Les antennes étudiantes

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Au sein de l'Université Pierre et Marie Curie, à Jussieu (Paris), une antenne du SPF accueille les étudiants en difficulté.
Joël Lumien

Des permanences d’accueil du SPF dédiées à la santé ont été mises en place à l’université d’Évry, grâce à la participation d’une équipe du Service universitaire de la médecine préventive et de promotion de la santé de l’université. Depuis un an, 43 étudiants ont été reçus dans une permanence, dont une trentaine bénéficie d’aide alimentaire. « La priorité est d’abord l’aide d’urgence, comme on le fait toujours au SPF, ajoute Christian Lampin. Puis on passe à l’accompagnement. D’autres formes de solidarité sont à l’étude. »

On peut ainsi citer l’initiative originale de la Fédération du SPF du Gard, le 27 avril dernier, qui a organisé pour les étudiants un repas cuisiné par des jeunes de la section « Restaurant hôtellerie » du Centre de formation des apprentis (CFA) de Marguerittes : « Cela a permis d’échanger sur les habitudes alimentaires, avec les moyens du bord, explique Christine Mallevays, bénévole au SPF et cheville ouvrière de l’opération. Le but était de faire en sorte que les étudiants bénéficient des conseils de futurs professionnels de la gastronomie pour préparer des repas sains et bons. C’est doublement intéressant car ils viennent de milieux différents. » Toujours dans le Gard, sous l’impulsion de Florence Luisière, secrétaire générale de la Fédération à Nîmes, une sortie en canoë-kayak a eu lieu à Collias, avec 25 étudiants en situation précaire : « Sortir de la ville les a éloignés de leurs soucis quotidiens, remarque Florence. Il ne s’agit pas seulement d’apporter de l’aide, mais de créer pour eux un lieu d’écoute et d’échanges, afin qu’ils poursuivent leurs études plus sereinement. »

Ces initiatives viennent en complément de la permanence d’accueil, implantée à l’université Vauban. Outre l’organisation de braderies, l’antenne du SPF déplace dans Nîmes son « Solidaribus », un camion d’aide alimentaire mobile, qui se rend à la faculté Vauban et sur le site Hoche : il a ainsi apporté son aide à 200 personnes depuis septembre 2016. Son slogan : « En galère ? Tous solidaires ! » « Un professeur nous a proposé de transformer le véhicule en foodtruck (camion restaurant, N.D.L.R.) », s’amuse Florence. Il nous sert à distribuer, pour 1 euro, des colis d’aide alimentaire et des produits d’hygiène à ceux et celles qui en ont besoin. »

Convergence 354, Ludo

Ludo, 25 ans,
distribue des prospectus
aux passants,
place de la Sorbonne.
Un job étudiant
qui lui permet de payer son loyer
​et ses frais universitaires.
Photographe : Joël Lumien

 

 

 

 

 

 

 

 

Aide alimentaire, besoin prioritaire

À Toulon, constatant un nombre croissant d’étudiants isolés, le jeune Théo Dugermont (19 ans), chargé du secteur Jeunes à la Fédération SPF du Var, a proposé de créer deux antennes,- l’une au sein de la fédération, l’autre directement sur le campus – mais en essayant d’y créer une atmosphère légère pour « dédramatiser ». Ils étaient une dizaine à s’y rendre, il y a deux ans ; ils sont aujourd’hui une centaine. « Ce n’est pas facile pour eux de se dire en difficulté, reconnaît Théo. Leur première demande concerne l’aide alimentaire, puis ils nous parlent de leurs problèmes de logement et de santé. Je me souviens d’un jeune qui a été mis à la porte de chez lui par sa mère, puis agressé dans la rue. Nous l’avons aidé à trouver un logement social, grâce à la mission locale de Pôle emploi. » Le SPF est également présent au lycée Bonaparte où, du 27 au 31 mars, Théo et ses amis ont tenu un 20 stand, avec des délégués du Conseil de la vie lycéenne, pour informer les élèves pendant les pauses. La semaine suivante, ils ont collecté des denrées alimentaires apportées par les lycéens.

