Don'actions : la grande collecte populaire

Dans les lieux publics, auprès des amis, des collègues... Voilà les bénévoles et amis du Secours populaire mobilisés pendant trois mois par la diffusion des tickets du Don'actions et déterminés à faire un succès de cette campagne, qui irrigue tous les domaines d'intervention de l'association. Car pour agir mieux, plus, partout en France et dans le monde, les moyens financiers sont vitaux.

La diffusion des tickets du Don'actions est l'occasion de sensibiliser à l'action généraliste du SPF, dans un contexte où la pauvreté ne cesse d'augmenter.
Jean-Marie Rayapen

L’habitude a été prise il y a quelques années. Entre janvier et mars, les champions d’Europe du Tours Volley Ball participent à la campagne du Don’actions, la grande collecte organisée par le Secours populaire français. Avant l’entame d’un match, à guichet fermé, puis lors de la mi-temps, les bénévoles parcourent les allées avec des carnets ornés de la main portée par deux ailes qui symbolise l’action de l’association : apporter la solidarité à tous et partout. « Je propose aux spectateurs de prendre des tickets-dons. J’en profite pour leur parler des campagnes que nous menons, car cette collecte irrigue toutes nos actions : les séjours pour les personnes qui ne peuvent pas partir en vacances, faute de moyens ; les jouets neufs que nous apportons aux enfants, etc. », raconte Fathia, responsable du Don’actions au SPF d’Indre-et-Loire. « Les gens ont rarement conscience de l’ampleur de notre travail tout au long de l’année pour l’accès aux droits, aux loisirs, à la culture. Le concret de notre discours, sa sincérité, les émeut très souvent », poursuit la jeune trentenaire qui cherche à « rendre visible ce qui, la plupart du temps, ne l'est pas aux yeux du grand public ». Comme dans les autres départements, les bénévoles d’Indre-et-Loire multiplient ce genre d’initiatives chaque début d’année : ils sont présents lors d’un gala de boxe, mais aussi aux matchs de football et de rugby avec les équipes de la ville de Tours. Ils devraient aussi recevoir le soutien de l’actrice Emmanuelle Béart, qui sera la marraine de la fédération cette année.

Des partenariats précieux

À Tours, les bénévoles ont, en plus, passé des partenariats avec des supermarchés Auchan et le comité d’entreprise d’un magasin Ikea pour collecter encore plus de dons financiers. Cette implication s’explique par l’importance du Don’actions pour le Secours populaire. Ce moment de collecte vient après l’effervescence de novembre et décembre. Pour les organisations faisant appel à la générosité du public, ces deux mois représentent souvent jusqu’à 40 % de la totalité des dons qu’elles reçoivent. Depuis dix ans, on observe une augmentation du don moyen (Le Monde du 5 décembre 2016). De plus en plus d’institutions tentent de se faire entendre à cette période alors que, dans le même temps, le nombre de donateurs stagne, malgré l’essor des collectes de rue ou celles réalisées via Internet. Depuis l’éclatement de la crise financière, un changement important a eu lieu : la part des donateurs d’origine modeste a diminué, c'est ce que démontre la dernière étude de l’institut Recherches et solidarités, publiée fin 2016. Cela s’explique par la montée du chômage et des contrats précaires. Les habitants des zones rurales sont touchés, mais aussi ceux des quartiers populaires, dits « prioritaires », où plus du quart des actifs y cherche un emploi. Dans ces zones de jachère économique, ce drame affecte aussi les détenteurs d’un diplôme élevé, « quelle que soit leur origine », selon l’Observatoire national de la politique de la ville. En outre, l’obtention d’un travail n’y est pas forcément une protection contre la pauvreté, compte tenu de l’extension des contrats à temps partiel (un quart des emplois), à durée déterminée ou d’intérim dont la proportion est bien plus élevée qu’ailleurs (de 50 % à 150 %). En prolongeant la période des appels à dons aux premiers jours de l’année, avec les carnets de Don’actions et les multiples lots à gagner qui y sont attachés par tirage au sort, le SPF contribue à faire vivre une entraide populaire. « Notre objectif est d’augmenter au maximum le nombre de nos donateurs, afin d’étendre notre réseau solidaire et de réunir plus de moyens financiers pour réaliser nos projets humanitaires en France comme à l’international », indique Antoine Lagache, qui participe à la coordination de la campagne au niveau national. Du fait de son déploiement important, le Don'actions est en effet l’occasion pour beaucoup de gens de devenir donateurs du SPF ou bénévoles. « Un grand nombre de personnes accueillies s'engagent à cette occasion dans le bénévolat, de manière douce, en proposant des tickets-dons dans leur entourage. C’est une action plus facile à prendre en charge – et qui fait moins peur – que de grandes opérations beaucoup plus lourdes et complexes », observe Geneviève Muscat, secrétaire générale du SPF de Pantin (Seine- Saint-Denis).

