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Parole d'expert

Voici le pire que l’on puisse imaginer : la création d’un second marché du travail géré par les associations et qui accueillerait tous les exclus du marché du travail. Il n’y aurait plus des flux de salariés destinés à sortir des dispositifs, mais des stocks de contrats aidés. Nous n’en sommes pas là, mais nous observons aujourd’hui une gestion stratégique du chômage par le secteur non-marchand. La moitié des emplois aidés sont créés dans ce secteur et, pour moitié encore, par des associations. Le secteur associatif contribue donc directement à la cohésion sociale. Mais cela pose des questions, notamment à propos de la sortie et de l’accompagnement des personnes de ces dispositifs. L’exemple des emplois jeunes l’a montré : les associations ont eu besoin de plus de temps que les autres pour pérenniser ces postes.
Quittons la macro-économie pour observer les nombreux impacts sur le terrain. Le premier risque qu’il faut gérer, c’est l’élargissement de la masse salariale. Il faut donc se prémunir contre un effet d’aubaine auquel incitent les dispositifs créés par les pouvoirs publics. De plus, les contrats aidés impliquent une diversité de statut et des inégalités dans les salaires qui nécessitent un effort d’encadrement pour lequel les associations ne sont pas soutenues. Les pratiques et le rapport au temps sont différents pour des bénévoles, des volontaires, des stagiaires, des personnes en CDD et CDI aidés ou non. La gestion des ressources humaines devient un enjeu stratégique pour les petites et moyennes structures.

Les associations sont aussi confrontées à la remise en cause permanente des dispositifs : il y a eu la période des emplois jeunes entre 1997 et 2002, une rupture totale entre 2002 et 2004 où l’on a voulu que le secteur marchand crée des emplois aidés, puis, après un échec, on est revenu vers le secteur non-marchand. De plus, elles n’ont jamais été invitées à des concertations à propos des contrats de la loi de cohésion sociale qu’elles sont invitées à utiliser. Entre temps, il a fallu plusieurs mois pour ajuster les dispositifs au fur et à mesure de leur mise en place. Avec la décentralisation, d’autres contrats comme les « emplois tremplins » sont apparus. Là encore, les associations doivent travailler selon des logiques définies sans qu’elles aient été consultées. Mais, ceux qui s’y retrouvent le moins, ce sont souvent les personnes du service public de l’emploi. Pour faire fonctionner sa structure, il faut devenir un spécialiste des textes et bien la diriger administrativement et financièrement. Dans une seule année, il faut parfois embaucher trois personnes différentes avec des contrats différents pour occuper successivement un même emploi. Nous préférerions largement une logique où l’on considère le poste et non la personne. On compte beaucoup sur les associations pour créer des emplois. Il faut les reconnaître comme des employeurs et des partenaires à part entière. Pourquoi pas un contrat d’insertion unique ?

Julien Adda, délégué général de la Conférence permanente des coordinations associatives.
Mise à jour le 01/01/2007

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