




| Témoin : Eric Hazan |
J’ai le sentiment qu’aujourd’hui, une bonne partie de la jeunesse se révolte pour des raisons essentiellement morales et passe parfois par l’humanitaire avant d’arriver à la politique. Plus largement, beaucoup de gens commencent à s’engager parce qu’ils sont indignés : c’est le cas, par exemple des parents qui participent au mouvement de résistance à l’expulsion des écoles des enfants sans papiers ou des personnes qui soutiennent la justice au Proche-Orient et cela sans forcément appartenir à une organisation. On peut faire de la politique sans être un politique. Le philosophe Jacques Rancière distingue d’ailleurs deux notions dans le terme politique : le système de répartition du pouvoir et des richesses – qu’il appelle « la police » – et le moment où, brusquement, les « sans-parts », ceux qui n’ont rien arrivent dans l’espace public et font entendre leur voix. Dans l’humanitaire, j’apprécie les gens qui s’engagent et travaillent parfois à la limite de la légalité. Je pense, par exemple, aux organisations de soutien direct aux opprimés que sont, dans notre pays, les immigrés ou les sans-papiers. De l’utopie, il y en a aussi sûrement parmi les garçons et les filles qui partent en mission au fin fond du diable. Mais, il existe un risque pour les associations : c’est lorsque la recherche de fonds devient primordiale et que l’organisation ne travaille plus que pour elle-même. Je trouve aussi que la prise de parole des humanitaires sur certaines questions dépolitise le sujet. J’ai trouvé cela caricatural sur le Liban : les gens que j’ai entendu s’exprimer du côté des humanitaires présentaient la situation exactement comme s’il s’agissait d’une catastrophe naturelle, d’une fatalité… Je pense que l’humanitaire n’est jamais neutre et que, beaucoup d’associations ont choisi leur camp. Ce n’est pas toujours le camp des opprimés. Directeur des éditions La Fabrique, Éric Hazan est l’auteur de «Notes sur l’occupation, Naplouse, Kalkilyia, Hébron » (La Fabrique 2006) et de « LQR, la propagande du quotidien», aux éditions Raisons d’agir. Chirurgien, il fut aussi, en 1975, membre fondateur de l’Association médicale franco-palestinienne. |

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Ces dossiers sont issus de Convergence, le magazine de la solidarité édité par le Secours populaire et envoyé à ses donateurs et bénévoles.
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