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Parole d'expert
 
 

Les moteurs de l’engagement sont de plus en plus diversifiés. Il faut aussi noter la plus grande prégnance des valeurs d’individuation : aujourd’hui, on a besoin d’exprimer ce dont on se sent porteur lorsque l’on s’investit dans un projet collectif. C’est en cela que l’on peut parler d’une inversion du rapport entre l’individuel et le collectif. Il y a quelques décennies, lorsqu’on évoquait le militantisme, on était dans l‘idée que la structure collective était en elle-même porteuse du sens et du projet et que l’individu y trouvait son identité. Maintenant, un bénévole va plutôt réfléchir à l’utilité de son engagement pour lui-même et ressentir le besoin d’y trouver un résultat qu’il peut s’approprier. C’est lui qui va utiliser, voire instrumentaliser, les formes d’organisation collectives. Du coup, il changera plus facilement d’appartenance. Cette mobilité est parfois ressentie par les associations comme une fragilisation de leur structure. Mais cette contrainte nouvelle permet un apport plus riche de l’individu qu’un système de soumission à une fidélité collective. Ce changement radical a des effets sur les modèles d’organisation, surtout celles qui ont historiquement une structure hiérarchisée avec délibérations démocratiques collectives et élections à plusieurs niveaux. Ces modèles qui opposent intérieur et extérieur, membres et non membres, sont récusés.

Les nouvelles structures plus perméables et aux frontières plus floues s’appuient sur des réseaux ouverts et polycentristes. Mais du coup, leur identité devient difficile à cerner. Nous vivons une effervescence des organisations collectives qui rassemblent un plus grand nombre et une plus grande diversité des bénévoles, mais entraînent aussi une visibilité plus fragile auprès du public. Du coup, il existe des crispations de part et d’autre : les grandes fédérations historiques aimeraient avoir un monopole de représentation et les petites structures se voient souvent comme les seuls véritables représentants de ceux qui sont délaissés par les élites sociales ou politiques.

À la Fonda, nous essayons de mettre les gens en relation, d’anticiper et de repérer l’émergence de nouvelles problématiques sociales issues du terrain, par exemple, le développement cette contre-culture qui prône la qualité des valeurs humaines et rejette celles du capitalisme et de la consommation. Je pense qu’on ne peut pas opposer militantisme et bénévolat. Il s’agit toujours d’un engagement et il y a toujours une valorisation de l’individu lorsqu’il rejoint le collectif. Je sais qu’il y a aujourd’hui la conception d’un bénévolat qui serait totalement différencié de l’engagement. C’est un raisonnement piégé qui empêche d’observer la construction du lien social. Plus généralement, je suis opposé à ce mouvement qui voudrait enrégimenter le bénévolat avec des obligations, des contraintes, des fichiers… Je préfère que l’on développe un accompagnement des formes d’engagement volontaire : cela demande des moyens, mais va dans le sens du désir des citoyens.

Jean-Pierre Worms, président de la Fonda
* Propos recueillis par Laurent Urfer

Mise à jour le 12/10/2006

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