L'Atlantide du Pacifique Sud

TUVALU. Au coeur du Pacifique Sud, un petit paradis de 26 km2 pourrait bien sombrer sous les flots d´ici à la fin du siècle. Et ses habitants devenir les premiers réfugiés climatiques à l´échelle d´une nation.

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C'est un archipel de 26 km2 au coeur du Pacifique. Une des plus petites nations du monde. Bientôt plus qu'une photo dans un livre d'histoire ? D'ici à la fin du siècle, Tuvalu sera peut-être engloutie par la montée des océans. À tout le moins, l'atoll pourrait devenir totalement inhabitable à cause de l'inondation chronique des terres cultivables et de la salinisation des nappes phréatiques. Et ses 11 000 occupants, les premiers réfugiés climatiques à l'échelle d'un pays. Contre la fausse fatalité du réchauffement climatique, l'association française Alofatuvalu (aimer Tuvalu) veut aider l'archipel à devenir un modèle de vertu environnementale reproductible à l'échelle de la planète « avant sa probable disparition », peut-on lire sur le site de l'association. Celle-ci est à l'origine du programme Small is beautiful, soutenu par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), qui promeut un certain nombre de mesures « durables » dans l'économie de l'atoll (énergies renouvelables, recyclage des déchets, normes environnementales pour le bâti...) et des solutions d'adaptabi­lité au changement climatique. C'est que Tuvalu a beau représenter un coin de paradis au milieu des mers, on n'y vit pas davantage d'amour et de coquillages qu'à Clermont-Ferrand : l'archipel est doté d'un aéroport, d'un hôpital et d'un immeuble du gouvernement, ces deux derniers bâtiments édifiés « sans vision environnementale » par les investisseurs étrangers. On se déplace en voiture et le changement des habitudes de consommation génère, ici comme partout, son lot de déchets pas toujours recyclés et de décharges sauvages. Pour finir, le paradis se trouve même confronté à un problème de surpopulation... Certes. Et s'il est toujours bon de faire le ménage chez soi, comme le précisait dans nos colonnes, Fanny Héros, chargée de mission de Alofatuvalu (cf. page « débat » de Convergence de décembre 2007) : « L'archipel de Tuvalu n'est certainement pas le plus gros contributeur de gaz à effet de serre de la planète. »  Mais c'est lui qui va payer les premiers pots cassés de la goinfrerie énergétique des pays développés. Seule échappatoire pour Tuvalu, sacrifier au darwinisme de l'effet de serre et « s'adapter » au changement de climat. Devant l'ampleur du péril, « les chantiers les plus énormes » sont désormais envisagés, déclarait encore Fanny Héros, comme le rehaussement des îles avec du sable pompé en profondeur ou la création d'îles artificielles. Et si l'exil restait malgré tout le dernier recours devant la montée des eaux, le programme Small is beautiful suggère une solution à la fois étonnante et tragique : s'acheter un pays de repli ! Les habitants de Vaitupu, un îlot minuscule de l'atoll, sont ainsi en pourparlers avec le gouvernement des Fidji pour l'acquisition d'un petit pied-à-terre dans cet archipel. Malheu­reusement, il n'est pas sûr que le jeu des îles musicales soit reproductible à l'infini.

Plus d'infos sur www.alofatuvalu.tv

Les pays pollueurs rechignent à être les payeurs : la responsabilité des pays industrialisés dans le réchauffement climatique a beau être actée dans les traités à travers le principe de « responsabilités communes mais différenciées » (en clair : tout le monde pollue, mais les gros davantage que les petits), les pays du Nord rechignent à mettre la main au portefeuille pour essuyer où ils salissent. Plusieurs fonds pour « l'adaptation » au réchauffement des pays les plus fragiles ont bien été créés sous l'égide de la convention cadre climat mais les États les abondent selon leur bon vouloir. C'est-à-dire peu, considérant leur contribution financière comme une aide plutôt que comme une dette. Le fonds d'adaptation du proto­cole de Kyoto est ainsi abondé par un prélèvement de 2 % sur les montants des mécanismes de développement propre (voir encadré p. 15). Entre 2008 et 2012, il permettrait de financer annuellement des plans de lutte contre la sécheresse, la montée des eaux ou des transferts de technologie à hauteur maximum de 200 millions d'euros. Quand la Banque mondiale estimait, dans un rapport de 2006, le coût de l'adaptation entre 10 et 40 milliards de dollars par an.

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