Au Maroc, les copains du Monde relèvent le défi de la scolarisation

 

La coopération entre les copains du Monde girondins et l’association marocaine IFLAN est plus que fructueuse… Le 18 juillet 2019, les deux associations inauguraient la deuxième classe maternelle de Tiriguioute et tiraient un premier bilan de l’autocar scolaire livré par le Secours populaire girondin en 2017. De sacrés défis et un très beau partenariat.

 

Le 18 juillet les copains du Monde de Bordeaux inauguraientune nouvelle classe dans l'école de Tiriguioute au Maroc.
SPF 33

On est en pleines vacances d’été mais les enfants de Tiriguioute franchissent le portail de l’école sans aucune réticence. Situé à 50 kilomètres à l’Est de Ouarzazate, c’est un Douar (village) à la culture très rurale et paysanne où résonnent particulièrement les statistiques de l’Education nationale : depuis l’an 2000, pas moins de 6.3 millions d’enfants marocains ont quitté l’école avant le collège. Une déperdition particulièrement sensible en milieu rural où 5.7% des enfants quittent l’école au niveau primaire, 12% au collège. Et à entendre les habitants de Tiriguioute, on peut conclure que ces chiffres sont ici plus élevés. C’est en tous cas le constat fait par l’association IFLAN pour le développement, la coopération et la culture fondée depuis 2003 et qui s’est fixé comme objectif l’amélioration de la scolarisation, notamment des jeunes filles. Et lorsqu’on parle de scolarisation, il faut d’abord parler de préscolarisation, dès l’âge de 4 ans. « Ici, les enfants parlent berbère à la maison et restent avec la maman au foyer jusqu’à leur arrivée à l’école à 6 ans, explique Lahcen Abdelkhalik, dirigeant de l’association. C’est un choc pour eux, d’autant que la scolarisation à 6 ans commence en arabe, langue qu’ils n’ont jamais pratiquée. » Un choc tinté d’inégalités sociales : « En fait, seules les familles aisées peuvent financer la scolarisation de leurs enfants avant 6 ans, dans des écoles privées », ajoute Mohammed El Mouden, binôme de Lahcen au sein d’IFLAN.

Se rendre à l’école en toute sécurité

En 2015 donc, les responsables d’IFLAN rencontrent ceux du Secours populaire de Gironde et décident d’agir ensemble. Deux axes sont très vite dégagés : d’abord, il faut permettre aux enfants scolarisés au collège et lycée de Ait-Sedrat-Gharia, à 40km de Tiriguioute, de s’y rendre en toute sécurité. C’est ainsi que les bénévoles du Secours populaire girondin ont livré en 2017 un autocar (don d’un entrepreneur) dans le village marocain. Puis de financer ensemble la construction d’une seconde classe dans le jardin d’enfants, équivalent d’une école maternelle, au cœur du village. Le 18 juillet  2019 donc, les cris des enfants résonnaient dans la petite cour du jardin d’enfants. Peinte aux couleurs du mouvement Copains du monde et de personnages de dessins animés, la petite école dénote dans le village où l’ocre de la terre se poursuit sur les murs des maisons. « C’est un grand jour », lance Mohammed El Mouden devant un auditoire approbatif et avant qu’Hyppolite, copain du Monde girondin ne dise aussi la fierté des enfants français d’avoir participé à cette réalisation. Car l’histoire de cette classe de maternelle commence dès 2015, avec l’échange entre enfants marocains et français qui construisent des villages Copains du monde, épaulés par les fédérations de Gironde et du Lot-et-Garonne pour le financement. Cet été, ce sont encore 7 enfants girondins qui se sont rendus à Tiriguioute pour parler projets solidaires avec leurs amis marocains.

 

« Sans ce bus j’aurai arrêté l’école »

 

« Cette nouvelle classe, c’est essentiel », confirme Abdelslam El Boukeshouli, enseignant dans l’école primaire de la ville voisine. « Le préscolaire dans la région, quand ça existe, c’est dans des garages ou dans des maisons individuelles et cela coûte très cher aux familles. Les enfants de Tiriguioute ont de la chance maintenant ! » Et ils en sont conscients… « Tout ce qui s’est fait avec IFLAN et le Secours populaire, c’est génial », dit ainsi Fatima Ezzahra, collégienne qui espère bien que sa petite sœur en profitera. Pour sa part, elle prend déjà le bus scolaire chaque matin, pour parcourir les 10 km qui sépare sa maison du collège. « Sans ce bus, mes parents ne me laisseraient pas faire le trajet toute seule et j’aurai donc arrêté le collège. » A côté d’elle Wardia, 14 ans aussi, confirme : « Mon grand frère faisait le trajet à vélo mais mes parents n’auraient pas voulu me laisser y aller seule. » Et tous les enfants marocains présents de confirmer que grands frères et grandes sœurs ont quitté prématurément la scolarisation, qui pour travailler, qui pour se marier.Directeur du collège, Mohammed Alami voit passer ces enfants de douars lointains et il les voit surtout disparaître au fur et à mesure de l‘année ; pas moins de 135 enfants sur l’année scolaire 2018-2019. « Et parmi ceux-là, ce sont essentiellement des jeunes filles qui abandonnent, alors que ce sont celles qui réussissent le mieux quand on leur donne l’occasion de poursuivre leur scolarité », précise-t-il.

Un pont entre Bordeaux et Tiriguioute

Un constat qui s’inscrit dès le plus jeune âge : d’après les chiffres fournis par l’Education nationale marocaine, si 49,6% des enfants marocains sont inscrits dans le préscolaire (4-6 ans), les filles ne comptent que pour 27% des enfants inscrits en milieu rural. Fatima Oubram fait donc exception… A 23 ans, cette fille d’un forgeron et d’une femme au foyer de Tiriguioute est devenue l’heureuse éducatrice du jardin d’enfants après avoir validé une Licence de géographie à l’université de Marrakech et une formation petite enfance. A la rentrée donc, elle sera accompagnée d’une collègue dans la classe voisine. « Nous pourrons avoir deux niveaux avec cette nouvelle classe : un niveau pour les petits, essentiellement tourné vers le jeu ; et un niveau pour les grands où commenceront les apprentissages. » Et ce n’est pas un luxe, quand chaque classe compte 40 enfants amazighophone (langue berbère de l’Atlas) et plein d’énergie !80 enfants donc, quand l’école primaire voisine en compte 800… « Nous sommes conscients que ce n’est qu’une goutte d’eau », admet Mohammed El Mouden. « Pour le bus comme pour l’école, nous sommes très fiers de ce qui a été réalisé » estime Annie Garat, responsable du mouvement Copain du Monde en Gironde. « Mais nous sommes aussi conscients de tout ce qui reste à réaliser… » N’est-ce pas de gouttes d’eau dont on fait des océans ? La solidarité entre la Gironde et Tiriguioute a en tous cas déjà produits des effets. Et les copains du Monde français et marocains entendent bien ne pas en rester là !

 

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