Baromètre Ipsos / SPF 2019. Budgets plus serrés, privations plus fortes

La 13e édition du baromètre Ipsos / Secours populaire (*) établit que le manque d’argent et les privations n’ont jamais été aussi durement ressentis par les personnes les plus précaires, celles dont les ressources n’excèdent pas 1200 euros.

Les associations ont fort à faire face aux difficultés croissantes des personnes dont les revenus sont les plus faibles.
Pascal Montary

Plus du tiers des répondants (37 %) déclare avoir connu la pauvreté. Un chiffre cohérent avec plusieurs études précédentes et qui rappelle que plus du tiers des Français ont un niveau de vie inférieur au ‘‘revenu minimum décent’’ nécessaire pour une pleine participation à la société, calculé par l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES). Les catégories les plus touchées sont les familles ayant un enfant à charge, les femmes et les moins diplômés (niveau inférieur au bac). Ces deux derniers groupes sont « souvent cantonnées au travail précaire ou à temps partiel », souligne Jean-Luc Outin, économiste à l’ONPES.

Élément important du baromètre, la proportion de personnes ayant craint de connaître une situation de pauvreté, à un moment de leur vie, s’établit à 54 %. Si cela représente 5 points de moins qu’en 2018, plus haut niveau jamais enregistré, ce chiffre demeure néanmoins très élevés. En effet, en 2007, moins d’un Français sur deux (45 %) redoutait de basculer dans la précarité. « La crise financière et ses conséquences paraissent donc avoir affecté durablement l’état d’esprit des Français », comme l’écrit Etienne Mercier d’Ipsos.

La situation financière d’une large part des Français s’est dégradée : un tiers des répondants (34 %) arrive juste à boucler son budget (+2 points) et un sur cinq (18 %) est contraint de vivre à découvert (+4 points). Les plus concernés sont au bas et au milieu de l’échelle des revenus. Ils peuvent être peu diplômés ou vivant loin des métropoles.

L’envolée du seuil de pauvreté subjectif à seulement 9 euros du Smic traduit la gravité de la situation : désormais, un revenu mensuel de 1 193 euros est considéré comme insuffisant pour une personne seule. C’est le chiffre le plus élevé publié par ce baromètre. C’est aussi la plus forte hausse observée en douze mois (+75 euros sur les 167 euros d’augmentation en dix ans). Difficultés, privations et exclusion ne sont pas toutes reflétées par les indicateurs classiques puisque le seuil de pauvreté officiel, fixé à 60 % du revenu médian, est de 1 026 euros, selon l’INSEE.

Un tiers des répondants (34 %) arrive juste à boucler son budget (+2 points) et un sur cinq (18 %) est contraint de vivre à découvert (+4 points).

Un tiers des répondants (34 %) arrive juste à boucler son budget (+2 points) et un sur cinq (18 %) est contraint de vivre à découvert (+4 points).

Le poids des dépenses pré-engagées pèse de plus en plus dans le budget des ménages. Un tiers des personnes interrogées (32 %, +5 points) peinent à payer leurs factures d’énergie. Cela devient la norme pour les personnes gagnant au plus un SMIC. En effet, les deux tiers d’entre elles (63 %) n’arrivent pas à suivre la hausse des factures.

Restrictions multiples pour boucler le budget

Les loyers ou les emprunts immobiliers pèsent trop lourd pour 28 % des ménages. Un niveau record. La situation est devenue critique pour 55 % des personnes dont les revenus sont les plus bas : c’est 10 points de plus en un an ! Seuls, les coûts liés à la santé sont restés stables, même si 38 % des personnes interrogées sont mises en difficultés par les soins médicaux peu remboursés par la Sécurité sociale.

« De plus en plus, surtout en zone rurale, nous aidons des travailleurs et des employées qui croulent sous [leurs] échéances », témoigne Houria Tareb, secrétaire nationale du SPF chargée de la solidarité en France.

Un quart du panel limite ses repas pour passer la fin du mois et 59 % des plus précaires (moins de 1 200 euros) ont du mal à faire 3 repas équilibrés par jour. « Cela nous inquiète d’autant plus que l’Union européenne veut refondre son mécanisme d’aide alimentaire, le FEAD, pourtant crucial pour la capacité d’action des associations », relève Sébastien Thollot, secrétaire national du SPF chargé de l’aide alimentaire.

Les vacances sont sacrifiées par près d’un répondant sur deux (45 %). Un record lié, pour beaucoup, au renoncement massif de ceux qui perçoivent au mieux un Smic (78 %, +11 points !) et à une dégradation de la situation de la classe moyenne inférieure (58 %). Ces difficultés se répercutent sur les enfants : un répondant sur deux a du mal à leur financer des vacances ou des activités extrascolaires. Un point focal de la reproduction des inégalités.

Énergie, logement, etc., le poids des dépenses pré-engagées pèse de plus en plus dans le budget des ménages.

Énergie, logement, etc., le poids des dépenses pré-engagées pèse de plus en plus dans le budget des ménages.

(*) L’Observatoire de la pauvreté réalisé par Ipsos pour le Secours Populaire permet de dresser un état des lieux de la précarité en France : comment est-elle perçue, vécue et crainte par les Français. L’édition 2019, treizième vague du baromètre, a été conduite selon la méthode des quotas par téléphone, du 24 au 29 mai, auprès d’un échantillon représentatif de 1008 personnes âgées de 16 ans et plus. Il est enrichi cette année par une enquête spécifique conduite par Internet, du 28 mai au 3 juin, auprès de 510 enfants âgés de 8 à 14 ans (comme en 2012 et 2015).

Témoignages

 

C'est difficile de ne pas pouvoir manger trois repas par jour
Héliette, mère au foyer et maman de deux enfants, n'avait plus les moyens de nourrir sa famille pendant une semaine. Après avoir frappé aux portes du Secours populaire français à Nantes, elle a pu, à nouveau, leur offrir trois repas quotidiens. Elle donne son témoignage.

Héliette, aidée par le Secours populaire à Nantes

Tous les ans, au collège, nous menons des actions solidaires parce que la pauvreté augmente. Dans deux mois, nous allons faire un marathon pour collecter des fonds pour le Secours populaire et une autre association. J’aimerais bien participer à des actions de ces associations, certaines collégiennes le font. Je souhaite avoir des échanges avec des personnes sans logis, savoir comment elles vivent et comment les aider.

Adriana, solidaire au collège Bellevue à Toulouse (Haute-Garonne).

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