Du militant au bénévole [Archivé]

En France, près d’une personne sur quatre est bénévole dans une association, pour y défendre une cause ou une autre. Histoire d’un succès qui dure depuis la loi de 1901.

Un Français sur quatre est bénévole, remplissant une activité indispensable au lien social.
Jean-Marie Rayapen

« Devenir bénévole au Secours populaire m’a beaucoup aidé : j’y ai trouvé un regard posé sur l’humain, riche de toutes les rencontres. On m’y a donné le sentiment qu’on avait besoin de moi, que je pouvais apporter quelque chose », confie Randy, étudiant de 26 ans. Né à Libreville, au Congo, il est venu à Reims pour étudier le droit il y a quelques années. « En dehors du monde associatif, j’ai souvent été confronté au rejet, je voyais des regards inquiets se poser sur moi, a priori. » Pourquoi reste-t-il bénévole ? « Parce que je veux donner autant que je reçois. » Il est de toutes les initiatives, aussi bien en France qu’à l’étranger, suivant notamment l’avancée d’un programme de jardins solidaires en Haïti.

Un engagement largement partagé

En France, près d’une personne sur quatre est bénévole pour une cause ou une autre, selon une étude de France Bénévolat réalisée à travers un sondage IFOP. Des Chiffres constants entre 2010 et 2019. En Europe aussi, le bénévolat est très développé : plus de 90 millions d’adultes participent à ce type d’activité dans l’Union Européenne, soit près du quart des Européens âgés de plus de 15 ans.

Deux branches se détachent. En Angleterre, il s’agit plutôt du volontariat, qui implique une rémunération et se développe à partir de l’ère victorienne et de la « croyance en la philanthropie pour sauver la nation d’un bouleversement social majeur », à mesure que les classes laborieuses sont intégrées au système démocratique et peuvent donc exiger l’égalité économique (Suzie Robichaud, Le bénévolat. Entre le cœur et la raison, 2003).

Pendant la soirée, une douzaine de bénévoles d'Île-de-France s’activent au bar, au vestiaire et au marchandising afin de collecter pour la solidarité.

Pendant la soirée, une douzaine de bénévoles d'Île-de-France s’activent au bar, au vestiaire et au marchandising afin de collecter pour la solidarité.

 

En France, le bénévolat s’enracine dans la première Révolution française et se dégage progressivement de la pratique revendicative ouvrière pour lutter contre la pauvreté. Le bénévolat obtient son statut au moment de la loi de 1901 sur les associations. Un cadre qui perdure plus d’un siècle après.

À partir des années quatre-vingt et du retrait de l’État social, le bénévolat va de nouveau s’étendre à travers les associations de solidarité, qui distribuent aide d’urgence, hébergent, réinsèrent… Parallèlement, c’est aussi l’explosion du bénévolat dans les activités culturelles et sportives. « La prise de conscience de la place des associations et des bénévoles dans la société, pour le lien social, s’est élargie à partir de cette époque, note Joëlle Bottalico, dirigeante nationale du Secours populaire et vice-présidente du Haut Conseil à la vie associative. C’est une reconnaissance pour les bénévoles. »

De plus en plus de jeunes engagés

Ce regain de tonus s’accompagne d’un profond changement du type d’engagement. Auparavant porté par des idéaux politiques ou religieux, le bénévole est désormais le plus souvent un « militant aux ambitions modestes », agi par « un militantisme moral » plutôt que politique. Avec la crise des systèmes de représentation politiques, l’engagement se replie vers des actions visibles, dont les retombées peuvent être appréhendées par les bénévoles (Danièle Demoustier, Le bénévolat, du militantisme au volontariat, 2002).

« Je n’ai aucune tradition familiale d’engagement, indique Amandine, qui est devenue bénévole dans le Haut-Rhin à 30 ans. En 2015, j’avais repris les études pour changer de carrière et plutôt que de rester chez moi, j’ai voulu devenir bénévole. » Elle a cherché les associations à proximité de chez elle. « Je ne les connaissais pas, mais finalement je n’ai envoyé de demande qu’au Secours populaire, convaincu par son absence d’affiliation confessionnelle et par son soucis de solidarité à travers le monde. » Comme elle, 33 % des jeunes sont prêts à s’engager pour la solidarité, selon un sondage effectué fin 2018 par Ipsos pour le compte du Secours populaire.

Bénévoles et personnes aidées ont défilé au Musée des arts forains, arborant des créations réalisées à l'aide de vêtements collectés par le Secours populaire.

Bénévoles et personnes aidées ont défilé au Musée des arts forains, arborant des créations réalisées à l'aide de vêtements collectés par le Secours populaire.

 

À l’échelle nationale, l’engagement augmente à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie sociale, en fonction des revenus et des diplômes, grâce entre autres raisons au temps libre qui peut être dégagées et à la confiance accordées dans ses capacités. C’est pourquoi le Haut conseil à la vie associative à publier des préconisations pour favoriser l’ouverture du bénévolat à tous. La crise de l’emploi a également conduit de nouvelles franges de la population à s’engager dans la vie associative : chômeurs, allocataires de l’aide sociale ou étudiants… L’implication de ces derniers est en forte progression, montrant « que le bénévolat s’inscrit dans un processus de socialisation des jeunes ».

Ces nouveaux bénévoles ont « une forte demande de formation pour mieux remplir les missions qui leur sont confiées afin de savoir comment ils peuvent s’impliquer dans les objectifs de leur association », poursuit Joëlle Bottalico. La tendance, assez récente, s’accentue depuis une dizaine d’années même si la première compétence chez  un bénévole est d’apprendre à fédérer autour d’un projet.

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