, participe pour la deuxième fois à recto/verso.

Eva Nielsen, plasticienne, participe pour la deuxième fois à recto/verso

Pour la première édition de recto/verso, des visites spécifiques menées par un médiateur de la Fondation Louis Vuitton et un bénévole du Secours populaire français ont été organisées pour les élèves des cours d’alphabétisation, les familles et les seniors accueillis par le SPF. Cela a marché car nous sommes des bénévoles assez nombreux et que chacun peut trouver sa voie : moi par exemple, avec les seniors.

Pour intéresser ces différents publics, cette découverte doit être émotive et ludique, avec des œuvres qui interfèrent avec leur vécu et leurs ressentis. Il faut que cette visite qui leur est dédiée soit jubilatoire. Cela a été le cas, notamment avec l’exploration du bâtiment et de ses terrasses qui est magnifique en lui-même. Pour rendre attractives ces visites, nous avons longuement discuté avec les médiateurs de la Fondation habitués à un public de connaisseurs et choisi ensemble 4-5 œuvres parlantes et visuelles dans les collections permanentes de la Fondation.

Frédéric Dufour, 59 ans, médiateur SPF pendant recto/verso et bénévole référent culture à la fédération de Paris

Frédéric Dufour, bénévole au Secours populaire, médiateur lors de l’exposition recto/verso

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