« Augmentation de l'aide alimentaire européenne : une excellente nouvelle » [Archivé]

Après l’annonce du ministre des Solidarités et de la Santé du maintien de l’aide alimentaire européenne (FEAD) et de l’augmentation de moitié de son enveloppe, Sébastien Thollot, secrétaire national du Secours populaire, explique pourquoi il s’agit d’une décision importante.

Les stocks de l'aide alimentaire européenne (FEAD) ont fait la preuve de leur efficacité durant le premier confinement.
Jean-Marie Rayapen

Sébastien Thollot, secrétaire national du Secours populaire chargé des questions alimentaires

Sébastien Thollot, secrétaire national du Secours populaire chargé des questions alimentaires

Les États de l’Union européenne annoncent qu’ils maintiendront l'aide alimentaire d’urgence (FEAD). Qu’en pense le Secours populaire ?

C’est une annonce très positive car le Fonds d’aide aux plus démunis (FEAD) est enfin officiellement maintenu, et ce pour les sept prochaines années, de 2021 à 2027. Ce n’était pas gagné. Depuis des années, les instances européennes débattaient sur son avenir, et certains scénarii étaient clairement défavorables.

L’autre partie de cette très bonne nouvelle est l’augmentation de l’enveloppe financière de près de moitié (48 % exactement). C’est plus en adéquation avec l’ampleur des besoins. L’annonce est également très importante parce que jusqu’ici le scénario qui tenait la corde était diamétralement opposé, à savoir une diminution de moitié… Pour la France, le montant s’élève donc désormais à 870 millions d’euros pour 7 ans.

À quoi attribuez-vous cette décision ?

C’est d’abord le résultat d’une forte mobilisation des quatre associations de solidarité qui distribuent cette aide, dont nous faisons partie. Toutes les fédérations, tous les comités, toutes les antennes du Secours populaire se sont impliquées dans ce mouvement qui s’est traduit par des actions au niveau des instances européennes, auprès des députés européens, des députés et des sénateurs ou encore des événements locaux. Je pense notamment à l’opération « assiettes vides » de la Haute-Vienne ou à l’envoi de cartes postales à la présidence de la république par les bénévoles de Gironde.

Est-ce que la crise actuelle a joué un rôle, selon vous ?

Oui, car cette crise ne touche pas que la France mais toute l’Europe. Cette décision favorable au maintien de l’aide alimentaire européenne marque une prise de conscience à la fois au niveau de l’Union mais aussi dans les différentes capitales européennes qu’il y a un fort accroissement de la pauvreté dans tous les pays et qu’il faut y apporter des réponses.

Dans ce contexte, le FEAD est apparu aux yeux des pouvoirs publics comme un outil adapté à la situation. En France, la mobilisation et l’ouverture du SPF tout au long de l’épidémie, et en particulier pendant la durée du premier confinement, a montré que cette aide alimentaire d’urgence jouait un rôle de filet de sécurité indispensable alors même que la demande de vivres s’est révélée très forte, pratiquement du jour au lendemain. Grâce au FEAD, les bénévoles ont été en capacité d’apporter une réponse.

Avec le second confinement, la crise devrait s’aggraver. Avez-vous de quoi faire face ?

Pour répondre à la crise sociale, l’Union Européenne a mis en place un fonds d’urgence, indépendant du FEAD, d’un montant de 47 milliards d’euros. La part de ce fonds qui sera consacrée à l’alimentaire en 2020 et 2021 s’élève à 130 millions d’euros pour la France, en plus du FEAD dont l’enveloppe sera augmentée. A l’heure actuelle, nous pensons que les montants financiers nous permettront de continuer à répondre à l’afflux de personnes dont les placards et réfrigérateurs sont vides. A nous aussi de rester vigilant pour savoir si cela suffira.



Des années de mobilisation associative

 
La recrudescence de la faim dans le monde à la suite du confinement et de l’arrêt de l’économie est une situation inédite. Aucun pays n’est épargné. En France, 45 % des personnes à qui le Secours populaire a distribué en urgence des denrées alimentaires étaient inconnues des bénévoles et les associations estiment désormais que le nombre de personnes ayant recours à leur aide pour se nourrir est passé de 5 millions à 8 ou 9 millions.
 
Pendant plusieurs années, les pays européens ont discuté d’une possible réduction de l’enveloppe consacrée au Fonds d’aide aux plus démunis (FEAD). Si bien que les associations ont dû se mobiliser pour le défendre. Le 17 juin dernier encore, le Secours populaire lançait un appel avec ses partenaires à soutenir l’aide alimentaire européenne, quelques jours avant que le Conseil européen se réunisse pour statuer sur l’avenir des fonds sociaux, dont le FEAD.

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