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Le théâtre comme la vie

Lyon. Des jeunes abordent la relation à l’autre grâce à une activité culturelle. Et ils en redemandent.

Les adolescents du quartier de la Guillotière répètent une pièce qui s’inspire de leur propre histoire.

Les adolescents du quartier de la Guillotière répètent une pièce qui s’inspire de leur propre histoire.

David Paul Carr

Olivia vient d’appeler pour prévenir qu’elle ne pouvait assister à la répétition de ce soir. C’est un peu embêtant, mais pas insurmontable pour Dawid, le très expérimenté coordinateur du secteur jeunes de l’Arche de Noé, un centre de loisirs situé à Lyon. Avec les ados, il en a vu bien d’autres ! Ce vendredi, ils sont donc sept – tous ont aux alentours de 17 ans – à répéter Ayao, la fille qui passe. Ils forment ainsi la compagnie Hafinati. "L’idée était de créer une pièce qui soit proche d’eux, nourrie de passages clés de leur existence. Nous sommes donc partis de leurs histoires, ils ont imaginé les personnages qu’ils voudraient être et j’en ai tiré une pièce", explique Dawid. On y suit les pérégrinations d’Ayao qui doit quitter son pays en guerre pour se réfugier en France où un autre monde l’attend. Celui de l’adolescence en souffrance, de "l’intégration" et de l’apprentissage de l’amitié et de l’amour. À la fois éducateur et metteur en scène, Dawid parle au rythme d’une mitraillette, gesticule, recadre ses comédiens, commente leur intonation et bouge beaucoup. Les ados ont parfois du mal à se concentrer, piquent des fous rires ou se laissent aller à envoyer des SMS. "Leurs portables, j’ai décidé de ne même plus les voir ", soupire Dawid. "Il y a quatre ans, nous étions allés avec mon lycée voir une pièce. Tout le monde s’attendait à ce que ce soit du Molière. C’était en fait Seize piges, une création de la compagnie Hafinati. Un spectacle dans lequel on se reconnaissait parce qu’il parlait le même langage que nous", raconte Arnold, qui avait aussitôt décidé de rejoindre la troupe.

Loisirs et éducation

Auront-ils envie de se lancer plus tard dans une carrière théâtrale ? Pas sûr. "C’est quand même un monde incertain", appuie Sabrine. "C’est vrai, soit on gagne beaucoup d’argent, soit rien du tout !", souligne Fatima. Mais cette dernière reconnaît que cela lui a permis "de combattre sa timidité. J’aime bien m’exprimer maintenant"! Même si certains d’entre eux confient qu’ils peuvent désormais aller voir une pièce sans s’endormir et dire pourquoi ils l’ont aimée ou non, le théâtre est ici un prétexte. "Cela a pris du temps pour former un groupe et on a maintenant l’impression qu’ils se connaissent depuis toujours. La vie, c’est beaucoup de choses à gérer : travail, amitié, famille, etc. Je leur dis que le théâtre peut les aider. C’est en définitive un mélange de loisirs et d’éducation", estime Dawid. Il parle avec émotion des tournées qu’ils ont faites ensemble dans toute la France et qui offrent des moments privilégiés d’échange avec les jeunes. De quoi oublier "les vitamines qu’il faut prendre quand on travaille avec des adolescents sur la culture !", rigole Dawid.

Mise à jour le 01/11/2010

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