




| Gros efforts pour avoir du bio dans l’assiette |
| Manger sain. C’est plus qu’une affaire de prix. |
"Le bio, c’est ce qui est si bon pour la santé, qui est si cher et que si peu de gens peuvent acheter", énonce du haut de ses 5 ans Gaston, le petit-fils d’un couple de bénévoles du Secours populaire de l’Ardèche. Le croquis est saisissant : l’absence de pesticides et d’agents chimiques divers est bénéfique pour la santé. Pourtant, les Français ne consacrent à la nourriture bio que 1,7% de leurs dépenses alimentaires et seuls 42% en mangent au moins une fois par mois. Bien qu’en plein développement, l’alimentation biologique reste marginale. Le bio est-il réservé aux riches ? C’est la question que posait le magazine Terra economica de juin dernier. Dans son étude, un chariot constitué de viandes (poulet, jambon, steack haché), de produits laitiers (six litres de lait, de yaourts aux fruits, un camembert, du beurre), d’oeufs, de sucre, de céréales (pain, riz, farine), de fruits et légumes, coûte près de 186 euros dans un magasin bio, contre 156 euros s’il s’agit de produits bio achetés en grande surface. La différence s’accroît encore s’il s’agit de produits classiques achetés en supermarché (94 euros). Du simple au double ! Le bio serait jusqu’à 2,6 fois plus cher que les premiers prix, qui permettent de constituer le même chariot pour 63 euros. De quoi réserver le bio aux ménages les plus aisés. Ce surcoût se fait d’autant plus sentir que les prix des aliments flambent ces dernières années alors que le salaire annuel de 5,5 millions d’employés et d’ouvriers non qualifiés restait, en moyenne, inférieur de 44% à celui de l’ensemble des salariés en 2006, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques. La crise n’arrange pas la situation des ménages, à en croire une enquête du Credoc qui révèle que 17% des ménages restreignent leurs dépenses d’alimentation. Une tendance confirmée par une étude de la Confédération syndicale des familles (CSF) auprès de 700 ménages. "La question de la nourriture de qualité se pose car les familles rencontrent des difficultés croissantes à équilibrer leurs repas", explique Sylvie Lefranc, chargée de mission à la CSF. La qualité nutritionnelle de l’alimentation est directement associée à son coût. Ainsi, celle des ouvriers et des employés aux revenus les plus faibles manque principalement de fruits et de légumes, mais aussi de poisson et de céréales complètes. Cela entraîne des carences en fibres et en vitamines ainsi qu’en calcium et en potassium. Ces manques expliqueraient en partie le taux de mortalité prématurée trois fois plus élevé chez les ouvriers que chez les cadres – même si ces inégalités sociales de santé résultent aussi "de l’école, du logement, du travail, des revenus et, bien sûr, des soins", détaille l’universitaire et médecin Didier Fassin. Le budget minimum
Les contraintes du consommateur "Certaines chaînes de magasins spécialisés en bio font des efforts en termes de prix sur une cinquantaine de produits de base", observe Michel Dupont. Elles développent ainsi des ventes en vrac qui permettent de diminuer les coûts de 25%, si bien que le riz bio y est moins cher que le même article vendu dans un hard discount. En revanche, les produits laitiers bio sont disponibles à des prix compétitifs dans la grande distribution. "Cette diffusion est une condition nécessaire à l’extension de l’accès au bio du plus grand nombre", remarque Stéphane Bellon, de l’Inra. Au total, se fournir en produits bio nécessite de faire le tour des fournisseurs de son quartier, y compris le marché et de ne pas négliger les ventes directes aux producteurs et, pourquoi pas, de se regrouper entre consommateurs. "Pour alléger la facture, le passage à l’alimentation bio peut se faire par étape, en commençant par l’achat des fruits et légumes comme les courgettes afin d’éliminer les pesticides de son assiette", souligne Claude Aubert, l’un des pionniers de l’agriculture biologique en France. Ensuite, pendant 15 jours, la personne peut tester des recettes entièrement biologiques. Ainsi, elle pourra constater que son budget reste équilibré. Pourtant, le passage au bio reste contraignant. Cela suppose du temps pour s’approvisionner, se renseigner sur les aliments, les recettes, les modes de production, pour cuisiner et se repérer afin de gérer son budget. L’amélioration de l’alimentation des classes populaires passe aussi par l’implication des associations, surtout pour les personnes qui ne disposent que d’un petit budget. C’est pourquoi la CSF crée des collectifs pour échanger des recettes économiques et équilibrées et que plusieurs fédérations du SPF mettent en place des jardins solidaires. "Des municipalités nous proposent des terrains qui seront mis à disposition de familles populaires. Leur production viendra enrichir leurs repas et nos colis alimentaires", confie Geneviève Méjean-Segarra, secrétaire générale du SPF des Pyrénées-Orientales. Un type d’initiative qui donne d’excellents résultats, selon le Programme d’autoproduction et développement social (Pades) qui a étudié des expériences menées en Aquitaine. "Les familles mangent de façon plus variée, les enfants découvrent des saveurs nouvelles et le jardinage permet une meilleure socialisation", analyse Daniel Cerezuelle, son directeur scientifique qui a calculé que cette autoproduction peut représenter plus d’un treizième mois pour un RMiste. Bref, l’équilibre alimentaire de la population nécessite d’amender sérieusement la société actuelle. "La réflexion autour du bio montre qu’il est nécessaire de rompre avec la promotion de la concurrence libre et non faussée", insiste Véronique Gallais, cofondatrice de l’association Action Consommation.
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Ces dossiers sont issus de Convergence, le magazine de la solidarité édité par le Secours populaire et envoyé à ses donateurs et bénévoles.
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