Sondage Ipsos / SPF 2019. Des enfants de plus en plus inquiets pour leur avenir

Pour la troisième fois depuis 2012, le Secours populaire a demandé aux enfants leurs perceptions de la pauvreté. Elle leur semble de plus en plus présente. Une énorme majorité des 8-14 ans souhaite s'engager contre elle et ses manifestations, perçues comme "injustes".

Les enfants souhaitent très majoritairement s'engager contre la pauvreté, jugée "injuste".
Jean-Marie Rayapen

Les enfants représentent 41 % de personnes aidées par le SPF, c’est pourquoi l’association les a interrogés pour la troisième fois depuis 2012 (*). Les 8-14 ans sont 51 % à estimer qu’il y a « beaucoup de personnes pauvres » en France (39 % en 2012). « La pauvreté est de plus en plus perçue comme une situation proche de leur quotidien », explique Etienne Mercier d’Ipsos.  Dans l’absolu, l’absence de logement (82 %), le manque de nourriture (75 %) et le fait de demander de l’argent (66 %) caractérisent pour les petits une situation de pauvreté.

La pauvreté est visible entre écoliers

Plus que dans le cercle familial (34 %), c’est à l’école (56 %) qu’ils y sont confrontés. Ils sont 41 % à déclarer que d’autres écoliers ne mangent pas à leur faim ou de manière variée (+10 points depuis 2015) ; 61 % que certains n’ont jamais de chaussures neuves ou de vêtements neufs (+10 points) et 72 % estiment que, par manque d’argent, des élèves ne vont jamais au cinéma, au musée ou dans un parc d’attraction (+15 points depuis 2012).

Les trois-quarts (77 %) savent que des camarades sont privés de vacances. « Alors que nous fêtons le 40e anniversaire de la Journée des oubliés des vacances, il est significatif que l’absence de vacances reste, de loin, la première privation identifiée par les enfants pour leurs copains de classe. Chaque été, nous emmenons à la mer des gamins qui ne l’ont jamais vu », signale Houria Tareb, secrétaire nationale chargée de la solidarité en France.

Plus de 6 enfants sur 10 ont peur de l'avenir

Dans ce contexte, leur inquiétude pour l’avenir grandit : plus de 6 enfants sur 10 ont peur de devenir pauvres, c’est 4 points de plus qu’en 2015. Leur préoccupation s’exprime alors qu’ils ne sont pas plus nombreux à déclarer subir des privations. Le nombre disant ne pas manger en quantité suffisante et de manière suffisamment variée est resté stable depuis 2012 (3 %). Idem pour ceux qui n’habitent pas dans un logement en bon état ou assez grand (8 %) et pour ceux qui ne partent pas au moins une fois par an en vacances (20 %).

Ni la peur, ni leur situation actuelle ne les inhibent : 82 % des 8-14 ans souhaitent s’engager contre la pauvreté, globalement perçue comme « injuste ». Les trois quarts (74 %) ont déjà donné des vêtements ou des jeux et un tiers (34 %) en ont déjà collectés pour les distribuer en France ou les envoyer à l’étranger. « Le besoin de s’engager, d’être bénévole, est bien présent. Ce qui relativise les cris d’alarme entendus en début d’année sur la baisse de la générosité », remarque dans un sourire Christian Causse, membre du Bureau national du Secours populaire.

Une volonté de s'engager contre cette "injustice"

Ce besoin de s’investir se traduit par le souhait exprimé par 60 % des enfants de rejoindre un mouvement de solidarité comme « copain du Monde ». Le droit de s’engager est justement l’un de ceux que leur reconnait depuis 30 ans la Convention internationale des droits de l’enfant et pour lequel se bat le Secours populaire.

(*) L’Observatoire de la pauvreté réalisé par Ipsos pour le Secours Populaire permet de dresser un état des lieux de la précarité en France : comment est-elle perçue, vécue et crainte par les Français. L’édition 2019, treizième vague du baromètre, a été conduite selon la méthode des quotas par téléphone, du 24 au 29 mai, auprès d’un échantillon représentatif de 1008 personnes âgées de 16 ans et plus. Il est enrichi cette année par une enquête spécifique conduite par Internet, du 28 mai au 3 juin, auprès de 510 enfants âgés de 8 à 14 ans (comme en 2012 et 2015).

A l'école, la privation de vacances est le signe le plus criant de la pauvreté pour les enfants.

A l'école, la privation de vacances est le signe le plus criant de la pauvreté pour les enfants.

Témoignages

 

C'est difficile de ne pas pouvoir manger trois repas par jour
Héliette, mère au foyer et maman de deux enfants, n'avait plus les moyens de nourrir sa famille pendant une semaine. Après avoir frappé aux portes du Secours populaire français à Nantes, elle a pu, à nouveau, leur offrir trois repas quotidiens. Elle donne son témoignage.

Héliette, aidée par le Secours populaire à Nantes

La pauvreté, ce n’est pas seulement être sans logis. Je ne la vois pas dans ma famille ou dans mon village, mais au collège, oui, des amis n’ont jamais d’habits neufs ou alors une de mes copines m’a invité à fêter son anniversaire chez sa sœur : pas chez elle, parce qu’elle a honte de montrer où elle vit. La pauvreté c’est aussi monsieur et madame tout le monde, à découvert parce qu’ils ne sont pas assez payés. Ces derniers mois, plein de femmes et d’hommes contestent pour prouver qu’ils ne sont pas seuls, qu’il faut agir.

Je suis jeune, je ne sais pas encore tout ce qu’on peut faire, mais je compte aider dans la mesure de mes moyens. Mes copines, j’essaie de dédramatiser, de leur dire qu’elles vont s’en sortir, qu’elles ne sont pas seules. Je trouve que les adultes connaissent plus de choses que les enfants ou les ados. Mais nous observons mieux ce qui se passe autour de nous, donc on réagit à des choses qu’ils ne voient même pas.

Marie, solidaire au collège Bellevue à Toulouse (Haute-Garonne).

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