Don’actions : une collecte plus nécessaire que jamais

Plus nécessaire que jamais. Du 14 janvier au 24 mars, des bénévoles en gilets bleus seront dans les rues, les magasins, dans les événements culturels, pour proposer aux gens de participer à la 24e campagne de collecte nationale du Don’actions. Durant les deux mois de mobilisation, les dons qui seront ainsi réunis offriront au Secours populaire français les moyens d’agir et d’amplifier la solidarité au moment où les besoins explosent.

Le 14 janvier 2023, les bénévoles lancent le Don'actions, la campagne nationale de collecte du Secours populaire qui permet à l'association de couvrir une partie de ses frais de fonctionnement et d'élargir la solidarité à la hauteur des besoins.
Jean-Pierre Vallorani

Le 14 janvier, sur l’esplanade de Beaubourg à Paris, en présence de nombreux parrains et marraines*, les bénévoles lancent la campagne du Don’actions. Dans le même temps, des opérations similaires ont lieu dans de nombreuses villes de France, comme à Rouen avec une déambulation dans les rues du centre-ville ou à Reims avec une collecte dans huit supermarchés. Cette collecte nationale, qui s’étend jusqu’à la fin mars, a pour but de réunir les fonds nécessaires à garantir l’indépendance du Secours populaire et à couvrir ses frais réguliers à un moment de crise intense qui oblige l’association à amplifier la solidarité au moment où les besoins explosent.

Pour collecter le plus possible, les bénévoles vont organiser pendant deux mois des lotos – comme dans le Gard près de Nîmes, dès le 15 janvier –, des spectacles – comme au Havre –, des partenariats avec des équipes sportives… Les enfants du mouvement « Copain du Monde » se mobilisent eux aussi, notamment en Seine-Maritime, dans la Marne, en Gironde et dans les Bouches-du-Rhône. Dans plusieurs départements, les personnes aidées participent aussi à cet élan de solidarité en collectant avec des carnets de Don’actions. « Cette campagne est l’occasion de discuter dans les rues avec les gens de nos enjeux et de nos objectifs », relate Rose-Marie Papi. L’élue au bureau national du Secours populaire, en charge de cette campagne, appelle à la « mobilisation générale » pour galvaniser les 90 000 bénévoles car l’association a aidé 3,5 millions de personnes en 2021, un chiffre qui devrait être largement dépassé en 2022 ** au vu des files qui ne cessent de s’allonger lors des distributions alimentaires.

Les budgets des familles étaient déjà au taquet avant même que l'inflation n'atteigne les records actuels

Pour tout le monde, la mobilisation doit être forte car la détresse est comparable à celle rencontrée durant le premier confinement au printemps 2020. « Après les jeunes et les ménages à bas revenus, l’équilibre des classes moyennes chancelle » sous le coup de l’explosion de l’inflation, révèle la dernière étude du Crédoc. Les contraintes qui s’exercent sur les familles pour se chauffer, se déplacer et pour se nourrir sont telles qu’en 2022, 20 % des « personnes interrogées ont obtenu au moins une aide des pouvoirs publics ou des associations ». La proportion était jusque-là de 15 %. « Je suis bénévole depuis un bon moment, je n’ai jamais vu ça », confie Jocelyne, responsable de l’accueil des personnes à Harfleur, en Seine-Maritime. La fréquentation de la permanence a grimpé de plus de 10 % par rapport au début de l’année, même si le comité local attend d’établir le chiffre définitif. « Les gens viennent car ils ont des retards de loyer, des factures de téléphone à payer, d'électricité impossibles à régler. »

Il faut dire que les budgets étaient déjà au taquet, comme le montre le dernier rapport du Conseil national des politiques de luttes contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE). Cette institution s’est penchée ces dernières années sur les budgets nécessaires aux familles pour vivre pleinement dans la société actuelle, qu’elle appelle « budgets de référence ». Cette étude montre que les dépenses contraintes des ménages ne cessent d’augmenter (loyer, énergie, transport, etc.) et que, avant même la hausse des prix, la part de la population contrainte de se priver, qui est à découvert ou qui lutte pour atteindre la fin du mois est plus proche de 30 %, plutôt que des 14 % désignés comme vivant sous le seuil de pauvreté.

Partout en France, les familles sont confrontées aux conséquences de la violente hausse des prix de l'alimentation et de l'énergie. Selon une étude du Crédoc, 20 % des ménages ont obtenu une aide d'une association ou de la sphère publique.

Partout en France, les familles sont confrontées aux conséquences de la violente hausse des prix de l'alimentation et de l'énergie. Selon une étude du Crédoc, 20 % des ménages ont obtenu une aide d'une association ou de la sphère publique.


