Baromètre IPSOS / SPF: «Que 20€ par mois pour manger!»

Il est 14 h passées quand le Solidaribus parti de Périgueux arrive à Sarlat. « Le soleil tape un peu, c’est l’été. Nos amis nous attendent déjà… », remarque Alain, le responsable de cette camionnette chargée de victuailles, en se dépêchant de se garer sur le parking le long du cimetière. REPORTAGE

Les bénévoles de Périgueux apportent très régulièrement de l'aide alimentaire à une trentaine de familles de Sarlat, frappées par la crise. Hervé, lui, vient après une baisse des aides sociales.
Jean-Marie Rayapen

Alain, Christine et Thierry descendent du véhicule et saluent les personnes, qui forment très vite une file indienne. La permanence mobile peut commencer. En l’absence de local dans cette partie du département, l’équipe fait chaque semaine, depuis 2015, ce trajet de 70 km sur les routes du Périgord.

« En 2020, la fréquentation du Solidaribus a bondi de 30 % », explique Christine Bernard, secrétaire générale de la fédération de Dordogne. Le public se compose d’une trentaine de familles, dont un tiers était déjà inscrit en 2019 et un tiers de migrants. Le dernier tiers a été amené par la crise : des commerçants sans ressources, beaucoup, mais surtout des jeunes à la fin de leurs missions d’intérim ou de leurs petits boulots. « Le plus choquant est de voir tous ces moins de 25 ans, sans contrat, sans aides sociales et parfois aussi en rupture familiale », déplore Thierry.

« J’ai vraiment jonglé, c’était plus que ric-rac. »

Comme le révèle la 15e édition du Baromètre IPSOS / Secours populaire, « 32% des Français ont des difficultés financières pour consommer des fruits et légumes frais tous les jours (+5 points par rapport à 2018) » et 30% ne peuvent se procurer « une alimentation saine leur permettant de faire trois repas par jours (+7 points par rapport à 2020) ». Plus d'un quart se retreint même sur la quantité « pour des raisons financières » ; si bien que désormais, « un Français sur cinq saute même certains repas faute d'argent (+6 points par rapport à l’année dernière) ». Cette restriction sévère affecte plus d’un tiers des moins de 35 ans et des personnes disposant des revenus les plus modestes (39% de ceux dont le revenu mensuel net du foyer est inférieur à 1200€).

Dans cette situation, les dettes arrivent vite. A 53 ans, Elsa a échappé à ces dernières de manière « inespérée » : « Les mois qui viennent de s’écouler ont été très – TRES – durs mais j’en ressors sans retard de loyer et avec toutes mes factures payées. » Pour cela, « j’ai vraiment jonglé, c’était plus que ric-rac », confie cette saisonnière de la restauration, lumineuse de détermination dans sa robe rayée et avec sa coupe de cheveux à la Louise Brooks. « Vêtements, plaisirs, amis, je me suis privée de tout, souffle-t-elle. Une grande lassitude s’empare de vous quand vous ne savez jamais ce que vous allez pouvoir manger le soir. »

Elsa a fait le maximum pour ne pas recourir à l'aide associative. Mais, elle a trouvé que l'accueil était chaleureux et veut revenir cet hiver en tant que bénévole.

Elsa a fait le maximum pour ne pas recourir à l'aide associative. Mais, elle a trouvé que l'accueil était chaleureux et veut revenir cet hiver en tant que bénévole.


Elle a jonglé avec 600 euros de chômage pendant 4 mois, puis le RSA, tandis que son mari a mis dans le pot commun son indemnité de licenciement versée par l’usine de tabac qui l’employait. « On est venu au Solidaribus fin mai et encore début juillet parce que j’ai craqué, en fait : pour mon âme, pour mon corps, il me fallait du frais ; manger des fruits, des légumes, de la viande », se justifie-t-elle. D’autant que les ressources du couple allaient connaitre un nouveau tour de vis.

Dès la réouverture des premiers restaurants, la saisonnière a repris la plonge, mais à temps partiel car l’activité reprend très lentement : « Mon premier salaire en 18 mois n’est que de 400 euros. » Loin des 1 800 euros nets d’avant, mais Elsa va quand même se passer de l’aide des bénévoles qui « m’ont très bien accueillie ». Elle reviendra cet hiver, hors saison. Pour donner un coup de main, cette fois. Comme 45 % des Français, son niveau de revenus s'est dégradé depuis le début de la crise, rapporte le Baromètre IPSOS / Secours populaire : c'est le cas pour 66% des ouvriers, 59 % des jeunes et 58 % des personnes vivant sous le seuil de pauvreté.

« Mon premier salaire n’est que de 400 euros. »

Elsa croisera peut-être Herbert, 58 ans. Sa stature dépasse les trois connaissances avec qui il discute de manière animée avant de s’approcher lentement des bénévoles, s’appuyant avec précaution sur sa canne, évitant tout faux mouvement. Son dos longiligne a été brisé par les charges portées au travail. Mis à la retraite en 2011, l’ancien factotum s’en est longtemps sorti avec sa pension incomplète, même en hébergeant son fils de 22 ans. Un chaudronnier sans emploi, sans revenus et sans aides sociales depuis deux ans. « Mais avec la baisse des APL, nous n’avons plus que 20 euros par mois pour manger ! »

Comme Hervé, les personnes vivant sous le seuil de pauvreté sont 39 % à se dire « inquiets », voire « très inquiets », « face à la suppression d'une partie de [leurs] aides », relève le encore le Baromètre IPSOS / Secours populaire. Leur avenir est rempli d’incertitude. Comme celui d’Elsa qui craint « de ne pas pouvoir suffisamment travailler pour avoir droit au chômage partiel » en cas de nouveau confinement, de nouvelle crise ou de tout autre imprévu. Dans les rues commerçantes, les nombreuses devantures fermées, malgré le timide retour des touristes, rappellent à tous, personnes aidées comme bénévoles, la fragilité du tissu social.

Les bénévoles de Périgueux apportent très régulièrement de l'aide alimentaire à une trentaine de familles de Sarlat, frappées par la crise. Hervé, lui, vient après une baisse des aides sociales.

Les bénévoles de Périgueux apportent très régulièrement de l'aide alimentaire à une trentaine de familles de Sarlat, frappées par la crise. Hervé, lui, vient après une baisse des aides sociales.

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