Ne manquez pas le film "Gosses de France"

Mardi 8 octobre, « Gosses de France », un film sur la pauvreté des enfants, a été diffusé sur France 2 en seconde partie de soirée, vers 23h, dans la case documentaire Infrarouge, alors que le 30e anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant approche. Il est visonnable jusqu'au 7 novembre.

Que montre ce film ? Tourné sur plusieurs mois, il présente le portrait attachant de 4 jeunes de 13 à 21 ans confrontés à la pauvreté : Sofia et Brocéliande, qui vivent en région parisienne, de Jassim en Moselle et de Benjamin, dans une commune rurale près de Mâcon. Leur vie, c’est quoi ? « C’est comme se tenir en permanence sur un pont. Un mauvais pas et on chute », décrit Jassim, 17 ans au moment du tournage, dans une formule choc.

Le film donne une idée de cycle : les enfants vivant dans les familles pauvres se voient empêcher d’accomplir leur potentiel, d’accéder à des qualifications pointues et à des métiers bien rémunérés ; sauf exception. « C’est l’histoire d’un grand gâchis collectif pour ces adultes de demain, résume la réalisatrice, journaliste à l’agence CAPA Andrea Rawlins-Gaston, connu pour ses sujets sensibles comme le harcèlement scolaire ou la vie des sans-papiers. Ces enfants sont confrontés à la pauvreté et à ses conséquences, qui s’immiscent dans tous les recoins de leur vie : les relations entre filles et garçons, la taille de leur cercle amical, la trajectoire scolaire, l’estime de soi, etc. Notre société est malade si elle est incapable d’accompagner ces jeunes. On leur coupe leurs ailes dès le départ. Et, leur situation s’aggrave depuis la survenue de la crise économique. »

"A force, plus personne ne m'invite"

Benjamin vit avec sa mère Catherine. « On a pas l’argent pour acheter des cadeaux, donc je suis obligé de refuser les invitations aux anniversaires. À force, plus personne ne m’invite. Le dernier auquel je suis allé, ça devait être vers 6 ans », se rappelle-t-il, dans un sourire mélancolique, avant d’exprimer la vérité qu’il en retire douloureusement : « L’argent ça sert à créer de l’amitié. »

Sa mère était fraiseuse dans une usine de fabrication de pièces mécaniques pour camions. « J’aimais ça, je réglais ma machine, je portais même des tambours de 50 kg à la force des bras pour aller plus vite », dit-elle, en reprenant une bouffée de cigarette qui laisse voir ses tatouages sur les avant-bras. Mais, il y a une petite dizaine d’années sa santé vacille. « J’ai fait 5 arrêts cardiaques en 5 mois ! Le petit me voyait partir avec le Samu. » Elle est désormais en invalidité : « J’aimerais pouvoir retourner à mon poste, même si c’était dur le travail de nuit. »

Jassim, Brocéliande, Sofia et Benjamin ont participé à Gosse de France, un film sur la pauvreté des enfants. Benjamin est aidé par le Secours populaire.

Jassim, Brocéliande, Sofia et Benjamin ont participé à Gosse de France, un film sur la pauvreté des enfants. Benjamin est aidé par le Secours populaire.

 

La famille se rend au libre-service alimentaire du Secours populaire le plus proche de chez elle, « ça nous aide et on est toujours bien accueillis », souligne Catherine qui y « fait ses courses en pensant principalement à ce qu’aime Benjamin ». La mère et le fils sont très proches. Le documentaire les montre tous les deux avec le maillot bleu foncé de l’Olympique lyonnais en train de suivre un match de foot à la télévision, au milieu des fous-rires.

La caméra est là au moment où ils visitent un internat où Benjamin étudie désormais l’hôtellerie et la restauration en alternance. Il faut voir la joie contenue dans son regard quand il y découvre les chambres impeccables, claires et spacieuses. Il s’y projette aisément. Sa mère s’en rend compte et on peut lire dans ses yeux à elle une déception : Catherine sera séparée de son « petit » durant la semaine. Reste à régler le prix de la scolarité, qui est hors de portée de son allocation adulte handicapée... Une bourse y pourvoit. « Sinon cela aurait été impossible. »

Benjamin et sa mère sont aidés au Secours populaire

Maintenant, c’est Benjamin qui invite sa mère au restaurant avec ses tickets-restaurant, dit-elle avec fierté en lançant un regard complice à son fils.  Ils continuent à se protéger mutuellement. Les histoires de Sofia, Jassim et de Brocéliande sont également poignantes. En général, leurs parents font tout pour les aider à avancer, malgré leurs difficultés et leurs drames intime.

Parfois, c’est une dépression suite à un viol, subi il y a des années, qui empêche la mère de Sofia de travailler, plongeant la famille dans l’angoisse et dans le dénuement, malgré son courage. Parfois, c’est la cécité du père de Jassim qui empêche la famille de compter sur son salaire. Même si cela ne l’empêche pas de ‘‘voir loin’’ avec son regard intérieur, comme le démontre le cadeau qu’il a prévu pour les 18 ans de son fils dans l’émouvante scène d’anniversaire qui clôt le documentaire.

« Ce film montre que la pauvreté est un obstacle majeur à l’expression et à la participation des personnes pauvres et en particulier des enfants. Il est précieux parce qu’il porte cette parole et oblige la société à y répondre », a exprimé Jacques Toubon, le Défenseur des droit lors d’une avant-première diffusée le 19 septembre dernier au Centre national du cinéma. « Gosses de France », nous oblige, donc.

Témoignages

Mes amis, je ne mange jamais avec eux des pizzas parce que ça coûte 5 euros et 5 euros c’est beaucoup. Du coup, je rentre à la maison et je mange des pâtes, ça coûte moins de 1 euro. L’argent ça sert à créer de l’amitié.

Benjamin, un jeune confronté à la pauvreté

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