De l'ardeur dans la collecte

Cette entrée en matière est facilitée par le choix de ce comité de favoriser les activités ludiques autour de la diffusion des ticketsdons : un loto et un jeu où il faut deviner le poids d’un panier garni de produits d’épicerie fine, lot que les gagnants pourront emporter. Les 900 000 à 1 million d’euros que les bénévoles ont réussi à collecter à chaque Don’actions, lors des dernières campagnes, permettent au Secours populaire de choisir en toute indépendance les actions qui lui semblent les plus importantes à entreprendre ; et ce, dans chaque département. En Indre-et-Loire, les bénévoles ont décidé d’affecter les futures recettes de leurs initiatives de début d’année à l’achat d’un petit camion grâce auquel ils approvisionneront tous leurs comités avec les vivres, dont la collecte est centralisée à Tours. Cette aide alimentaire, livrée chaque semaine, apporte un soutien précieux à plus de 8 000 familles. « Nous utiliserons les fruits du Don’actions pour remplacer notre véhicule actuel, qui est arrivé en bout de course. Nous estimons le budget à 15 000 euros pour cela. Donc, nous savons qu'il faut mettre de l'ardeur dans la collecte », s’enthousiasme Fathia. Les bénévoles du Haut-Rhin ont l'an dernier eux aussi collecté pour remplacer leur petit véhicule utilitaire. Coût : près de 9 000 euros. « Nous l’utilisons pour toutes nos collectes. Il sert en particulier à transporter nos bénévoles et les copains du monde de Colmar à leurs différents points d’activités », explique Amandine, responsable de la campagne dans le département. Pour renforcer les actions d’aide alimentaire et garantir le respect de la chaîne du froid, les bénévoles alsaciens avaient déjà acheté plusieurs réfrigérateurs, en 2015. À Colmar, le SPF lance sa campagne mi-janvier autour de la galette des rois puis les bénévoles se rendent au carnaval de la ville et devant plusieurs grandes surfaces. Afin de développer leur réseau solidaire, Amandine et ses équipes ont passé des partenariats fructueux avec les comités d’entreprise du Crédit agricole local, ainsi qu’avec ceux de différents sites d’EDF.

L'ambition de réduire la fracture numérique

Convergence 352, Colmar

Le Don'actions 2016 a contribué,
dans la Fédération du Haut-Rhin,
à financer un véhicule utilitaire,
précieux pour la mobilité
des bénévoles et l'acheminement
des marchandises de l'aide alimentaire.

 

 