Les premières personnes à pousser les portes du Secours populaire sont les femmes qui élèvent seules leurs enfants mais aussi des couples sans enfants et donc sans aides, des chômeurs, des travailleurs précaires, mais également des artisans et des classes moyennes frappées par la hausse des prix. « Ce qui m’a le plus stupéfait, c’est de découvrir des personnes âgées venant de la maison de retraite d'à côté. Elles viennent chercher de la nourriture car le minimum vieillesse ne leur donne pas les moyens de suivre la hausse des factures et que, pour certaines, les APL ont diminué : elles n’ont plus rien pour manger ! »

A Rouen, Émilie Lebigre, la secrétaire générale du Secours populaire de Seine-Maritime, fait le compte des événements que les bénévoles organisent pour la campagne du Don’actions. « Nous commençons par une déambulation dans le centre-ville le samedi 14 janvier ». L’association aura besoin de tous les dons car « les demandes d’aides ont augmenté de 25 % ». Les gens arrivent après avoir été orientés par les centres sociaux des communes, les CCAS. Ils se pressent aux permanences d’accueil, débordés par la hausse des loyers, la cantine pour les enfants, les coûts de l’énergie. Déjà, les factures de chauffage sont montées de 10 à 30 % pour les logements sociaux, « dont certains sont des passoires ». Dans la campagne autour de Rouen, des retraités ne peuvent pas financer le plein de leur cuve de fioul, d’un coût de 1600 €, avec leur pension minimale de 950 euros. « En matière de factures d'énergie, je crains surtout celles du printemps qui vont demander le paiement du gaz et de l’électricité consommés cet hiver. »

Les factures des permanences d'accueil explosent elles aussi, un peu partout sur le territoire

A Tarbes, le siège du Secours populaire dans les Hautes-Pyrénées, le constat est tout aussi alarmant. Là encore, c’est du jamais vu. « Des gens arrivent avec des 300, 400 euros de régularisations de charges, s’inquiète Michelle Gouazé, sa secrétaire générale. C’est la première fois que l'on voit des factures de ce montant. Nous connaissons une personne à qui l'électricité a été coupée et un couple qui a vu sa facture d’électricité monter à 1500 euros et pour deux mois seulement. » Les bénévoles s’interrogent sur leur capacité à faire face à l’ampleur inédite de cette crise alors que les associations sont elles aussi affectées par la hausse extrême des prix : les permanences mobiles ont besoin d’essence, les locaux doivent être chauffés pour accueillir correctement les personnes en détresse, les chambres froides doivent fonctionner en permanence et les factures d’électricité s’envolent.

Dans les Hautes-Pyrénées, le principal point d’accueil, à Tarbes, a été entièrement isolé en 2022. « On a fait poser de la laine de verre, du double vitrage partout et changer le chauffage. Notre consommation baisse, mais notre facture grimpe », constate Michelle Gouazé. A ses côtés, le nez dans les factures, l’un des bénévoles compare le tarif des heures pleines et celui, plus bas, des heures creuses : « C'est dommage qu'on ne travaille pas la nuit… », lâche-t-il ironique…

Pris eux aussi dans la tourmente déclenchée par la hausse des prix, les commerçants n'en sont pas moins généreux et solidaires. Ils participent, un peu partout, à la campagne de collecte du Don'actions.

Pris eux aussi dans la tourmente déclenchée par la hausse des prix, les commerçants n'en sont pas moins généreux et solidaires. Ils participent, un peu partout, à la campagne de collecte du Don'actions.


A Reims, au tout début d’année, Patricia Le Corvic, secrétaire général du Secours populaire local, voit arriver dans son bureau sa comptable affolée. Cette dernière lui apporte l’estimation de la facture EDF pour l’année 2023. Les deux femmes se regardent, incrédules. Patricia contacte l’ancien service public, qui lui confirme qu’il n’y a pas d’erreur : la facture qui s’est élevée à 15 000 euros en 2022 va bondir à 60 000 euros.

« La facture va être multipliée par 4 alors que notre consommation diminue. Nous avons déjà fait toutes les économies possibles », sans diminuer l’activité bénévole. La fédération du Secours populaire de la Marne ne bénéficiera pas du ‘‘bouclier tarifaire’’, car elle ne remplit que deux des trois critères d’attribution. « Si les conditions ne changent pas, on n’en bénéficiera pas car notre puissance installée dépasse celle prévue par le bouclier. » Il faut en effet de la puissance pour les 1500 mètres carrés de locaux et les deux chambres froides où sont stockées les denrées des distributions alimentaires.

« Les demandes d’aides explosent, nous devrions multiplier nos actions de solidarité »

Cette fois-ci, Patricia la mort dans l’âme prévoit de ne plus se servir que d’une seule, « mais cela ne fera que freiner, à la marge, l’envolée de la facture. Ce n’est pas une solution ». Ce n’est pas non plus une solution dans la crise actuelle, un moment où « les demandes d’aides explosent et où nous devrions au contraire multiplier nos actions de solidarité ».

Les bénévoles comptent sur la campagne du Don’actions pour amortir une partie de la hausse des coûts. « L’inflation des charges quotidiennes pèse également sur le fonctionnement des structures de notre association, explique de son côté Rose-Marie Papi, qui ne cache pas sa crainte pour les fédérations et les comités du Secours populaire qui ont le moins de moyens, notamment ceux implantés dans les départements ruraux. « Ils n’ont pas le budget pour faire face à l’envolée des coûts ».


* Véronica Antonelli, Daphné Bürki, Caroline De Maigret, Anne Roumanoff, Thomas Sotto, Régine Teyssot, Valérie Trierweiler, Raphäl Yem, etc…

** Le bilan de la solidarité effectuée en 2022 n’est à ce jour pas encore effectué.

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