Cathy et Adam, un confinement solidaire [Archivé]

 

La journée mondiale des migrants a lieu chaque année le 20 juin, mais c'est au quotidien que les bénévoles se mobilisent à leurs côtés. Comme à Bègles en Gironde où Cathy Bordas a accueilli Adam, un jeune réfugié tchadien, chez elle pendant le confinement. Et ils se sont tellement bien entendus que leur cohabitation va durer.

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Durant le confinement, Adam jeune migrant-réfugié a été hebergé chez une bénévole du SPF. Une belle histoire de solidarité
LP/Denis Granjou

 

Lorsqu'elle a perdu son mari le 14 février, emporté par un cancer, Cathy Bordas (64 ans) n'imaginait pas que son histoire allait croiser celle d'un réfugié tchadien de 21 ans. Rien ne semblait pouvoir les réunir et pourtant ils sont aujourd'hui inséparables après deux mois de confinement sous le même toit dans un pavillon de Bègles (Gironde).« Mon fils est bénévole au Secours populaire et, un soir, il est venu avec Adam pour dîner. On a discuté longtemps et il m'a demandé si ça m'embêtait qu'Adam reste avec moi durant le confinement à la maison. J'ai dit oui tout de suite et pas seulement parce que j'ai horreur de la solitude et que j'étais malheureuse. J'ai senti une complicité et une sincérité entre nous. C'est quelque chose de difficile à expliquer mais j'ai tout de suite vu que c'est un chouette jeune », explique Cathy.

Incroyable blanquette de veau

« Moi, je sortais de plusieurs mois de galère depuis mon départ du Tchad. J'ai connu des nuits glaciales dans la rue à Paris puis à Bordeaux, avant d'être aidé par le Secours populaire. La rencontre avec Cathy, c'est comme un rêve. J'ai retrouvé une maison et une famille. Cathy, c'est comme une maman, même si la mienne ne savait pas du tout préparer la blanquette de veau. Ce plat est incroyable », s'exclame Adam. Le jeune homme étudiait le droit dans son pays et animait un mouvement politique opposé au régime. « Je suis parti très vite de N'Djamena, la capitale, en laissant ma mère et mes trois frères. Ma vie était menacée. J'arrive à avoir de leurs nouvelles, mais je ne sais pas quand je pourrai les revoir », poursuit Adam. Cathy et Adam ont donc appris à se connaître. « Mon deuil a été moins dur avec lui, même si le chagrin est toujours là quand je passe devant la photo de mon mari. Mais dans les coups de blues, j'ai toujours pu compter sur Adam. Si on ajoute à ça ma sclérose en plaques qui m'interdit catégoriquement toute sortie de mon côté et le manque cruel de sa famille et son pays de son côté, on pourrait croire que nous sommes complètement démoralisés mais non ! En fait, c'est tout le contraire et c'est génial ! Imaginez, j'ai du mal à marcher et il m'a appris à danser sur des musiques africaines ! », s'enthousiasme Cathy.

Reprendre des études

La retraitée et le réfugié passent leurs après-midi devant des films ou des livres. « J'ai envie de découvrir la culture française qui est tellement riche », raconte Adam, interrompu par Cathy : « L'entendre rire aux éclats en regardant les Tontons flingueurs ou Amélie Poulain, ça me donne des bonnes vibrations, même si un soir j'ai manqué de tact. Je lui ai proposé de regarder la Famille Bélier. J'avais oublié que la fin est super triste avec la chanson de Michel Sardou. J'ai entendu renifler. Adam pleurait à chaudes larmes et du coup, moi aussi, je me suis mise à pleurer. Nous deux avec des mouchoirs en papier sur le canapé, je crois que c'est une scène qu'on pourrait voir dans un film si quelqu'un raconte notre histoire au cinéma », sourit Cathy. « Au cinéma, t'es sûre ? », questionne Adam en arborant un large sourire. En attendant qu'un metteur en scène se manifeste, Cathy a proposé à Adam de rester vivre dans sa petite maison et Adam a accepté sans hésiter. « J'ai fait une demande pour pouvoir intégrer l'université en septembre. J'ai tellement envie de reprendre mes études, j'espère que ça va marcher. » « Je suis sûre qu'il va y arriver, enchaîne son hôtesse. De toute façon, je l'ai prévenu que tant qu'il ne me ferait pas un vrai plat tchadien, il ne quitterait pas la maison. Il n'est vraiment pas doué pour la cuisine, alors je crois qu'il va rester encore quelque temps ! », conclut Cathy, les yeux brillants.

 

Le Parisien/Denis Granjou

 

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