Mali : « Nous continuons, de toutes nos forces, notre action de solidarité »

Nous rencontrons, aux premiers jours de janvier 2023, Bassirou Diarra, président de l’Association malienne de solidarité et de coopération internationale pour le développement (Amscid). Dans un contexte de crise multiple qui meurtrit le Mali depuis une dizaine d’années, le travail de solidarité de ce partenaire historique du Secours populaire est rendu difficile mais se confirme impérieux.

Bassirou Diarra lors d’une distribution alimentaire de l’Amscid organisée avec le Secours populaire en mai 2018 dans le cercle de Yélimané, d’où il est natif.
Mahadi Diouara

Vous présidez l’Amscid mais vous en êtes aussi le fondateur. Pouvez-vous nous raconter l’histoire de sa création ?

J’ai vécu 25 ans en France où j’ai d’abord été ouvrier et, rapidement, militant syndical. Puis j’ai exercé le métier de journaliste. Ma rencontre avec le Secours populaire s’est faite en 1981 et j’ai alors été élu membre de son Comité national pendant 10 ans. En 1992, le président élu démocratiquement cette année-là, Alpha Oumar Konaré, m’a proposé d’entrer au pays afin de contribuer à l’effort de reconstruction du Mali après 23 ans de régime militaire. J’ai été conseiller technique à la présidence de la république pendant de nombreuses années. A côtés de ces fonctions officielles, j’ai souhaité m’engager autrement pour les populations, de manière très pratique. J’ai donc créé l’Amscid, qui est une continuité de mes années passées en France auprès de mes amis du Secours populaire.

A l’automne 2021, vous évoquiez la crise multiple que traverse le Mali et qui n’a cessé de s’amplifier depuis 2012 : crise politique, sécuritaire, économique, sociale et climatique. Quelle est la situation aujourd’hui ?

Je suis au regret de dire que cette crise que le Mali traverse depuis une décennie ne fait que s’aggraver. Il y a d’abord la question sécuritaire extrêmement préoccupante. Aujourd’hui, un tiers du territoire malien est occupé par les djihadistes de deux principaux groupes, Al-Qaïda et Aqmi. Les conflits intercommunautaires entre les populations peuls et dogons continuent, même s’ils ont perdu en intensité car certains accords ont pu être trouvés. Mais ces conflits conjugués à l’action des djihadistes entraînent un nombre croissant de déplacés internes au Mali. Ces gens quittent leurs foyers, leurs maisons, leurs villages, leurs régions à cause des violences pour venir se réfugier dans les grandes villes : autour de Mopti et surtout Bamako. Là se constituent des camps où se réfugient ces populations déplacées. Sur le plan économique et social, la situation ne s’est pas améliorée non plus. De janvier à juillet 2022, le pays a été mis sous un embargo décidé par la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. En a résulté un isolement total du Mali, pays continental entouré par sept pays voisins. Si les sanctions sont à présent levées, elles ont laissé des traces. L’approvisionnement en produits de première nécessité demeure difficile et les prix ont fortement augmenté. Vient s’ajouter à cela la crise internationale liée à la guerre en Ukraine, dont le Mali subit de plein fouet les conséquences.

Nous mettons depuis toujours l’accent sur l’autonomisation des femmes. 

Le travail de l’Amscid parvient-il à se poursuivre dans des conditions si dégradées ?

Oui, nous continuons, de toutes nos forces, notre action de solidarité et de soutien aux populations les plus démunies, notamment grâce au soutien du Secours populaire, un des partenaires historiques de l’Amscid. Il y a aussi les collectivités locales françaises avec lesquelles nous travaillons et qui interviennent à travers les collectivités locales maliennes. Grâce à ces partenariats et cette coopération décentralisée se sont créés des liens de population à population. Avec le Secours populaire, nous conduisons des actions dans les champs de l’éducation, via notamment la construction de salles de classe. Nous œuvrons aussi dans le domaine de la santé : nous venons justement de terminer la réhabilitation d’un centre de santé qui a été financée par nos amis de Vitry-sur-Seine. Je pense aussi aux efforts que nous déployons en direction des enfants malades du cancer. Dans le cadre de la campagne des Pères Noël verts, chaque année, nous finançons les médicaments pour un hôpital accueillant ces enfants. Nous développons des programmes d’accès à l’eau ; nous venons de terminer, avec la contribution de nos amis de la fédération du Maine-et-Loire du Secours populaire, la réalisation de quatre forages de puits pour permettre aux populations d’accéder à l’eau potable. Enfin, notre accompagnement des femmes dans le cadre d’activités de maraichage se poursuit.

La première action qui vous a lié au Secours populaire est la construction d’une maternité à Marena-Tringa en 1984.  Une action déjà placée sous le signe de l’attention portée aux femmes. Pourquoi travaillez-vous particulièrement en direction des femmes et des filles ?

