Au Mexique, la solidarité avec les sinistrés

La mission du Secours populaire qui s'est rendue dans l’État d’Oaxaca, épicentre du séisme, a permis d’apporter une aide d’urgence à plusieurs centaines de familles grâce à quelque deux tonnes de vivres acheminées vers les cantines communautaires.

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Avec son partenaire mexicain Nääxwin, le SPF a apporté des produits de première nécessité pour des familles qui manquent de tout.
Jean-Michel Fouillade

Sa maison est encore debout mais sous le carbet qui abrite sa cuisine en plein air, Guadalupe Quintanal Peralta scrute encore, désespérée, son comixcal réduit en débris. Ce four traditionnel en terre cuite, dans lequel elle faisait cuire ses totopos, des galettes de maïs croustillantes, était sa principale source de revenus. « Avec 15 kilos de maïs par jour, je cuisinais plusieurs centaines de totopos, que je vendais en ville, à Tehuantepec ou à Salina Cruz. J’ai besoin de travailler. Sinon comment survivre ? » De cette activité, cette solide femme d’une quarantaine d’années, mère de quatre enfants qu’elle élève seule, tirait 120 pesos par jour, l’équivalent de 6 euros. Comme elle, à San Matéo del Mar, plus de la moitié des femmes vivent de la confection et de la vente des totopos. La plupart d’entre elles sont durement affectées par la destruction des comixcales, dont la reconstruction est trop coûteuse pour ces familles paysannes.

Cultures vivrières englouties

Cette vaste commune rurale de l’État de Oaxaca, qui s’étire entre la mer et la lagune, a été dévastée par les séismes des 7, 19 et 23 septembre. La première fois, la mer s’est retirée, les habitants ont eu très peur d’un tsunami, qui n’est finalement pas venu. Mais comme un lent raz-de-marée, la montée des eaux provoquée par le tremblement de terre a englouti, peu à peu, les cultures vivrières et les maisons encore debout. Plus d’un mois après la catastrophe, les sinistrés manquent encore de tout, de vivres, de vêtements, d’abris, d’eau potable. Venus évaluer les besoins, les membres de la mission du Secours populaire français sont frappés par la détresse des populations.

Une aide d'urgence pour 387 familles

C’est plus au Nord, dans les montagnes, que la mission déploie son aide solidaire, dans les communautés amérindiennes de la municipalité de San Juan Guichicovi. En partenariat avec l’association de défense des droits des femmes Nääxwin, cette mission de solidarité a permis d’apporter, dans cinq villages isolés, une aide d’urgence à 387 familles : kits d’hygiène, couvertures, tôles pour refaire les toits, jarres de terre cuite pour réparer les comixcales, etc. Deux tonnes de vivres ont été acheminés vers les cantines communautaires qui se sont créées pour ravitailler les sinistrés. Pour les habitants de Zacatal, un hameau isolé à deux heures de route et de piste de Matias Romero Avendaño, la ville la plus proche, cette aide est précieuse. Une centaine de personnes se pressent aux portes de la cantine, où se déroule la distribution. « Se cayo mi casa… », « Ma maison est tombée… ». Encore incrédules, tous répètent cette expression lancinante.

Plus de toit

Ici, la plupart des hommes vendent leurs bras dans les plantations de café, pour 150 pesos par jour, l’équivalent de 7,50 euros. Les femmes, elles, complètent ces maigres revenus par la vente de huipil, des chemises brodées. « Depuis les séismes, les grossistes profitent de notre malheur pour faire baisser les prix. Nous vidons nos stocks pour vendre nos huipil à perte », regrette Evilieta Romero Gonzalez. Cette mère de trois enfants de 11, 4 et 2 ans n’a plus vraiment de toit. Sa maison, complètement fissurée, est dangereuse et inhabitable. Et les subventions promises par le gouvernement sont bien insuffisantes pour la réparer. « Mon mari est parti travailler à Mexico, mais je ne peux pas le rejoindre, la vie est vraiment trop chère pour nous dans la capitale », résume-t-elle.

« Les plus affectés par la catastrophe sont les plus pauvres »

Partout, les femmes de Nääxwin et les bénévoles du Secours populaire français sont accueillis avec une grande fraternité. « Vous êtes venus de loin et le simple fait que vous ayez pensé à nous est réconfortant. Nous vivons une crise, mais pas une crise du cœur », sourit Heberto Juan Pineda, le responsable du comité crée par les sinistrés de Rio Paciñe, qui rassemble une quarantaine de familles sans-abri rassemblées sous le préau de l’école secondaire. « Les plus affectés par la catastrophe sont les plus pauvres, des Amérindiens marginalisés, qui vivaient déjà dans des conditions difficiles. Pour eux cette aide d’urgence est indispensable mais en appui de Nääxwin, nous voulons inscrire cette solidarité dans la durée », expose Vicky Mendoza, bénévole mexicaine du Secours populaire français, elle-même originaire de l’État de Oaxaca. 

Au plus près des populations sinistrées

Le chef de la mission, Jean-Michel Fouillade, se réjouit, de son côté, « de la relation humaine qui s’est créée, dans l’aide solidaire, avec ces populations. Je suis ému de voir comment les femmes de Nääxwin, qui n’ont pas d’expérience de l’urgence, ont permis que cette aide soit portée au plus près des populations sinistrées », résume-t-il.  À Matias Romero Avendaño, dans la Maison de la femme indigène qu’occupe Nääxwin, les femmes de l’organisation font le point de ces opérations de solidarité. « Dans les moments difficiles, ce sont souvent les femmes qui se démènent pour assurer la survie des familles, remarque Rubicelia, une militante de l’organisation. Toute la société civile mexicaine est mobilisée pour aider les sinistrés, il était donc naturel que nous nous engagions nous aussi. Mais nous n’aurions jamais pu déployer une telle solidarité sans l’appui du Secours populaire français. Pour nous, cette expérience est précieuse. » Précieuse et chargée de solidarités futures.

Rosa Moussaoui