Ces partenariats seront précieux pour le nouveau projet du SPF : la réduction de la fracture numérique locale. Ambitieux ! « Maintenant que nous avons fini de structurer notre activité d’aide alimentaire, nous nous concentrons sur le développement de l’accès aux droits des personnes accueillies », explique Amandine. Cette aide devient de plus en plus nécessaire. Les bénévoles projettent d’acquérir neuf ordinateurs, des claviers et des écrans afin d’assurer un accès en libre-service. Les personnes aidées pourront venir à la permanence tenue par les bénévoles pour accéder à Internet. Elles pourront aussi participer à des ateliers pour apprendre à se servir d’outils devenus désormais indispensables dans la recherche d'emploi et les démarches administratives. « L’accès à Internet ou une utilisation simple d’un ordinateur posent des problèmes insurmontables à beaucoup de personnes qui viennent nous demander de l’aide, en particulier les étudiants, les migrants et les réfugiés », décrit Amandine. L’informatisation administrative et la multiplication des démarches et formulaires demandés sont en train de dresser des obstacles nouveaux devant les personnes confrontées à la précarité. Le réalisateur anglais Ken Loach aborde longuement ce sujet dans son film Moi, Daniel Blake, qui a été récompensé par la Palme d’or 2016. L’absence d’accès à Internet ou des connaissances de base permettant d’utiliser un ordinateur sont très pénalisantes : les personnes accueillies peuvent manquer un rendez-vous et être sanctionnées par une administration. En outre, les délais de traitement sont beaucoup plus courts par Internet que par courrier postal. « La différence est de huit jours contre huit semaines dans le Haut- Rhin. Cette attente supplémentaire est dramatique lorsqu’elle repousse le versement d’une allocation dont vous dépendez pour vivre », analyse Amandine. Le Secours populaire mène ses actions de solidarité sur tout le territoire car il y a partout des personnes en détresse. C’est ce que confirme un rapide coup d’oeil à la carte de la pauvreté monétaire réalisée au niveau de chaque commune par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). La pauvreté – définie pour une personne seule comme un revenu inférieur à 1 000 euros par mois – est particulièrement visible au Sud dans des régions peu industrialisées, à l’intérieur d’un grand losange dont les pointes sont formées par la Corse, l’Auvergne, les Pyrénées-Orientales et le nord de la Gironde. Une autre grande zone de pauvreté est visible au Nord-Est  une vaste diagonale relie le bassin ouvrier des Vosges au port de Calais, en passant par les anciens pays du charbon et de l’acier. D’autres zones parsèment la carte, particulièrement en Ilede- France, pourtant globalement très riche. Le Don’actions permet aux bénévoles d’expliquer aux donateurs comment est utilisé localement l’argent qu’ils ont donné. « Nous lançons souvent notre grande collecte lorsque nous partageons la galette des rois avec les bénévoles, les élus locaux et les donateurs », remarque Claudine Albouy, secrétaire générale du SPF du Tarn. Elle présente à chaque fois un bilan des actions organisées dans l’année pour répondre à la détresse des personnes qui viennent dans les permanences de l’association. « Les explications sont encore plus nécessaires pour le Don’actions, car cette campagne fonctionne en deux temps. Les dons que nous réunissons avec cette opération servent à apporter au SPF les moyens qu’il pourra affecter à ses actions de solidarité, aussi bien pour entretenir ses locaux, acheter l’essence de ses véhicules ou encore en cas d’urgence », détaille Claudine Albouy.

Convergence 352, Copain du monde

Les enfants
du mouvement
Copain du monde
s'impliquent eux aussi
dans la grande campagne de collecte
en diffusant des tickets.

Articles

Fichiers

Témoignage

Anne Roulanoff

En tournée, quand je le peux, je fais une annonce à la fin de mes spectacles pour faciliter le travail des bénévoles, qui proposent des ticketsdons aux membres du public. Il faut bien dire aux gens qu’il n’y a pas de petits dons. Dans l’absolu, mon voeu ultime serait que plus personne n’ait besoin du Secours populaire, mais c’est loin d’être le cas… En 2015, je jouais mon spectacle à Avignon lorsque les locaux du Secours populaire de la ville ont été ravagés par un incendie. J’ai alors participé, avec d’autres bénévoles, à une collecte de rues. C’était important pour moi de contribuer à ma façon. De plus, c’était très instructif de voir des gens pauvres qui donnent beaucoup, certaines personnes qui commencent par refuser puis qui donnent quand même... La générosité est évidemment l’une des principales valeurs mise en jeu à travers l’action humanitaire, mais ce que je respecte le plus c’est l’engagement désintéressé des bénévoles. J’ai découvert le bénévolat avec le Secours populaire il y a une vingtaine d’années et je trouve que toutes ces personnes sont formidables, elles sont unies pour un même but : tendre la main à l'autre. Nous vivons à une époque où l’individualisme est très présent, alors voir cette mobilisation qui ne faiblit pas d’année en année est très réconfortant. L’implication de tous ces bénévoles me redonne confiance en la nature humaine, et nous en avons bien besoin en ce moment.

Photo :
Sébastien Rabany