Les femmes sont malheureusement peu considérées et aidées au Mali. C’est pourquoi nous tenons à être auprès d’elles, afin qu’elles puissent s’épanouir socialement et économiquement. Nous mettons depuis toujours l’accent sur l’autonomisation des femmes à travers des activités génératrices de revenus. Parmi ces activités, il y a notre programme de développement du maraichage, ce qui contribue à une meilleure alimentation de la femme, l’enfant et la famille et, en même temps, permet de générer des ressources pour les activités propres des femmes. Elles peuvent ainsi être indépendantes financièrement. Sur cette activité pérenne que nous conduisons depuis vingt ans bientôt, le Secours populaire est un partenaire crucial. Dans le cercle de Yélimané, il y a 89 périmètres maraîchers cultivés par des femmes. Vont de pair les actions que nous menons pour leur alphabétisation et leur formation, ainsi que pour encourager la scolarisation des filles. Ce dernier sujet est souvent relayé par les grands organismes internationaux – les Nations unies, l’Union africaine, l'Union européenne, la CEDEAO, etc. Mais dans la réalité, peu de choses se passent. Ce constat, et la certitude que la scolarisation des filles est une impérieuse nécessité, nous a poussés à agir. Au Mali, les filles vont à l’école mais la quittent très vite pour se marier. En les aidant à obtenir leurs diplômes et poursuivre leurs études, nous contribuons à réduire le nombre de mariages précoces. Et je voudrais souligner ici l’action qui nous lie depuis sept ans à six comités de la fédération du Secours populaire du Pas-de-Calais. Grâce leur engagement, ainsi qu’à celui de l’Unesco et les associations Terre bleue et Solidarité Mali-Béthune, des dizaines de filles sont diplômées.

Nous espérons attirer l’attention sur le sort tragique de ces populations et soulager leurs souffrances. 

Comment aidez-vous concrètement ces jeunes filles ?

En trois temps. Tout d’abord, nous fournissons en début d’année scolaire des kits contenant des fournitures telles que des cahiers, des stylos, des livres. En milieu d’année, nous organisons un accompagnement des mamans afin qu’elles prennent conscience de l’importance que revêt la scolarisation de leurs filles. Nous travaillons aussi avec les enseignants pour que ceux-ci soutiennent leurs écolières. Enfin, à la fin de l’année, en fonction des résultats, nous offrons des trousseaux aux filles qui se sont distinguées. Les produits de beauté et les tissus qu’ils contiennent sont destinées à faire plaisir à ces jeunes filles et les encourager à continuer à aller à l’école.

A vos yeux, ces actions pour la scolarisation des filles prennent-elles une valeur de résistance, au regard de la présence croissante des extrémistes religieux sur le sol malien ?

Oui, absolument. Et cela va au-delà des filles. Dans les régions du nord et du centre du Mali, 2000 écoles publiques sont fermées actuellement, suite à l’exigence des djihadistes que ne soit prodigué que de l’enseignement en arabe. Aussi les enseignants fuient-ils pour sauver leur vie et celles des enfants. La région où nous agissons, la région de Kayes dans le sud-ouest du pays, n’est pas encore trop impactée par la présence de ces djihadistes.

Parlons justement de la région de Kayes, où se déroulent les actions de l’Amscid. Quelles sont les caractéristiques de ce territoire ?

Le cercle de Yélimané, où nous sommes basés, est l’un des sept cercles de la région de Kayes. Cette région est la plus déshéritée du Mali. Dans cette région, il n’y a pas eu d’investissement, les populations sont obligées de partir pour chercher de quoi nourrir la famille. Je suis moi-même originaire de cette région et en particulier du cercle de Yélimané, qui comprend douze communes et 110 villages. Je sais à quel point les besoins y sont importants. C’est une zone rurale : 80% des habitants sont des agriculteurs. 60 à 70% des migrants maliens en France sont originaires de la région de Kayes. Nous travaillons d’ailleurs beaucoup avec les ressortissants, qui se regroupent en associations en fonction de leurs origines géographiques. Ces associations de ressortissants aident les populations restées au pays en contribuant financièrement aux projets mis en place par l’Amscid. Elles ont ainsi participé à la reconstruction de centres de santé, d’écoles ou de puits. Elles sont très impliquées dans le processus de développement. Nous espérons, en tissant des relations avec tous ces partenaires (le Secours populaire, les collectivités comme les associations de migrants maliens ), attirer l’attention sur le sort tragique de ces populations et soulager leurs souffrances.

Pas d’action sans don !

Votre soutien financier nous permettra d’apporter une solidarité concrète aux victimes. L’ampleur de l’aide dépendra des fonds que nous réussirons à collecter.

Mots-clés