Au Mexique, dans la « zone zéro » de Jojutla, la solidarité s’organise

Le 19 septembre, un séisme meurtrier d'une violence inouïe a ébranlé le Mexique. Une mission du Secours populaire français s’est rendue le 8 octobre auprès des sinistrés de la région de Mexico, avant de rejoindre l’État d’Oaxaca, dans le sud du pays. Ils ont trouvé une ville détruite et des habitants qui manquent de tout.

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À Jojutla (120 km de Mexico), très près de l'épicentre du séisme, une petite fille escalade une montagne de gravats. Elle arpente les ruines de sa maison, en quête d’un jouet, d’un souvenir.
Jean-Michel Fouillade

À l’ombre d’un large chapeau, le visage dissimulé par une paire de lunettes noires, elle raconte d’un ton calme, posé, ces quelques secondes qui ont fait basculer sa vie. Aleida Romero Sanchez a tout perdu le 19 septembre dernier, lorsque la terre a tremblé : « Je rentrais du travail. C’était le chaos et, sur le chemin, en voyant l’ampleur des destructions, je redoutais le pire, mais je me répétais que ma maison était solide. » Elle ne l’était pas. Comme celle de ses voisins, elle s’est effondrée sous l’effet du séisme. Sa petite fille et sa mère se trouvaient au rez-de chaussée. Elles ont péri sous les décombres, lorsque le premier étage est tombé. Dans le champ de ruines que déblaient des bénévoles, une pelleteuse et quelques soldats, Aleida désigne des lieux qui n’existent plus. La porte d’entrée, les chambres, la salle de bains. À l’attention des amis, des voisins, les rescapés ont planté des pancartes, avec leur nom et leur numéro de téléphone, à l’emplacement des maisons écroulées.

« Le séisme m’a pris ma seule source de revenu »

La Colonia Emiliano Zapata, à Jojutla, une grosse bourgade à deux heures de route au sud-ouest de Mexico, a subi de sérieuses destructions. Au point que ses habitants l’ont rebaptisée « zone zéro ». Les sinistrés ont planté leurs tentes dans ce paysage de désolation. Maria Helena Varga Sedillo tenait, là, une boucherie. Elle a tout perdu. « J’ai réussi à m’enfuir avec ma mère et mes trois enfants, mais le séisme m’a pris ma seule source de revenu. Dans les gravats, je n’ai même pas retrouvé un couteau. Je reste là pour que le gouvernement nous voie. Ce que je veux, c’est travailler de nouveau, qu’on m’aide à reprendre mon activité », explique-t-elle aux membres de la mission du Secours populaire français.

200 maisons écroulées

Plus de deux semaines après le séisme, les sinistrés, la population de manière générale, ne dissimulent pas leur sentiment d’abandon. Pourtant l’aide s’organise, avec une extraordinaire implication de la société mexicaine, qui a su mettre en place, spontanément, des réseaux de solidarité. Dans ce mouvement, les plus jeunes, les « millenios » nés dans le tournant de l’an 2000 s’impliquent sans compter. Casques de chantier sur la tête, vêtus de gilets fluorescents, Jesus Moran et Victoria Andrès sont arrivés de Mexico le lendemain du séisme. Le premier est cuisinier, il a 28 ans. La seconde travaille dans le design et les arts graphiques, elle a 31 ans. Avec un groupe d’amis, ils ont constitué une brigade de volontaires. Ils ont acheté leurs équipements eux-mêmes. « Cette seule ville compte près de 200 maisons écroulées, sans parler de celles qui ont été fragilisées par le tremblement de terre. Les familles privées de toit ont encore besoin de beaucoup d’aide. Les sinistrés ne peuvent même pas se laver », soupire Jesus. Tout près de là, des bénévoles distribuent vivres et vêtements. De longues files d’attente se forment devant les véhicules acheminant l’aide. La plupart des dons proviennent de particuliers.

Le besoin de réconstruire

Chef de la mission du Secours populaire qui doit rejoindre l’État d’Oaxaca, déjà frappé le 7 septembre par le séisme le plus puissant depuis un siècle au Mexique (8,2 sur l’échelle de Richter), Jean-Michel Fouillade dresse un premier diagnostic. « La capacité de la société civile à se mobiliser par elle-même est remarquable. C’est elle qui répond aux besoins premiers des sinistrés en matière de vivres, de vêtements. Mais il manque des matelas, des lits de camps, des réfrigérateurs, des réponses plus durables en matière d’accès à l’eau potable… Surtout, les demandes liées à la reconstruction et à la relance de l’activité économique sont très fortes », constate-t-il. Une petite fille vêtue de rouge escalade une montagne de gravats. Elle court sur les ruines de sa maison, en quête d’un jouet, d’un souvenir. En bas, des clowns parviennent sans peine à distraire les enfants du quartier. Des bénévoles leur distribuent des douceurs, ils arborent des gilets jaunes, frappés du sigle « SMA ». Une ONG ? Non, un groupe d’amis qui s’est baptisé « Somos muchos amor », « Nous sommes beaucoup d’amour ». L’appellation ravit Virginia Mendoza, bénévole du SPF. « Je suis frappée par le contraste entre les ressources du pays et le dénuement des sinistrés, confie-t-elle. Mais en tant que Mexicaine, je suis très fière de cet élan de solidarité venu des tréfonds de la société ». Un élan qui cherche déjà les formes pour perdurer.

Rosa Moussaoui

 

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