À Lyon, un relais-santé offre écoute et conseils

Depuis deux ans, des professionnels de santé bénévoles reçoivent une fois par semaine le public de la permanence d’accueil.

 

Depuis 2016, des professionnels de santé bénévoles accueillent le public une fois par semaine
Celine Scarengi

Tous les mardis matin, dès 9h30, l’espace dédié au relais-santé, créé en 2016 *, ouvre ses portes aux personnes aidées. Chantal, psychologue bénévole, praticienne dans un cabinet en ville se rend disponible le plus souvent possible pour le Secours populaire. Pour elle, « Le besoin de parler est essentiel, il permet aux personnes de se libérer et de faire part de leurs difficultés. Beaucoup parmi elles sont extrêmement seules et trouvent ici un lieu où on les écoute sans les juger. Elles nous dévoilent parfois leurs problèmes les plus intimes. Nous sommes dans un espace fermé qui respecte la confidentialité. » 

Atténuer la détresse psychologique

Ce matin-là, Chantal est accompagnée de Françoise, une ancienne directrice d’hôpital à la retraite. Première personne à frapper à la porte, un homme d’origine arménienne venu chercher une aide alimentaire, mais qui souhaite également parler à quelqu’un de ses soucis. Débouté une première fois du droit d’asile, il attend des nouvelles de son recours auprès de l'OfpraSa situation précaire entraîne chez lui énormément d’angoisse, voire même un comportement presque paranoïaque. Il ne veut même pas laisser son nom à la permanence.

Une immense détresse psychologique que Chantal tente d’atténuer. Après trente minutes de discussion, elle lui propose de revenir quand il le souhaite pour continuer à parler. 

"Trouver l'énergie pour avancer"

Entre ensuite Siham. Cette femme qui a tout quitté il y a quinze mois pour venir faire soigner son fils en France s’effondre en larmes. Avec son mari, ils ont quitté l’Algérie pour que leur enfant puisse bénéficier de meilleurs soins. Souffrant d’une forme rare d’épilepsie, qu’aucun traitement médicamenteux ne peut soigner, il fait de très nombreuses crises.

Émue, elle nous raconte son histoire : « Pris en charge à l’hôpital de la Croix-Rousse il parvient difficilement à suivre une scolarité normale. Et puis, ne pas savoir s’il va  guérir, est très angoissant. Certains jours la force nous manque, mais nous devons rester solides pour lui.» Aujourd’hui elle dit avoir franchi la porte du Secours populaire pour trouver l’énergie de continuer. Son dossier est examiné par Françoise qui lui propose de prendre un rendez-vous avec l’assistante sociale de la métropole lyonnaise.

Après avoir téléphoné à la mairie, le SPF lui obtient un rendez-vous pour la semaine suivante. Les bénévoles de la permanence santé les invitent elle et son mari à se rapprocher de structures associatives qui mettent en relation des particuliers et des familles dont les enfants se font soigner en France. Car actuellement, cette famille ne cesse de déménager. Hébergée chez des amis, dans la famille, elle a même vécu une semaine dans un garage. Son mari qui vient la chercher après son entretien explique que « Pour ne pas déranger les amis, nous allons au parc l’après-midi. Assis sur un banc, nous lisons. »

Bien-être physique, mental et social

Comme eux, ils sont nombreux à ne pas pouvoir faire face à leur situation. Véronique, ancienne infirmière-puéricultrice et bénévole constate que les situations rencontrées à la permanence santé sont toutes différentes. 

« Nous rassurons des femmes enceintes très angoissées, des hommes seuls en grande détresse, des personnes ayant besoin d’être accompagnées dans des démarches administratives. Se sentir bien psychologiquement est important, cela permet d’être bien dans son corps. Chaque personne que nous recevons à une histoire. Mais toutes ont un point commun, c’est le besoin de parler. Et nous sommes là pour prendre le temps de les écouter », souligne l'ancienne infirmière. 

 Ce travail mis en place par les bénévoles démontre que le SPF a fait sienne la définition de la santé de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité »

* En 2016, 81 personnes ont été reçues au sein de la permanence santé et, en 2017; ce sont plus d’une centaine. Source :  Fédération du Rhône du Secours populaire français.

Témoignages

Actuellement, il existe 80 relais-santé au sein de l’association. Ils accueillent régulièrement des personnes aidées et sont tenus par des professionnels de la santé bénévoles. Ceux-ci leur apportent les bonnes réponses et les orientent. Notre démarche est simple:ne pas nous substituer aux professionnels de santé mais les associer à notre démarche d’accompagnement. Nos actions sont diverses : prévention avec des associations partenaires, prise en charge de personnes pour qu’elles bénéficient du bilan santé gratuit de la Sécurité sociale, aides pour la prise en charge médicale.

La santé, c’est tout ce qui touche aux maladies physiques mais aussi, au bien-être psychologique des individus. Cela peut sembler facile de reprendre la formule « bien dans sa tête, bien dans son corps », mais c’est pourtant la réalité. D’où l’importance de la prévention, notre public ne se soucie pas de sa santé. Priorité est donnée aux difficultés quotidiennes et matérielles.

Nous réfléchissons à nous déployer dans des zones rurales isolées avec des antennes santé mobiles. Le 7 avril 2018, Journée mondiale de la santé nous organisons des événements dans 15 fédérations autour de cette thématique. Nous nous saisissons de cet événement pour organiser des Journées santé. Bien évidemment, c’est l’occasion pour nos dirigeants locaux de faire connaître ce qu’ils font dans ce domaine et d’interpeller les médias sur la situation sanitaire de notre pays. Mais il est tout aussi important de faire la démonstration que nous agissons tout au long de l’année pour faire vivre le droit à la santé et pas seulement le 7 avril.

Houria Tareb, secrétaire nationale chargée des questions Santé