Saint-Cyr-L’École, dans la permanence d’accès aux droits [Archivé]

Les personnes en précarité sont en permanence vulnérables. Les bénévoles les aident en vérifiant qu’elles perçoivent toutes les aides auxquelles elles ont droit. Ils les accompagnent aussi dans leurs démarches auprès des administrations.

L'esprit pratique, Danielle est l'une des bénévoles qui assurent la permanence d'accès aux droits à Saint-Cyr.
Bruno Manno

Au pied d’un immeuble HLM de Saint-Cyr-L’École, une ville des Yvelines longtemps ouvrière, une petite porte s’ouvre : c’est la permanence du Secours populaire. Dans la salle d’accueil exiguë, sous la lumière crue des néons, une douzaine de personnes attendent, attablées, discutant doucement entre voisins et voisines. Les bénévoles proposent régulièrement du café, des gâteaux.

« Notre sauveur »

Une porte s’ouvre, Sonia (*) se lève et entre dans un petit bureau. Chemise blanche avec un camaïeu de bleu, Gérard, bénévole expérimenté, l’accueille devant un ordinateur. Sonia est venue pour régler un problème avec sa caisse de retraite qui lui réclame près de 2000 euros de trop perçu. Après discussion et analyse du courrier reçu par Sonia, Gérard rédige une lettre de contestation. Sonia est visiblement soulagée : « Quand je reçois un courrier administratif, je ne comprends pas tout. Heureusement, Gérard est là pour m’expliquer la situation, m’aide à rédiger des lettres... » C’est un peu « notre sauveur », dit-elle avec humour.

Deux fois par semaine, les bénévoles tiennent une permanence d’accès aux droits, autour de Gérard et Danielle. « L’idée de cet accueil spécialisé est le constat que les personnes en précarité ne perçoivent pas forcément toutes les aides auxquelles elles ont droit et que les décisions administratives, fondées ou non, peuvent fragiliser ces gens qui sont déjà dans un état permanent de vulnérabilité », relate Christine Ermacora, secrétaire générale du comité de Saint-Cyr-L’École du Secours populaire.

Un lien de confiance avec les bénévoles

Les personnes aidées n’ont pas forcément d’ordinateur à la maison, encore moins d’imprimante, et même s’ils ont souvent un téléphone portable, elles ne savent pas forcément où chercher les informations, comment mener des procédures… Comme Aminata, une grande jeune femme de 31 ans, elles viennent confier leurs difficultés.

Danielle lui montre sur l’écran de l’ordinateur l’adresse de Cadr’emploi, une structure située dans la commune qui peut l’orienter vers une formation pour salariés handicapés. Elle lui imprime une carte, la lui donne. « Et tu me diras s’ils sont sympas ou non », conclut Danielle en regardant bien dans les yeux Aminata, un petit sourire en coin. « J’étais venue seulement pour le libre-service alimentaire, mais après avoir parlé de ma situation, Danielle m’a informé de cette possibilité », indique la jeune femme, qui va régulièrement à la bibliothèque pour utiliser Internet.

Des pâtisseries et du thé

Elle élève seule sa fille de 3 ans. « Depuis que j’ai subi un lourd traitement contre la leucémie, il y a deux ans, son père est parti. » Elle va mieux, mais depuis deux ans elle ne peut plus assurer son poste de femme de ménage dans un hôpital. « Je n’ai pas de diplôme et le ménage reste le ménage : c’est très fatigant, je n’ai pas pu continuer, même mon mi-temps thérapeutique », confie Aminata, qui ne peut pas retenir ses larmes quand elle évoque sa fille.

Christine est à proximité : « On va vous accompagner pour vérifier vos droits dans le cadre de votre licenciement. On va vous aider, vous le savez, y compris pour votre formation. » D’une voix douce, la secrétaire générale dévie la conversation. « Vous allez chercher votre fille à l’école dans dix minutes ? Elle aime les pains au chocolat ? Je vous amène ça, elle aura un bon goûter ! » Elle revient avec les pâtisseries et un thé, pour Aminata, qui repart rassérénée.

Éloignement des services publics

Les permanences d’accès aux droits ne désemplissent pas. Les bénévoles écrivent aux caisses de Sécurité sociales, s’assurent que les personnes bénéficient de la Couverture médicale universelle, qu’il n’y ait pas de suspension de versement du RSA, que les bailleurs sociaux n’expulsent pas des locataires en difficulté… « Plus ça va, plus les gens viennent chercher un appui chez nous, en particulier depuis que l’accès aux administrations passent de plus en plus par le numérique », résume Christine.

Le problème dépasse largement la ville de Saint-Cyr-L’École, ou même des Yvelines.  Cette dématérialisation du contact avec les services publics, qui doit monter en puissance d’ici 2022, augmente le non-recours aux droits sociaux, a dénoncé en début d’année le Défenseur des droits, Jacques Toubon.

L'alerte du Défenseur des droits

Bien sûr internet peut être utilisé pour faire les soldes, contacter des milliers d’amis tout autour de la terre entière, faire sa déclaration d’impôts en trois clics, mais entre 30 % et 40 % des Français n’ont pas accès ou ont de grandes difficultés avec les démarches sur internet. « Ils sont des millions à l’écart de ce monde connecté. Or, les services publics sont paradoxalement les plus utiles à ceux qui en sont les plus éloignés », relève Sylvie Chevillard, membre de la commission nationale du Secours populaire sur l’accès aux droits.

Ces personnes sont souvent en grande précarité financières, sans emplois, peu diplômées, parfois âgées, sans parler d’un handicap. Il s’agit aussi de jeunes et de cadres, même si la proportion « d’illettrés du numérique » est moindre dans ces deux derniers groupes sociaux. C’est pour diminuer le non-recours et la fracture électronique que le Secours populaire a intégré depuis plusieurs années un groupe de travail inter-associatif, qui regroupe le Syndicat de la Magistrature, le Syndicat des avocats de France, la Cimade, entre autres.

On est là, on aide, mais il faut aussi s’interroger sur le bienfondé de cet éloignement physique et numérique des services publics

Christine, secrétaire générale du comité de Saint-Cyr-L’École du Secours populaire.

 

(*) Le prénom a été changé à la demande de la personne

Mots-clés