À Paris, des permanences d’accueil du SPF se tiennent régulièrement au sein de ses deux antennes dans le 5e arrondissement. Installées au sous-sol de la Smerep (le Centre de sécurité sociale étudiante), boulevard Saint-Michel, Monique et Josée, deux bénévoles parisiennes du Secours populaire, constatent que beaucoup d’étudiants sont pris au dépourvu par la difficulté de trouver un logement et un petit boulot pour survivre et se retrouvent souvent à la rue quelques semaines après la rentrée. « On peut facilement les aider à se nourrir mais, concernant le logement, c’est plus compliqué », déplore Monique. L’antenne de Jussieu, à Paris, mise sur la proximité avec son public, puisque le local se trouve dans les locaux de la Vie étudiante de l’Université Pierre et Marie Curie. Sur place, deux autres bénévoles du Secours populaire, Nora et Anne, font en sorte de mettre à l’aise les étudiants qui franchissent le pas de la porte. « Pour être efficace, il faut les interroger sur leur quotidien. Nous ouvrons ensuite un dossier pour eux afin de leur proposer des aides concrètes, les mieux adaptées à leur situation. Une fois en confiance, ils finissent par se livrer parce qu’ils ont besoin de confier leur désarroi. Nous sommes à leur écoute. » La plupart sont isolés. Comme Faldou, 23 ans, en licence d’informatique, venu de Guinée- Conakry et qui souffre de poliomyélite : « Avec le froid et l’humidité, j’ai encore plus de mal à marcher et j’arrive de Massy-Palaiseau tous les jours. Les transports coûtent cher. » Anne et Nora lui ont appris qu’il pouvait avoir droit à la Couverture maladie universelle (CMU) et l’ont orienté vers les services sociaux compétents (notamment la Caisse d’allocations familiales) pour l’aider à payer les 250 euros de sa colocation. Elles lui ont également fourni des adresses où il peut se nourrir et s’habiller à peu de frais. Lui a été aussi remise une carte donnant la possibilité de dîner tous les soirs de la semaine aux restaurants solidaires de la mairie de Paris, dont celui de la rue Boutebrie, dans le 5e arrondissement. Faldou a aussi eu accès à des tickets service pour pouvoir acheter des produits alimentaires et des produits d’hygiène dans les supermarchés. Rien qu’à Jussieu, les bénévoles du SPF reçoivent une vingtaine de visites par mois, en moyenne. Ce sont en général les assistantes sociales, au sein de l’université, qui dirigent les personnes en difficulté vers l’antenne du Secours populaire dont l’action quotidienne est pour beaucoup précieuse. À Jussieu, 20,9 % des étudiants ont un petit boulot, mais il s’agit par définition d’un emploi précaire et irrégulier. Entre-temps, ils sont contraints de survivre.

Convergence 354, co-working

Nora et Anna,
bénévoles du Secours populaire,
accueillent un étudiant
qui a besoin d'aide
dans l'antenne du SPF
située au sein
de l'université Pierre
et Marie Curie,
​à Jussieu (Paris).
Photographe : Joël Lumien

 

 

 

 

 

 

Salariat subi

« Le problème le plus préoccupant, conclut Hedi Condroyer, est celui du salariat subi et concurrent des études chez les étudiants décohabitant, c'est-à-dire ceux qui ne vivent plus chez leurs parents. Aussi, on voit des jeunes qui n’osent pas solliciter des aides par crainte d’être stigmatisés ou en évaluant à tort leur situation socio-économique en la relativisant fortement. Question de fierté, ils disent qu’il 22 y a plus "pauvre" qu’eux. L’expression "aide d’urgence" les bloque par exemple. Notre mission est de les écouter, de les aider, et de leur épargner l’injustice d’avoir à renoncer à leurs études parce qu'ils sont trop précaires ou trop pauvres. Gageons que le Secours populaire français saura mobiliser les solidarités populaires et universitaires pour participer à la pleine démocratisation de l’enseignement supérieur et à la réussite de tous les étudiants. »

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