

"Le 19 août !" La réponse a fusé, à peine la question était-elle posée. Donovan et Jordan, deux jumeaux âgés de 11 ans, leur petit frère Brian, 5 ans, ainsi que leurs trois copains – Dylan, 12 ans, Tom et Thomas, frères jumeaux eux aussi – connaissent bien la date de leur prochaine venue en France. Ce sera à l’occasion de la Journée des oubliés des vacances au cours de laquelle le Secours populaire permet à des enfants qui ne partent pas en vacances de s’offrir un peu de rêve. L’un des parrains de la JOV cette année est le journaliste Harry Roselmack, qui souligne que "pour un enfant qui ne part pas, les vacances ne sont pas grandes. Elles sont longues". Cette année, le temps fort de cette journée sera le grand rassemblement organisé sur le Champ-de-Mars. Des enfants venus de toute l’Europe rejoindront pour l’occasion leurs petits camarades français. Grâce au Secours populaire Wallonie Bruxelles – né en 2001, et qui regroupe une cinquantaine de bénévoles – quelque 500 enfants belges seront à Paris.
Donovan et ses deux frères y sont déjà allés il y a deux ans, petit détour lors d’une visite familiale en Picardie. Jordan se rappelle avoir vu la tour Eiffel : "Qu’est-ce qu’elle est belle ! Mais on n’était pas montés, car il y avait trop de monde", regrette-t-il. "On a pas mal tourné en rond parce qu’on n’arrivait pas à se garer", se souvient son frère Donovan. "Face à la tour Eiffel, on se sentait comme des petites fourmis", indique pour sa part Marie-Peggy, la maman. Elle dit aussi avoir été surprise par le nombre de personnes qui faisaient la manche dans la capitale française : "Le gouvernement ne peut-il pas les aider ?" Elle sera aussi du voyage pour la JOV, comme accompagnatrice. "Je ne suis pas certaine que mes enfants y seraient allés sans moi", assuret-elle. En attendant, ceux-ci font le va-et-vient entre la maison et dehors, où ils disputent de joyeuses parties de foot. Le 19 août, ils y pensent, même s’ils ne connaissent pas encore le programme exact de cette journée. Et quand on leur demande ce qu’ils aimeraient voir à Paris, c’est bien sûr la tour Eiffel qui remporte tous les suffrages.

"On fait des envieux à l'école quand on dit qu'on va aller à Paris." Journée Soleils d'Europe, 19 août 2010.
E. Prinvault
"On fait des envieux à l’école", avance Dylan. "Moi, en tout cas, j’emporterai mon ballon !", précise Jordan qui soutient l’équipe d’Espagne pendant la Coupe du monde. "Ca va leur faire du bien de partir, car ce sera leur seule sortie pendant les vacances d’été. Il y a bien un centre de loisirs par ici, mais il reste trop cher pour nous : 5 euros par jour et par enfant", confie Marie-Peggy. La famille Lambaux habite à Jumet, une banlieue résidentielle de Charleroi. Avec ses 200.000 habitants, Charleroi est la plus grande métropole wallonne du pays. Elle est située au centre d’un vaste bassin houiller, totalement abandonné, appelé le pays Noir. Le papa, Michel, aujourd’hui âgé de 65 ans, est bien placé pour parler du passé industriel de la ville et de son déclin. Il a travaillé pendant 22 ans dans la métallurgie, pour les Forges de Courcelles, avant d’être remercié en 1985, alors qu’il avait 45 ans. "À ce moment-là, ils ont licencié tous les ouvriers qui avaient de l’ancienneté et donc de bons salaires, pour les remplacer par de jeunes intérimaires inexpérimentés", raconte Michel. Lorsqu’il s’est inscrit au chômage, on lui a signifié que sa carrière était finie. "J’étais pourtant prêt à prendre n’importe quoi, mais je n’ai jamais eu un seul coup de fil en 25 ans". Il est depuis peu à la retraite et touche 1.800 euros par mois. Un montant qu’il juge non négligeable, mais qui ne permet pas non plus de faire des folies. Le 19 août, Michel va se retrouver seul, pendant que sa femme et ses enfants feront le plein de souvenirs à Paris. "J’en profiterai pour aller faire mes petites mitrailles", dit-il. C’est-à-dire récupérer des métaux que les gens jettent, pour les revendre et se faire un petit complément de revenu.
De Bosnie-Herzégovine à Dijon
Ils seront plus d’un millier de petits Européens à se mêler aux réjouissances de la Journée des oubliés des vacances. Au Secours populaire de Côte-d'Or, après avoir reçu, il y a cinq ans, des petits Malgaches, on se prépare à accueillir 12 enfants de Bosnie-Herzégovine, du 6 au 20 août. "Nous avons récemment conclu un partenariat avec deux associations locales qui proposent des activités périscolaires aux enfants. Dans un pays où l’école maternelle n’existe pas, elles préparent également les enfants à l’entrée à l’école, en les initiant à l’alphabet, par exemple", explique Blandine Polonceau, responsable de la campagne vacances. La fédération de Côte-d'Or aide ainsi financièrement ces deux associations. L’accueil sera particulièrement soigné, puisque les petits Bosniaques vont faire le tour des comités du département : l’occasion de sillonner la campagne bourguignonne. Au programme, entre autres : visite du château de Savigny-lès-Beaune, des grottes de Bèze, d’un élevage de lamas, une promenade au parc Saint-Brisson et au lac des Settons dans le Morvan. Et le 19 août, les 12 enfants de Bosnie rejoindront 300 enfants du département pour le grand départ vers Paris. En avril prochain, ce seront 12 petits Français de Côte-d'Or qui feront le trajet en sens inverse pour découvrir la Bosnie-Herzégovine.
Cet article est issu du numéro de juillet 2010 de Convergence, le magazine du Secours populaire.
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